Un génie dont l’invention est une révolution

Portrait de Johannes Gutenberg (dessiné longtemps après sa mort) et de sa presse à imprimer.


28 janvier 2018 à 12h00

On ne saurait l’oublier, le 3 février 1468, il y a donc 550 ans, mourait à Mayence un certain Johannes Gutenberg. Cet homme de génie – car c’en est bien un – était né vers 1400 à Mayence, alors à son apogée de ville libre dans le Saint-Empire romain germanique.

Orfèvre

On ne sait pas grand chose des origines et de la formation de Johannes Gutenberg. Il est le troisième enfant d’une famille aisée de la haute bourgeoisie. Son père est orfèvre de profession, mais il exerce un autre métier: c’est aussi un commerçant d’étoffes.

Entre 1400 et 1420, on ignore ce qu’est devenu Johannes et où il a séjourné. Il a sans doute fait des études dans une université, sa famille étant d’un rang social assez élevé.

Statue de Gutenberg par David d’Angers (1840), place Gutenberg, Strasbourg. (Photo: Ctruongngoc, Wikimedia Commons)

Strasbourg

Vers 1429 et, en tout cas avant 1444, la famille Gutenberg s’installe à Strasbourg. Cette ville, aujourd’hui française, est alors ville libre impériale.

Gutenberg fait son apprentissage de l’orfèvrerie, apprenant notamment à ciseler et à composer des alliages, ce qui lui sera très utile par la suite.

On ne connaît pas ses activité jusqu’en 1448 lorsqu’il est de retour à Mayence où il poursuit ses travaux commencés à Strasbourg. Il emprunte de l’argent à son cousin pour construire une presse, ce qui indique qu’il s’intéresse de près à l’impression.

Le concile de Bâle

Pour saisir l’importance du travail et des recherches de Gutenberg, il faut se référer à la situation qui prévalait alors dans cette région de l’Europe. Strasbourg connait une activité intellectuelle et culturelle très importante.

Par ailleurs, le concile de Bâle qui a commencé en 1431 et rassemblé de nombreux intellectuels et universitaires, est la source de nombreux documents écrits qu’il faut disséminer dans la catholicité.

Mais on ne dispose que d’un système manuel d’impression. Si on ne recopie pas les textes à la main, comme les moines dans les monastères, il faut graver les textes sur des plaques de bois que l’on enduit ensuite d’encre pour les appliquer sur des feuilles de papier.

Xylographie

C’est la xylographie (du grec ξύλον, bois) apparue en Europe au XIVe siècle. On grave aussi sur du cuivre. Dans les deux cas, on reproduit surtout des images.

Ce procédé prend du temps et coûte cher, même si à cette époque les frères Galliziani, venus du Piémont, s’installent à Bâle et importent en Suisse et en France leur technique de fabrication du papier.

Comme on l’a dit: «L’Europe est dans l’attente d’une révolution.»

Timbre albanais commémoratif de la première impression de la Bible de Gutenberg (février 1455).

Des lettres en plomb

Gutenberg était devenu graveur sur bois. Il avait aussi des connaissances en orfèvrerie. Il s’est essayé à créer des caractères mobiles, c’est-à-dire des lettres faites en alliage de plomb, réutilisables, avec lesquelles on pourrait composer des textes. C’est le cœur de son invention.

En assemblant ces lettres métalliques ligne par ligne pour reproduire le texte manuscrit, on peut composer une page et l’imprimer avec une presse en autant d’exemplaires que nécessaire et continuer en composant une autre page er ainsi de suite. Il est ainsi possible de composer toutes les pages d’un livre, ce que l’on ne pouvait pas faire aussi simplement et rapidement jusqu’alors.

La presse à bras

L’invention de Gutenberg comporte plusieurs éléments réalisés simultanément. Il développe la technique de production des caractères métalliques (alliage de plomb, étain et antimoine) interchangeables et égaux en utilisant de formes d’acier coupées.

Il met au point la presse à bras, un dispositif destiné à imprimer des textes et des illustrations sur du papier, en exerçant une forte pression sur la feuille de papier placée sur une la forme imprimante constituée par les caractères regroupés pour former une page.

Cette forme est recouverte d’une encre spéciale, l’encre d’impression, à base d’huile de lin (liant) et de suie de résineux (pigments), qu’il a également mise au point après de nombreux essais.

Atelier de typographie

Avec son associé Johann Fust, un riche financier intéressé, Gutenberg fonde à Mayence un atelier de typographie. Il imprime de petits documents, des poèmes, la grammaire latine de Donat (1451) qui serait le premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles (dont il ne subsiste que quelques fragments), des lettres d’indulgence pour l’Église, et d’autres documents.

Le succès mécanique de l’invention est immédiat. Et Gutenberg et ses ouvriers impriment la Bible (1455) en 641 feuillets répartis en 66 cahiers. Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo célèbre cette innovation dans le chapitre «Ceci tuera cela».

«Des presses s’installent rapidement dans les grandes villes d’Europe: Cologne (1464), Bâle (1466), Rome (1467), Venise (1469), Paris (1470), Lyon (1473), Bruges (1474), Genève (1478), Londres (1480), Anvers (1481) et des centaines d’autres. En 1500, on comptait plus de 200 ateliers d’imprimerie dans la seule Allemagne.»

Ruine

Les Bible ne se vendent pas. Fust ne gagne pas d’argent, Gutenberg ne le rembourse pas. Fust engage un procès contre Gutenberg, le gagne et devient le chef d’entreprise.

Il s’installe à Pais en 1463 pour mieux vendre ses livres, mais il décède en 1466.

Gutenberg, qui vit modestement, largement méconnu par ses contemporains, meurt le 3 février 1468, ayant légué son invention à l’humanité. Il est inhumé à Mayence dans un cimetière qui sera détruit.

Les presses de L’Express à Toronto.

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