Un roman loin du politiquement correct


2 décembre 2014 à 9h46

Le tout dernier roman de Didier Leclair, Un ancien d’Afrique, nous plonge dans le «pas politiquement correct» par le biais d’aventures louches en milieu diplomatique. En filigrane, l’ouvrage pose un regard parfois critique sur Toronto et le Canada. Le tout sur une toile de fond assez sombre, le génocide au Rwanda.

L’ancien d’Afrique en question est Éric Bourin, diplomate qui fut en poste à l’ambassade de France au Rwanda quand débuta le génocide des Tutsis, en 1994. Il est maintenant chargé de missions pour le livre et les échanges intellectuels au consulat français à Toronto.

Son patron qualifie la Ville Reine de merdique: «Les gens sont froids, le premier ministre parle un français médiocre et la nourriture manque de subtilité comme les habitants.»

Dans le cadre de son travail, Éric Bourin organise un concours de français – dictée et dissertation – «pour faire briller son pays et montrer l’intérêt que la France accorde à la littérature, même chez des incultes canadiens». Pour le thème de la dissertation, le consul ne veut rien savoir du multiculturalisme – les Français sont Français, pas multiculturels – mais le palmarès des lauréats, lui, aura tout ce qu’il y a de plus multiculturel…

En lisant ce roman, on a l’impression que l’auteur a déjà travaillé dans un consulat ou une ambassade. Sa plume ne cherche pas à être diplomate, elle crée plutôt des atmosphères qui nous enivrent et nous ensorcellent. Chaque personnage «a affaire à plus vipère que lui».

Le personnage d’Éric Bourin est très bien campé. Alcoolique, il a besoin de quelques «gorgées bien fortes» pour avoir juste l’impression d’exister. Vin, gin et whisky sont ses meilleurs amis. «Il aimerait ne plus être lui, car il voudrait décamper de son corps.»

Son souvenir du Rwanda le hante toujours. «Quand les massacres commencèrent à Kigali en avril 1994, il vit un tout autre visage de l’Africain. Un visage haineux. C’était comme s’il avait attrapé les Africains en flagrant délit d’inhumanité.»

Les tam-tam rwandais et les chiens de Kigali le poursuivent chaque nuit. Les barbituriques que lui donne un autre ancien d’Afrique, ex-baroudeur et éminence grise des puissants, ne réussissent qu’à les garder à une certaine distance.

Bourdin doit sa pseudo-résurrection à cet ex-baroudeur qui s’est réfugié au Canada parce que «c’est un peu la Suisse de l’Amérique. Il ne s’y passe pas grand-chose.». En échange, Bourdin lui fournit des comptes-rendus de la vie au consulat, depuis les histoires d’alcôve jusqu’aux investissements industriels.

Je dis «pseudo-résurrection» car Éric Bourdin ne réussit toujours pas à faire taire le son des tam-tam rwandais et les cris des chiens de Kigali. Le concours littéraire qu’il organise en collaboration avec le directeur du Collège français de Toronto – un Franco-Ontarien au franc-parler – est loin d’avoir le résultat escompté.

L’événement, qui a son dénouement au Salon du livre de Toronto, va bouleverser à nouveau sa vie. L’Afrique, après l’avoir hanté dans son sommeil, ressurgit sans crier gare…

Je suis d’accord avec l’éditeur qui note que Didier Leclair décrit une francophonie en dehors des sommets, celle dont on veut souvent cacher les blessures et les cicatrices. Un roman réussi.

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