Un archevêque sacrifié


11 mars 2014 à 9h30

Lorsque le Franco-Ontarien Joseph Charbonneau démissionne comme archevêque de Montréal, en 1950, on a cru à l’intervention du premier ministre Maurice Duplessis, suite à l’appui que Mgr Charbonneau avait donné aux grévistes d’Asbestos. Il n’y a rien de plus faux, selon Denise Robillard, qui signe Monseigneur Joseph Charbonneau, bouc émissaire d’une lutte de pouvoir.

Né à Lefaivre (dans l’Est ontarien) le 31 juillet 1892, Joseph Charbonneau est ordonné prêtre en 1916, devient tour à tour vicaire dans l’Outaouais et dans l’Est ontarien, puis supérieur du Petit et du Grand Séminaire, vicaire général de l’archidiocèse d’Ottawa, évêque de Hearst (9 mois), archevêque de Montréal (10 ans) et «exilé» à Victoria. Il est décédé le 19 novembre 1959.

L’auteure note que Joseph Charbonneau mesurait six pieds et deux pouces (1,88 m), avait un sourire engageant, affichait une très grande sensibilité et souffrait de timidité. C’était «un homme simple, mais direct, d’un caractère entier».

Vicaire général durant la crise du Règlement 17, le jeune prélat est considéré par les leaders nationalistes comme un «vendu aux Irlandais et un traître à sa race» en raison du rapprochement qu’il prônait entre francophones et anglophones.

Denise Robillard précise que Mgr Charbonneau demeurait certes un patriote, sans pour autant devenir fanatique. «Il était favorable à un patriotisme raisonné», un patriotisme respectueux des autres gens de culture différente. «Cette attitude tolérante lui aurait valu le reproche d’être un anglais», voire «un homme dangereux». À cet égard, Charbonneau a eu maille à partir avec le grand manitou du journal Le Droit, le père oblat Charles Charlebois.

Nommé évêque de Hearst à 48 ans, Mgr Charbonneau abat une tâche énorme en moins de dix mois. Il est très apprécié du clergé, des religieuses et des fidèles. Il n’hésite pas à revêtir des habits de travail pour ramasser des pommes de terre qui risquent de se perdre. Son trop bref passage à Hearst en est un marqué par la sérénité et le bonheur. Ce sera tout le contraire par la suite, car «on m’a condamné aux travaux forcés au pénitencier de Montréal».

À son époque, Charbonneau est probablement le seul évêque du Canada français à avoir étudié à la Catholic University of America. Ce séjour à Washington lui donnera de profondes convictions en matière de justice sociale.

L’auteure le décrit comme un prélat désireux de voir l’Église s’adapter à la mentalité du XXe siècle. Selon lui, les prêtres doivent prêcher l’évangile et le mettre en pratique dans leur vie, au lieu d’ergoter du haut de la chaire.

Pour les Montréalais de 1940, même les gens de Longueuil sont considérés comme des étrangers. Alors, imaginez leur réaction lorsque Rome nomme un Franco-Ontarien au poste d’évêque coadjuteur de Montréal (avec droit de succession). Ils ne peuvent pas croire qu’aucun Montréalais n’est assez digne pour devenir archevêque. Aussi, réservent-ils «un accueil de frigidaire» à celui qui est «perçu comme un progressiste, ce qui était considéré à l’époque comme du relâchement».

Ardent promoteur d’un rapprochement entre francophones et anglophones, Mgr Joseph Charbonneau sera le premier archevêque de Montréal à nommer un évêque auxiliaire de langue anglaise. Cela enrage les nationalistes purs et durs.

L’auteure n’a pas pu avoir accès au «dossier Charbonneau», car le délai normal de 50 ans après la mort de la personne concernée a été porté à 70 ans! Ses recherches dans de nombreux diocèses, ses entrevues auprès de personnes-clés ayant bien connu l’archevêque et la consultation de sa correspondance échangée entre 1928 et 1959 lui permettent néanmoins de conclure que «ce n’est pas en raison de ses prises de position sociales que Mgr Charbonneau a été démis de ses fonctions, mais à cause de sa position favorable à la non-confessionnalité des institutions sociales».

Des prélats québécois se sont rendus à Rome pour «obtenir la condamnation des tenants de la non-confessionnalité, de la laïcité, du dialogue et de la coopération avec les groupements non catholiques». Mgr Charbonneau était directement incriminé. Le Montréalais Alexander Carter, futur évêque de Sault-Sainte-Marie, dira que Charbonneau a été «the sacrificial lamb in our own clerical circles in the Church of Quebec».

Le 2 janvier 1950, le délégué apostolique signale à Mgr Charbonneau que le Saint-Siège exige sa démission. C’est une décision de Pie XII; «tout s’est fait verbalement, et on ne trouvera rien d’écrit à Rome quand on ouvrira les archives».

De toute évidence, le quatrième archevêque de Montréal était en avance sur son temps. «Mgr Joseph Charbonneau préfigurait le courant libéral qui allait bouleverser le Québec et le Canada des années 1960 à 1980».

Voilà un ouvrage très détaillé, très fouillé, qui intéressera d’abord les chercheurs. On y trouve pas moins de 1 500 notes en bas de page, plus un index de quelque 800 noms propres.

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