Un idéal qui reste critiquable: regard sur le Washington Mall


9 octobre 2012 à 16h24

Lors de sa présentation de l’exposition Destinées manifestes, une lecture du Washington Mall, et de l’artiste Katy McCormick, Dominique Denis, commissaire de l’exposition, a mis en lumière le «regard à la fois lucide et très tendre», de la photographe sur le Washington Mall et ce qu’il représente. Née aux États-Unis, Katy McCormick célèbre les grands hommes américains et l’idéal américain tout en questionnant et critiquant le prix à payer pour obtenir la justice et la paix.

C’est un slogan, une idée du monde, une valeur, une assertion imperméable à la critique. Freedom Is Not Free. Ces quatre mots peuvent filer de l’urticaire aux antimilitaires, mais résonnent comme une vérité dans la tête de millions d’Américains. C’est un peu cette incompréhension, ce paradoxe, que Katy McCormick saisit dans son exposition présentée à l’Alliance française jeudi soir.

Un idéal et une critique

Prises pour la plupart en 2008 ou 2009, les photos montrent les monuments du Washington Mall et les figures historiques des États-Unis. Lincoln, Washington, Martin Luther King prennent place à côté de listes infinies d’inconnus, simples soldats, ayant servi l’idéal de «paix» des Américains.

En 2008, au moment où les photos ont été prises, le président des États-Unis s’appelle George W. Bush. «Je n’étais pas très contente de ce qui se passait», explique Katy McCormick.

Dans un contexte d’élection aux É.-U., l’exposition tombe à point nommé pour amener des discussions sur ce «prix à payer» pour la paix. «Les idéaux sont beaux et nobles. Mais quand un pays place la justice et la liberté sur un piédestal, il faut se montrer à la hauteur», résume Katy McCormick.

L’exposition se vit comme une promenade, vivifiante et réflexive.

«J’essaie de montrer le Washington Mall, mais aussi de suggérer ce qui devrait s’y trouver.»

C’est pourquoi l’artiste a rajouté deux éléments à son exposition, deux éléments cruciaux. Une plaque, siglée de «A century of military interventions» décompte chronologiquement 100 années d’interventions militaires orchestrées par les États-Unis pour la «paix», et la seconde montre une liste de toutes les guerres contre les Amérindiens qu’ont menées les militaires américains.

«Les relations ont fonctionné jusqu’à un certain point avec les Premières Nations. Mais il devient toujours question d’avoir plus de terrain, toujours plus. On a eu plus de bombes nucléaires pour garder la paix, c’est irrationnel. On est le pays le plus en amour avec les fusils», se lamente Katy McCormick.

Des perceptions divergentes

C’est à travers de toutes ces tentatives de justifications de l’idéal américain et du prix à payer pour le maintenir ou le diffuser, que la photographe veut nous plonger.

«Il y a une bonne partie d’intégrité dans ces monuments, mais également une bonne dose de problématique», souligne la professeure de l’université Ryerson.

D’ailleurs les problématiques soulevées par l’exposition ne seront pas forcément perçues de la même manière selon notre pays d’origine. Plusieurs Canadiens présents au vernissage jeudi dernier se sont questionnés au sujet de la potentielle perception des Américains.

«C’est une belle place, mais qui peut-être source de critiques», résume la photographe.

Les hommes morts au combat ne sont pas tous des soldats tombés au champs d’honneur. Martin Luther King, Abraham Lincoln sont tous deux morts assassinés, tels des jalons vers la liberté. Freedom Is not Free aux États-Unis. Et à quel prix…

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