Un ballet romantique revisité

Amjad, d'Edouard Lock et La La La Human Steps


15 mai 2007 à 12h09

Édouard Lock, chorégraphe, directeur artistique et fondateur de La La La Human Steps, était de passage à Toronto la semaine dernière pour promouvoir Amjad, son nouveau spectacle, qui sera présenté le 15 mai au Centre Hummingbird. Avec Amjad, Lock poursuit son exploration de la danse sur pointes et revisite à sa façon Le Lac des cygnes et La Belle au bois dormant de Tchaïkovski. Le chorégraphe montréalais nous parle de ce qui l’a poussé à se frotter à ces ballets-phares de l’époque romantique.

Le Lac des cygnes et La Belle au bois dormant sont des histoires connues de tous qui font partie de l’imaginaire collectif. Afin de se les réapproprier, Édouard Lock s’est cependant davantage intéressé à la trame de fond, au symbolisme et aux archétypes présents dans ces oeuvres qu’à une approche narrative traditionnelle.

«Ces ballets racontent des histoires qui se passent entre la forêt et le palais», explique Lock. Si le palais est un endroit régi par certaines conventions, la forêt, elle, est le lieu des possibles.

«C’est là que les vraies choses se passent: les interrelations, les émotions et un renversement des valeurs», poursuit le chorégraphe qui voit là une allégorie du rapport entre le conscient et l’inconscient et une représentation toujours actuelle de la société et de ses structures.

«La société romantique était très rigide et n’acceptait pas certaines façons d’être. Les artistes qui voulaient représenter ces interdits devaient les transposer dans le règne animal, ou les situer en marge de la société où ils devenaient soudainement acceptables», explique Lock qui rajoute que «l’humain est plus complexe et ambigu que ce qu’on veut bien accepter au niveau social».

C’est d’ailleurs en référence au thème de l’ambiguïté qui lui est cher que le chorégraphe a baptisé le spectacle du prénom unisexe Amjad. Ce prénom d’origine marocaine se veut également un hommage aux racines d’Edouard Lock, un natif de Casablanca.

Lock n’en est pas à sa première rencontre avec la musique de Tchaïkovski. En 1987, il avait en effet chorégraphié pour le Ballet national de Hollande une pièce sur pointes sur le Concerto pour violon en ré majeur. L’œuvre du compositeur russe trouve des résonances chez de nombreuses personnes selon Edouard Lock: «Les gens ne savent pas pourquoi ils connaissent ses musiques – ils n’ont souvent pas vu les ballets – et pourtant ils se souviennent même des airs plus obscurs.»

«Le souvenir est une chose que je trouve intéressante, explique Edouard Lock. Un souvenir collectif unit, mais d’une étrange façon et quand on commence à jouer avec la déstructuration – au niveau musical et chorégraphique – on introduit des éléments qui créent chez les gens une désorientation que je trouve intéressante».

Cet effet désorientant, Lock l’obtient en alliant des chorégraphies ultra-précises à des interférences constantes: des mouvements rapides, des zones d’ombres, etc. Il l’obtient également au plan musical: les compositeurs Gavin Bryars, David Lang et Blake Hargreaves ont en effet exploré l’œuvre de Tchaïkovski et en ont extrait des variations plus dépouillées. Quatre musiciens interprètent sur scène le résultat éminemment moderne de cet exercice.

Les neufs danseurs d’Amjad évoluent également dans un environnement signé Armand Vaillancourt, artiste considéré par plusieurs comme le père de la sculpture moderne au Canada. De plus, Lock a réalisé avec le directeur photo André Turpin, un film qui est projeté sur scène pendant le spectacle.

Amjad risque donc d’ébranler les attentes d’un public qui voudrait y retrouver du connu. Mais plutôt que de donner les clés pour comprendre son oeuvre, Lock laisse aux spectateurs la possibilité de s’impliquer de façon empathique dans ce qui leur est présenté. «Les spectateurs sont confrontés à l’échec quotidiennement», de dire Lock qui explique qu’exclure cette notion de la scène revient à aliéner le public en lui présentant quelque chose qui est idéalisé.

«Je pense qu’il y a un prix à payer au niveau de l’ego quand on entre sur scène. L’interprète doit être prêt à prendre des risques au niveau de sa fierté et de ce qu’il peut contrôler. En faisant cela, il s’éloigne de la simple prouesse technique et il introduit sur la scène la notion de fragilité, qui est une valeur réelle et vivante.»

C’est cette fragilité qui ouvre la porte à l’empathie de la part des spectateurs selon Édouard Lock. Parions que la porte sera grande ouverte le 15 mai prochain.

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