Un nouveau site vedette à Versailles: le domaine de Marie-Antoinette


31 octobre 2006 à 13h19

Un nouveau parcours, élégant, raffiné et bucolique, vient de s’ouvrir à Versailles: le Domaine de Marie-Antoinette, souveraine éprise de nature et désireuse de se créer un havre de loisir et d’intimité, loin des fastes et du protocole étouffants de la Cour. Un domaine en cours de restauration, comprenant une douzaine de lieux magiques dont certains inaccessibles au public ou auxquels le visiteur n’avait accès qu’exceptionnellement et qu’il peut désormais découvrir.

Au cœur de ce domaine se trouve le château du Petit Trianon, cadeau de mariage de Louis XVI à son épouse qui le fit entourer d’un ensemble de jardins, buttes, rochers, rivière – tout un paysage artificiel recréant la nature et jalonné d’élégantes constructions. Le Belvédère, le Temple de l’Amour, le Pavillon Français, le Pavillon Frais, la Maison du Suisse (le gardien), le Hameau de la Reine, et LE bijou: le Petit Théâtre, sont les étapes de ce parcours intime.

Un vaste programme de restauration de ces lieux est en cours, en partie grâce au mécénat d’une société qui eut dès l’origine des liens avec Marie-Antoinette: la manufacture Breguet. Son fondateur, un artiste horloger suisse installé au XVIIIe siècle à Paris et dont les créations enchantaient la Reine, avait fabriqué une montre de poche unique comportant toutes les complications horlogères connues de son temps. Commandée pour elle en 1783 par un admirateur secret, elle ne fut achevée qu’en 1827, 34 ans après sa mort sur l’échafaud en 1793.

La mythique montre Marie-Antoinette, volée en 1983 dans le musée où elle était conservée, n’a jamais été retrouvée et la manufacture a entrepris de la reproduire à l’identique. L’écrin sera taillé dans le bois du célèbre «Chêne de Marie-Antoinette», le doyen des arbres de Versailles planté en 1681 lors de la création de ses jardins par Le Nôtre, fragilisé par une tempête dévastatrice en décembre 1999 et qui dut être abattu après la canicule de l’été 2003.

Le Petit Trianon, chef d’œuvre de l’architecture et du décor néoclassiques français, avait été construit entre 1763 et 1768 par Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du Roi Louis XV qui le destinait à sa favorite, la marquise de Pompadour. Mais la marquise mourut (à l’âge de 43 ans) avant l’achèvement du château, et c’est la seconde favorite du roi, Madame du Barry, qui l’occupa jusqu’à la mort de Louis XV en 1774. Pour la jeune épouse de Louis XVI, c’était la résidence de campagne idéale et le Roi lui en offrit la clef avec un ruban orné de 531 diamants.

Restauré en 2001, mais jusqu’à présent inaccessible au public, le Petit Théâtre de la Reine, un des plus beaux théâtres historiques d’Europe, caché dans la verdure du jardin de Trianon, est un vrai bijou qui révèle aujourd’hui un aspect méconnu de la vie de Marie-Antoinette. C’est dans la perspective de son mariage avec le Dauphin de France, futur Louis XVI, que l’archiduchesse d’Autriche avait appris la comédie. Sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse, l’avait entourée de comédiens français pour lui permettre de perfectionner sa prononciation française. Marie-Antoinette adorait le théâtre au point d’oser plus tard faire jouer au Petit Trianon Le Mariage de Figaro de Beaumarchais pourtant interdit par le Roi… Dans le délicieux petit théâtre construit pour elle en 1778-79, un écrin tendu de bleu avec ses décors sculptés en carton-pâte, son rideau en taffetas de soie brodé d’or et sa vaste scène plus grande que la salle, elle jouait en présence du Roi des pièces de ses auteurs préférés, devant les membres de son entourage intime et parfois en compagnie de plusieurs d’entre eux devenus ses partenaires. Elle jouait les soubrettes ou les bergères, devant ses domestiques qui applaudissaient la «Troupe des Seigneurs». C’étaient les rôles inversés…

Autre étape dans le nouveau parcours du domaine, le Salon de musique de Marie-Antoinette ou Pavillon du Belvédère, gracieux petit édifice octogonal de style néo-classique orné de bas-reliefs extérieurs et de riches décors intérieurs, dans un paysage dominé par un rocher monumental artificiellement créé, avec un système hydraulique produisant de l’eau en cascade au bord d’un petit lac. Non loin apparaît le Temple de l’Amour, petite rotonde en marbre blanc évoquant l’Antiquité avec ses douze colonnes corinthiennes surmontées d’une coupole en pierre de taille. Au passage, on a rencontré la fameuse grotte – tout aussi artificielle – qu’affectionnait la Reine et où elle apprit le 5 octobre 1789 que la Révolution était aux portes de Versailles et qu’elle devait regagner Paris immédiatement.

La fin du parcours de retour vers le Petit Trianon, après le Jardin anglais et le Bois des Onze Arpents aménagés pour la Reine et très différents des parterres à la française dessinés par Le Nôtre pour Versailles, est bucolique. C’est le Hameau de la Reine, un petit village de rêve avec ses maisons réparties autour du Grand lac, son moulin, son colombier, la ferme et ses annexes, et la laiterie de propreté où l’on goûtait, servis sur une table de marbre, les laitages produits par la ferme. Car c’était une véritable petite exploitation agricole avec ses vaches, ses moutons et ses chèvres, dirigée par un fermier – à une époque où les idées de Jean-Jacques Rousseau sur le retour à la nature avaient fait leur chemin.

L’ouverture au public de ce domaine de charme, alors que sur les 4 millions annuels de visiteurs à Versailles seuls 300 000 s’aventuraient vers ce site, a suivi de près la sortie du film de Sofia Coppola sur Marie-Antoinette en grande partie tourné sur les lieux, grâce à politique d’ouverture des Monuments historiques français aux tournages cinématographiques et audiovisuels décidée par le ministère de la Culture et déjà appliquée au Louvre pour le Da Vinci Code.

Ce tournage a d’ailleurs été l’occasion pour la Maison Prelle, la plus ancienne des manufactures de soieries d’ameublement lyonnaises, de retisser pour les décors du film une cinquantaine d’étoffes précieuses retrouvées dans ses archives et qui témoignent du goût parfois quelque peu extravagant de Marie-Antoinette. Un goût que la Reine avait largement développé dans ses commandes pour le mobilier du Petit Trianon, donnant ainsi une impulsion significative aux arts décoratifs de son temps.

Deux siècles plus tard s’ouvre avec ce domaine la première étape expérimentale du projet de Grand Versailles Numérique (GVN), qui vise à déployer de nouveaux outils numériques destinés à enrichir la visite, réelle ou virtuelle, du château et du domaine de Versailles – iPods et mini-ordinateurs à l’appui…

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