Une cure de printemps à l’eau d’érable?

Plutôt de l'intox que de la détox

De l'eau d'érable coule dans un seau. (Photo: Wagner2005 / Wikimedia Commons)
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Vous connaissez les cures de printemps à l’eau d’érable? Cette «détox naturelle» consisterait à boire de l’eau d’érable pour faire un «ménage de printemps intérieur». L’eau d’érable n’étant pas naturellement laxative, on a cherché à savoir ce qui se cache derrière cette rumeur qui semble relever davantage de l’intox que de la détox…

L’argumentaire consiste à dire que «les gens de la campagne» connaissent bien ces effets et l’utilisent pour «nettoyer leur système à la fin de l’hiver». En quelque sorte, faire une cure d’eau d’érable serait une façon de renouer avec une tradition propre à notre terroir.

Toutefois, on prend la peine de préciser sur certains sites que ces vertus laxatives «ne sont mentionnées nulle part».

Un mythe

«C’est un mythe qui circule depuis longtemps!», répond Danielle Pépin, conseillère aux communications à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ). «Encore récemment, des journalistes américains me posaient des questions à ce sujet, probablement à cause de la popularité des régimes détox, aux États-Unis.»

Les chercheurs associés à la FPAQ connaissent bien les propriétés de l’eau d’érable pour l’avoir étudiée pendant de nombreuses années avant la mise en marché de l’eau d’érable — vendue dans les commerces en emballage hermétique de type Tetra-Pak depuis 2014. «Si l’eau d’érable était laxative, je vous garantis qu’on le saurait!», s’exclame Mme Pépin.

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Il y aurait tout de même un certain fondement aux croyances populaires qui circulent sur la toile. «Je crois que ça vient du temps où on buvait de l’eau d’érable à la chaudière, dans les cabanes à sucre», avance Mme Pépin.

À l’époque, l’eau d’érable pouvait rester longtemps dans un seau, sans protection, soumise au chaud et au froid. Dans de telles conditions, l’eau peut être contaminée par des bactéries pathogènes, ce qui pourrait expliquer les symptômes ressentis par plusieurs.

Bactéries pathogènes

«L’eau d’érable est une matrice extraordinaire pour le développement des bactéries», explique Julie Barbeau conseillère en innovation et biochimiste à la FPAQ. «C’est un milieu aqueux, légèrement sucré, avec des acides organiques où les bactéries se développent très rapidement.»

Le problème, vous l’aurez compris, c’est qu’une mauvaise bactérie peut aussi y proliférer rapidement! Dans un environnement naturel, il y a toutes sortes de bactéries pathogènes. Si l’une se trouve dans l’eau d’érable et prolifère, il est possible qu’une personne soit malade après en avoir bu.

La chimiste, qui a travaillé pendant sept ans à développer un mode de stérilisation à ultra haute température (NAPSI) qui permet de préserver l’intégralité de l’eau d’érable, explique que l’eau d’érable doit être stabilisée rapidement après sa cueillette.

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«C’est ce qui permet de conserver les propriétés organoleptiques et fonctionnelles de l’eau d’érable, de prolonger sa conservation, tout en étant neutralisant la flore naturelle qui pourrait encourager la prolifération des bactéries pathogènes.»

Cures risquées

Yves Jalbert, spécialiste de contenu à l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), juge qu’une cure à l’eau d’érable comporte des risques similaires aux autres produits détox disponibles sur le marché. L’effet laxatif est souvent recherché, on veut faire «sortir le méchant», souvent dans l’espoir de perdre du poids.

Rappelons que des symptômes de gastroentérite peuvent mener à la déshydratation, la perte d’électrolytes, la fatigue. «Ce n’est parce que c’est naturel que c’est sans risques!», rappelle M. Jalbert.

Les amateurs d’eau d’érable peuvent tout de même en consommer, en prenant quelques précautions d’usage.

Ceux qui ont une bonne santé et qui ont des érables sur leur terrain peuvent recueillir l’eau d’érable dans un contenant stérilisé et la boire très rapidement après la cueillette. Vendue à l’érablière, elle devrait respecter les normes gouvernementales et être stérilisée.

Enfin, au Québec, l’eau d’érable vendue en magasin devrait porter la certification NAPSI développée par la FPAQ qui garantit que l’eau est naturelle, stérile et intégrale.

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