Passeport rouge: un premier roman bien rythmé

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Publié 10/11/2009 par Paul-François Sylvestre

La Québécoise Suzanne Gagnon vient de publier son premier roman chez un éditeur franco-ontarien. Passeport rouge est paru aux Éditions David, à Ottawa. Ce roman jette un regard dramatique sur la condition des femmes de confession musulmane et sur notre capacité de juger une telle condition à partir d’un point de vue purement occidental.

Anna, l’héroïne du roman, est mariée depuis peu à un diplomate canadien quand celui-ci l’oblige à abandonner sa vie et sa carrière prometteuse de pianiste pour le suivre en Algérie. Commence alors pour Anna une lente descente en enfer.

Presque obligée de se murer dans sa résidence – malgré son passeport diplomatique –, elle doit faire face à l’hostilité des hommes et du voisinage qui lui renvoient avec mépris son image de femme occidentale.

Anna a nulle part où aller, personne à qui parler. Elle est enfermée entre des murs qui accentuent «la distance entre l’Orient et l’Occident, entre le monde chrétien et le monde musulman, entre une société démocratique et une société totalitaire.»

Elle vit péniblement chaque journée selon un rythme ou un menu qui ne varie guère: impuissance, désespoir, humiliation, censure. Et une mitraillette braquée sur elle à chaque tournant de rue. Résultat: «J’ai peur de tout, y compris de moi-même.»

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Anna figure néanmoins parmi «celles qui n’ont pas peur d’affronter les obstacles.» À l’instar de sa belle-mère, elle découvre que la vie de diplomate nous en apprend sur nous-mêmes et sur le monde plus que n’importe quel diplôme universitaire. L’héroïne de Passeport rouge est témoin des ravages que la violence peut imposer. Elle perd graduellement sa liberté, sa musique, son mari, son enfant.

L’histoire racontée par Suzanne Gagnon se passe en 1978-1979. Or, l’auteure a elle-même vécu deux ans en Algérie, à la fin des années 1970, accompagnant son mari dans un poste à l’Ambassade du Canada à Alger. Fortement ébranlée par son expérience, elle a attendu plusieurs années avant de vouloir en tirer une histoire.

Ce sont les événements qui ont déchiré l’Algérie dans les années 1990 puis le débat sur la loi musulmane – la charia – qui a fait rage ici même, en Ontario, au tournant de l’an 2000, qui l’ont décidée à prendre la plume. L’exercice est réussi presque à cent pour cent.

Le roman se lit comme un charme jusqu’à l’Épilogue. Ces 13 dernières pages gâtent une sauce jusque là si succulente. Une foule de détails, certains inutiles, sont lancés et un dénouement heureux est rapidement manigancé. L’éditeur aurait dû faire preuve d’une plus grande rigueur et inviter l’auteure à repenser sa conclusion. Le roman n’en demeurera pas moins un de mes coups de cœur en 2009.

Il n’y a pas de doute que Suzanne Gagnon a l’étoffe d’une romancière qui ira loin. Son style s’avère alerte, ses descriptions demeurent finement ciselées, son rythme bat allègrement la mesure. On soupçonne qu’elle est musicienne, comme son héroïne, et que les mots/notes s’élèvent naturellement au-dessus de son clavier. On attend avec impatience le second roman de Suzanne Gagnon.

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Suzanne Gagnon, Passeport rouge, roman, Ottawa, Éditions David, 2009, 336 pages, 23,95 $

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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