Un contrepoids aux idées reçues sur l’obésité

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Publié 17/05/2011 par Paul-François Sylvestre

Auteure de Marraine et de Carnet de bord, deux romans qui ont remporté le prix Littérature éclairée du Nord en 2009 et 2010, Hélène Koscielniak a récemment mis le cap de son imaginaire vers le Bénin en architecturant toute une intrigue autour de l’obésité et du don de soi. Sa toute dernière création s’intitule Contrepoids et met en scène une galerie de personnages truculents, mais aussi vulnérables, sensibles et généreux.

Tout commence à Toronto où la compagnie aérienne SurfAir bat de l’aile. Comment mousser les ventes? C’est Tony Miller qui trouve la solution. Ce cadre s’appelle en réalité Antonin Meunier, mais comme «on ne va pas loin avec un tel patronyme à Toronto», il a changé son nom. La solution de Miller consiste à jouer sur la carte de la fibre humanitaire.

Il combine les téléréalités américaines The Biggest Looser qui portent sur la perte de poids et The Amazing Race qui traite de l’expérience des voyages et du contact avec les sociétés locales. SurfAir offrira donc des voyages d’amaigrissement au Bénin.

Les candidats retenus travailleront bénévolement pour Mission Maisons, un organisme de coopération internationale qui construit des logements pour des gens démunis. Dépenses caloriques, alimentation plus saine et don de soi seront à l’honneur. De là l’image du marteau et de la fourchette sur la couverture.

Huit participants sont choisis et un médecin à la retraite les accompagne dans une aventure qui ne sera pas de tout repos, car la réalité pèse de tout son poids sur ces voyageurs. Les rencontres dans le village Koudura délivrent et enivrent, perturbent et apeurent.

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Les huit hommes et femmes obèses découvrent d’abord un pays qui est «un mélange d’archaïsme et d’actualité qui ne cesse de surprendre». Un fétiche vaudou (zangbeto) jouxte un cybercafé.

Hélène Koscielniak aime jouer sur les mots. Elle note qu’une femme obèse est «délestée de tout poids autoritaire, toute légère». Les patronymes sont délibérément choisis en vue d’une tournure fantaisiste: Françoise Perron s’était «fait marcher dessus» et Morris Green était «vert de jalousie». Les sobriquets vont de gros lard à gros bélouga, en passant par gros dino et même gros zizi.

L’auteure aime aussi doter ses personnages de couleur personnelle. Il y a cet homme qui a toujours tendance à déformer les mots: dispolibilité, pradicateur, suberfuge, péchés caputaux. Et cet autre qui truffe ses réponses d’expressions populaires comme «Trou de pet! Du ketchup ici! T’es chanceux en saint Simoton…»

S’il y a de jolis jeux de mots et de savoureuses expressions, il y a aussi, malheureusement, de nombreuses fautes dans ce roman. Il manque des mots (à cause son antipathie), il y a des coquilles (main), il y a des erreurs (la Sainte Vierge à son ascension) et des mots mal choisis (prometteurs immobiliers).

Contrepoids fait évidemment référence à la pandémie d’obésité en Amérique du Nord et à la famine en Afrique. Les gens meurent de trop ou de ne pas assez manger. Un des personnages trouve difficile de se contenter de salade aux tomates et de volaille dans une sauce aux tomates, le tout servi en portions pour enfants.

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«Qu’aurait-il donné pour un énorme bifteck saignant avec oignons, patates au four et crème sure, suivi de gâteau au chocolat!»

Après six semaines de régime santé et de bénévolat sur un chantier de construction, les huit participants ont tous perdu du poids. C’était leur but avant de partir, mais le Bénin leur a montré qu’il existe d’autres priorités dans la vie.

«Dès qu’ils avaient arrêté de penser à leur corps et s’étaient mis au service d’autrui, ils s’étaient mis à fondre.» Comme l’écrit Hélène Koscielniak, il y a un «sentiment d’exaltation qu’on ressent quand on contribue au bien-être des autres». La volonté d’aider son prochain fait fondamentalement partie de la fibre humaine: «L’être humain a besoin de dépassement pour combler les aspirations de l’âme.»

Quand l’appareil de la SurfAir atterrit à Toronto, huit passagers rentrent au pays non seulement «plus petits de corps, mais aussi plus grands d’esprit… mieux équipés pour faire face à leur problème d’obésité.»

Je me suis entretenu avec l’auteure et j’ai été très surpris d’apprendre qu’elle n’a jamais mis les pieds au Bénin. Pourtant, le roman décrit des lieux précis avec moult détails. La recherche sur Internet a certainement aidé Hélène Koscielniak à créer une vive impression de littéréalité.

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Hélène Koscielniak, Contrepoids, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges,
408 pages, 27,95 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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