Une chronique de Noël? Pourquoi pas…

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Publié 09/12/2008 par Dominique Denis

Au fil des ans, je suis devenu de plus en plus réfractaire au réflexe festif qui semble relever strictement d’un conditionnement social et forcément économique. Rien de tel que ce gros barbu tout de rouge vêtu, avec sa tronche de robineux, pour m’inciter à me dénicher une île déserte où je me réfugierais, seul avec mes disques de Léo Ferré, jusqu’au 2 janvier. Et ce n’est pas le climat actuel en notre beau pays (hormis le cirque parlementaire, qui est assez réjouissant) qui me fournirait des raisons de changer mon fusil d’épaule à la Jimmy Stewart dans It’s A Wondeful Life. Mais qu’importe, puisque ce n’est pas pour moi que je me suis farci la récolte annuelle de disques de Noël – c’est pour vous, chers lecteurs de L’Express.

Commençons par le commencement, c’est-à-dire la petite enfance, puisque c’est surtout pour le bonheur des gamins que l’on s’évertue à créer ce simulacre de magie, non? Et c’est à une fille de Cumberland, Johanne Lefebvre, alias Jojo, que l’on doit Jojo et le Noël des animaux (Distribution APCM), un disque qui offre à son public-cible une douzaine de chansons originales cosignées par Brian St-Pierre, lui aussi une présence constante sur la scène franco-ontarienne. La production n’a rien pour concurrencer le dernier opus de Michael Jackson, mais cela demeure professionnel, et Jojo pourrait bien réussir auprès des touts-petits ce que le tandem Paquette-Labelle avait fait auprès de la population en général: créer un repère – et un rituel – de Noël franco-ontarien.

Pour les familles qui voudraient reprendre en chœur ces nouvelles chansons, façon karaoké, Jojo a même inclu les versions instrumentales, les paroles se trouvant sur son site (www.jojo.ca), où vous pourrez également noter les dates de sa tournée de Noël.

Changeons de registre et de province, si vous le voulez bien. Blou, le groupe fondé par Patrice Boulianne, est originaire de Nouvelle-Écosse, et ce Noël Blou (Communications à l’infini) est pétri comme il se doit d’influences acadiennes, mais aussi cajun et blues, entre autres. Le show du même nom est plébiscité par le public, tant en Acadie qu’au Québec, où il est en passe de remplacer la kermesse annuelle de la Bottine Souriante. Pour ceux qui ne pourront pas y assister en chair et en os, Blou a pris soin d’inclure un DVD qui témoigne de l’énergie contagieuse dont Patrice, son accordéon, ses musiciens et le Choeur du Nouveau Monde sont capables quand ils s’y mettent.

Angèle Dubeau, qui a toujours su concilier l’art et le commerce, a peut-être trouvé la meilleure solution pour ceux qui se demandent si tel ou tel parent éloigné, telle ou telle collègue de bureau mérite un cadeau ou une simple carte de souhaits. Pourquoi, dans un tel cas, ne pas offrir une carte-cadeau? Il s’agit d’orner ladite carte d’un joli tableau (en l’occurence, Le violon magique, du peintre Carlito Dalceggio), d’inclure un CD rassemblant quelques pièces de circonstance (un pot-pourri d’airs de Noël et une reprise de What A Wonderful World, avec l’ensemble La Pietà, et l’Ave Maria de Schubert avec les Petits Chanteurs du Mont Royal), et le tour est joué. À vrai dire, ce n’est pas Angèle qui a créé le concept du la carte-cadeau musicale, mais avec l’appui de sa maison de disques, Analekta, elle en a fait quelque chose de très classe. Et pour le prix d’une carte de souhaits “design” (environ 5,00 $), il y a là de quoi faire le bonheur de tous les mélomanes sur votre liste.

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Ne manquant jamais l’occasion d’occuper le créneau saisonnier (c’est leur troisième incursion dans le genre), l’étiquette américaine Putumayo rapplique avec A Jazz & Blues Christmas.

La formule est simple: acquérir les droits de chansons du catalogue d’autres maisons de disques, ce qui permet de rassembler B.B. King (Christmas Celebration), Ray Charles (Rudolph The Red-Nosed Reindeer), Charles Brown (Santa’s Blues), Mighty Blue Kings (All I Ask For Christmas), sans oublier la canadienne Émilie-Claire Barlow (Santa Baby), le tout dans un digipack au graphisme aisément identifiable, le temps d’un party qui carbure au bourbon plutôt qu’au egg nog, ce qui n’est pas sans me plaire.

Enfin, je me dois de mentionner un disque qui, s’il ne cadre pas strictement avec les paramètres de cette chronique, n’y mérite pas moins une place d’honneur. Il s’agit de Berceuse pour Philou, qui nous parvient par l’entremise de la maison de disques jazz Effendi. Le Philou du titre, pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, c’est le Centre de répit Philou, une maison d’accueil pour les enfants lourdement handicapés. Ce disque, je le mentionne parce que a) il m’apparaît qu’il s’agit là d’une cause très noble, b) que l’atmosphère qui se dégage de cette collection de pièces originales est très près de l’esprit de la saison dans ce qu’elle a de meilleur, et c) qu’il s’agit de la première fois qu’on retrouve dans un même disque les élans de François Bourassa, André Gagnon, Oliver Jones, Yves Léveillé, Florence K, Julie Lamontagne, Lorraine Desmarais et une demi-douzaine d’autres grands pianistes québécois. Ce qu’il y a de plus fascinant, dans cette collection, c’est de constater la façon dont cette prémisse – il s’agit de berceuses interprétées au piano solo – semble gommer leurs différences stylistiques, la tendresse devenant leur dénominateur commun.

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