Un premier roman d’ici et un polar italien

Une adolescente en exil et Tenebra Roma

Lamara Sagaradzé, Une adolescente en exil

Lamara Sagaradzé


11 février 2018 à 11h00

Géorgie, Ukraine, France, Syrie, autant de lieux d’action et de révélation pour Salomé, protagoniste du premier roman de Lamara Sagaradzé, Une adolescente en exil.

De son vrai nom Lamara Papitashvili, l’auteure est d’origine géorgienne mais née à Damas. Son personnage Salomé Zamsakhidzé découvre qu’il est possible de tisser une nouvelle destinée au bout d’une ancienne corde, en faisant disparaître, au besoin, ses sentiments.

Lamara Sagaradzé, Une adolescente en exil
Lamara Sagaradzé, Une adolescente en exil, roman, Toronto, Éditions du Gref, coll. Le beau mentir no 28, 2017, 272 pages, 13,95 $

Le roman ne mentionne pas un temps précis, mais une référence à Mikheil Saakachvili, président de la Géorgie, nous situe dans les années 2004-2013.

L’enfance de Salomé se déroule en milieu bourgeois à Tbilissi, en Géorgie. Après la mort de ses parents dans un incendie, l’adolescente va vivre chez sa babouchka (grand-mère maternelle) à Dibrivka, Ukraine.

La pauvreté matérielle ne masque pas nécessairement la richesse sentimentale…

Transplantée à Paris pour des études universitaires, Salomé rencontre Jamil, un Syrien dont elle accepte de devenir la petite amie dans «une manœuvre qui me rapproche d’une vie meilleure». Fiançailles et mariage à l’horizon.

Jamil doit prendre la relève de son père mort subitement, Salomé, elle, doit le suivre à Damas où elle «passe le plus clair de son temps à se régaler dans des restaurants et à lézarder au soleil». Il est surprenant de voir une femme si réfléchie et travailleuse devenir si superficielle et oisive.

C’est avec plusieurs couleurs locales que Lamara Sagaradzé explique comment «l’argent et le statut social [peuvent devenir] le plus grand fourvoiement». L’auteure tisse avec doigté des aventures amoureuses qui s’accrochent au statut social ou, au contraire, qui s’élèvent au-dessus.

La nouvelle romancière a un style clair et entraînant. Elle décrit bien les sentiments de ses personnages, notant métaphoriquement par exemple qu’«il fait affreusement gris dans mon cœur, il orage».

Une adolescente en exil mérite de remporter le prix d’un premier roman.

Donato Carrisi, Tenebra Roma
Donato Carrisi

Tenebra Roma

Un proverbe bien répandu mais de source inconnue dit que «Rome ne s’est pas faite en un jour». Il en faut moins que ça pour la détruire, comme le démontre Donato Carrisi dans le thriller Tenebra Roma.

Un black-out et des pluies torrentielles pendant un peu moins de vingt-quatre heures suffisent à semer le chaos dans la Ville éternelle.

Pour écrire Tenebra Roma, Carrisi a consulté des géologues, archéologues, ingénieurs, urbanistes et météorologues pour finalement imaginer une apocalypse.

Il s’est aussi inspiré d’une bulle pontificale de Léon X. Le 22 novembre 1521, neuf jours avant de mourir, ce pape a émis une bulle contenant une obligation solennelle, à savoir que Rome ne devait «jamais, jamais, jamais» se retrouver dans le noir.

Elle fut respectée pendant plus de trois cents ans, puis l’électricité arriva. La bulle pontificale n’a cependant jamais été révoquée.

Donato Carrisi, Tenebra Roma
Donato Carrisi, Tenebra Roma, roman traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2017, 304 pages, 29,95 $.

Donato Carrisi imagine une panne de 24 heures, rendu nécessaire pour réparer une centrale électrique. Cela se produit au même moment où le Tibre inonde la Ville éternelle suite à des pluies torrentielles.

Rome est paralysée par la panique qui, selon Carrisi, est «le poison de la raison». Comme Tenebra Roma est un thriller, il y a meurtres et enquête.

L’originalité, ici, réside dans le fait qu’une policière photographe fait équipe avec prêtre pénitencier, le dernier de son ordre, et qu’un haut prélat du Vatican est mêlé à l’affaire.

Pour pimenter son thriller, Carrisi imagine une Église de l’éclipse, un Seigneur des ombres, des hosties noires hallucinantes, un Haut Tribunal des âmes et un tatouage en forme de cercle bleu qui ne cesse d’apparaître, tant sur le corps de suspects que d’agents policiers. L’un d’eux est même chargé des crimes ésotériques.

C’est la première fois que je lis cet auteur italien et je dois avouer que Donato Carrisi tient bien sa place dans le club des Tony Parsons, Michael Connelly et Louise Penny. Pas étonnant que son roman Le Chuchoteur ait été traduit dans vingt pays et que La Fille dans le brouillard ait été adapté au cinéma.

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