Troubles de la personnalité limite: quand les émotions deviennent incontrôlables

La Fondation Sashbear forme les proches

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Le 28 mai dernier, près de 700 personnes étaient présentes sur la promenade Sunnyside de Toronto, en soutien des personnes atteintes de Troubles de la personnalité limite. Cette 5e marche annuelle avait pour thème «les familles pour les jeunes», afin d’appuyer le rôle puissant que joue la famille pour aider à prévenir la maladie mentale et obtenir des traitements nécessaires.

La marche, qui a permis de recueillir plus de 100 000 $, était organisée par la Fondation Sashbear, qui fait partie des rares organismes en Ontario à apporter des solutions aux familles et aux personnes atteintes du TPL.

Le trouble de la personnalité limite est une maladie mentale caractérisée par une instabilité émotionnelle. Les individus aux prises avec ce trouble ont du mal à maîtriser leurs impulsions et à maintenir des relations interpersonnelles. Environ 4% de la population pourrait en être atteint, selon Lynn Menu-Courey, la co-fondatrice, avec son mari Mike, de la fondation Sashbear.

La Dr Perry Hoffman, co-fondatrice de la National Education Alliance for Borderline Personality Disorder aux États-Unis, Lynn Menu-Courey, co-fondatrice de la Fondation Sashbear à Toronto, et trois membres de la Fondation.
La Dr Perry Hoffman, co-fondatrice de la National Education Alliance for Borderline Personality Disorder aux États-Unis, Lynn Menu-Courey, co-fondatrice de la Fondation Sashbear à Toronto, et trois membres de la Fondation.

Troubles difficiles à classer

Les troubles de la personnalité sont divers et leur classification est arbitraire. Chaque personne est unique et peut représenter un degré différent dans son comportement. Par exemple, le trouble de la personnalité antisociale est plus courant chez les hommes, alors que le trouble de la personnalité limite est plus fréquent chez les femmes, une prévalence d’environ 75%, selon le site de la Fondation Jeune en tête.

Les victimes du TPL réagissent souvent par des excès de colères très intenses. Les symptômes sont nombreux: dépression, anxiété et périodes d’autodestruction. Les personnes atteintes de ce trouble voient leurs émotions, leur comportement, leur image de soi et leur identité modifiée. Leurs relations avec les autres et leurs objectifs de carrière sont très instables.

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«On voit juste un comportement destructeur et irrespectueux, de grosses colères, des hauts et des bas… c’est dur pour les parents, cela pousse au désespoir», nous explique un des membres de la fondation.

La personne atteinte du trouble de la personnalité limite peut, en plus de sa maladie, contracter d’autres troubles mentaux ou problèmes de dépression, bipolarité, dépendance à l’alcool et aux drogues, troubles alimentaires. «Ma fille trouve parfois qu’elle est trop grosse, alors qu’elle ne l’est pas du tout.»

«Ma fille avait des sautes d’humeur, elle avait besoin que je sois près d’elle, elle n’arrivait pas à dormir, je ne savais pas pourquoi. Souvent, elle me rejoignait dans mon lit et elle cherchait à être rassurée. Je ne comprenais pas et ça l’a renfermée.»

«On se sent comme de bons parents, mais en fait cela ne suffit pas. C’est dur de se rendre compte à quel point, au début, nous avons était invalidant, qu’on n’a été d’aucune aide.»

L'équipe francophone de Sashbear.
L’équipe francophone de Sashbear.

Programme pour les parents

À 20 ans, Sasha Menu-Courey, étudiante à l’université du Missouri et nageuse au niveau national, a mis fin à ses jours le 17 juin 2011. Le trouble de la personnalité limite a eu raison d’elle. La Fondation Sashbear a été créée par ses parents.

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Comme Sasha dans la piscine, disent-ils, la Fondation est déterminée à «faire des vagues» pour la promotion de la santé mentale.

La Fondation aide les familles et les proches en offrant gratuitement un programme bilingue d’acquisition de compétences de 12 semaines appelé Family Connections/Connexions familiales. C’est un programme de l’organisation américaine NEABPD, créé en 2001 par les docteurs Perry Hoffman et Allan Fruzzetti, qui étaient présents pour la 5e marche annuelle de Sashbear à Toronto.

La Fondation a offert le programme Connexions familiales dans de nombreuses villes de l’Ontario, de l’Alberta et du Québec. Ses animateurs seront à Paris le 17 juin. «Grâce au programme, j’apprends combien ils souffrent, et j’apprends à accepter la maladie», explique un des participants, «j’apprends à accepter notre réalité.»

Pour Lynn Menu-Courey, «ce programme apporte compassion et empathie. Nous enlevons le jugement, et cela permet d’amoindrir l’angoisse que peut ressentir le sujet TPL. Nous aidons les personnes touchées à vivre mieux à travers l’aide apportée à leurs familles et nous avons observé de très bons résultats.»

Le programme permet de trouver un équilibre et de communiquer. Pour un des membres: «on propose un environnement familial positif par rapport à leurs émotions, vu que les jeunes TPL sont tellement hypersensibles. Il faut accepter notre réalité, ça prend du temps et ce n’est pas facile, mais il faut savoir que notre enfant ne sera jamais comme les autres. Ce n’est plus une vie normale, je ne ferai peut-être pas tout ce que les mères font avec leurs filles.»

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De nombreux invités, ce 28 mai, saluaient le travail accompli par la Fondation: «nous croyons en votre travail»; «le programme est une révolution»; «vous sauvez des vies»… Pat Healy, qui a reçu le cœur de Sasha, était présent pour l’occasion. Pour Mike et Lynn, Pat fait maintenant partie de leur famille.

Pat Healy, qui a reçu le cœur de Sasha Menu-Courey, et sa femme Karen.
Pat Healy, qui a reçu le cœur de Sasha Menu-Courey, et sa femme Karen.

Reconnaissance difficile

Les psychothérapies individuelles ou de groupe ont une certaine efficacité chez de nombreux patients TPL. La plus connue est la thérapie dialectique comportementale (DBT), centrée sur l’échange et la négociation entre le thérapeute et le patient. Il réduirait de manière significative le comportement autodestructeur et suicidaire chez les individus atteints de TPL.

La Fondation Sashbear propose des cours de DBT dans 5 écoles du Grand Toronto et souhaiterait l’offrir à un plus grand nombre d’écoles. Mettre le programme dans les écoles pourrait prévenir et permettre de distinguer les traits de la personnalité TPL. Selon un des membres, le TPL peut se déclarer dès l’âge de 9 ans. «Les enseignants sont parfois les seuls médiateurs entre les enfants et leur famille. Ils peuvent aussi participer à l’environnement invalidant de l’enfant.»

Le programme Connexions familiales est dispensé dans 21 pays, indique à L’Express le docteur Fruzzetti. «Il faut se connecter avec les systèmes de santé, il y a de l’espoir et les gens vont de mieux en mieux.»

Pour Lynn Menu-Courey, «la progression est lente, le monde médical donne des services, mais pas tout à fait adaptée à chaque personne». La mère de Sasha affiche pourtant un optimisme dévorant et nous dit qu’«il est possible de vivre pleinement». Depuis 2014, la fondation Sashbear affirme avoir aidé plus de 500 familles.

 

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