Transformer la laideur en beauté le long de la 401


7 novembre 2006 à 21h34

Le dévoilement, en juin dernier, de la murale qui orne le mur de l’autoroute 401 entre les viaducs des rues Bathurst et Wilson n’a pas fait couler beaucoup d’encre. Serions-nous devenus habitués, donc indifférents, à ces murales qui apparaissent ici et là, sur les murs latéraux de magasins donnant sur de disgracieux stationnements ou sous des viaducs de chemin de fer?

Certaines sont pourtant fort agréables et embellissent le milieu. Celle de Bathurst/Wilson est loin d’être une œuvre banale. Elle est exceptionnelle et devrait même, dans ce coin perdu de North York, constituer une attraction digne de rivaliser avec d’autres œuvres d’art public inscrites au palmarès des endroits à visiter dans la Ville-Reine.

Il n’est pas étonnant qu’autant de murales surgissent aux quatre coins de la ville. Par le biais de divers programmes, la Ville de Toronto subventionne depuis plusieurs années la réalisation de ces œuvres. En 1996, elle créait le Graffiti Transformation Program dans le but de nettoyer les murs des graffiti qui les couvraient et réorienter le talent de ces jeunes vers une autre forme d’expression picturale.

Depuis 1999, Toronto Economic Development administre aussi son propre programme de murales en vue d’embellir les rues commerciales et les quartiers industriels. Plus de 60 projets ont jusqu’à maintenant profité de ses subventions.

Enfin, la campagne menée par le maire David Miller pour une ville propre et belle a donné naissance au Clean and Beautiful City Secretariat qui administre divers programmes d’embellissement, dont celui de murales.

Les murales introduisent de la beauté et de la couleur où c’était souvent laid et gris. C’est surtout le cas des centaines de viaducs de chemin de fer qui enjambent nos rues. Aucune de ces constructions n’est agréable et la plupart sont carrément monstrueuses. Elles furent érigées sans le moindre souci d’esthétique et depuis leur métal a rouillé et le béton s’est fissuré et effrité. Encore solides, elles satisfont les compagnies ferroviaires qui les possèdent, mais leur aspect est à la mesure de la responsabilité sociale de ces propriétaires.

Étant donné l’insouciance de ces compagnies, il est heureux que la Ville de Toronto soit enfin venue à la rescousse de ces horreurs. Les premières entreprises remontent au temps de la mairesse Barbara Hall quand un concours national fut lancé en 1989 pour soi-disant reconnaître l’importance historique de ces viaducs. C’était déclarer avec une retenue prudente qu’il était temps qu’on leur accorde un peu de soin.

Un des premiers endroits à bénéficier de cette initiative fut le carrefour des rues Gerrard et Carlaw, affublé de deux viaducs. L’expression artistique a pris ici la forme de sculptures accrochées aux murs de soutènement, une solution appropriée puisque contrairement à la murale la sculpture n’est pas soumise à la détérioration des parois. Les longs murs de ces deux viaducs sont entièrement blancs, mais l’uniformité chromatique n’est pas ici un défaut. Les articulations des murs et surtout les élégantes arcades qui séparent la rue des trottoirs constituent des attraits satisfaisants, sans compter que ces murs encadrent magnifiquement un petit parc. Autrefois victime de deux viaducs, ce carrefour est aujourd’hui plein d’intérêt.

C’est encore à l’arrière-plan d’un petit parc que se situe la spectaculaire murale au coin des rues Wilson et Bathurst, mais, illustrant un immense paysage, celle-ci fait corps avec les arbres et la pelouse du parc, créant l’illusion que celui-ci s’étend loin au-delà des limites qu’impose le mur de l’autoroute sur lequel elle est peinte.

Un radieux ciel bleu meuble sur toute sa longueur la partie supérieure de cette murale qui se déploie d’un viaduc à l’autre, soit une distance d’environ 100 mètres.

On identifie deux parties dans ce panorama. À gauche, un paysage sauvage où un étroit ruisseau parsemé de cailloux coule parmi des troncs d’arbres desséchés et à proximité d’un village iroquois. Puis la vue glisse sur des scènes où les personnages se prélassent sur des pelouses ondoyantes pendant que des baigneurs s’ébattent dans des lacs aux mille reflets lumineux.

Peinte selon la technique pointilliste, cette immense image transmet l’ambiance sereine des toiles impressionnistes et néo-impressionnistes. En la voyant, nous viennent immédiatement à l’esprit les tableaux de George Seurat, en particulier Un Dimanche à la Grande Jatte.

Cette oeuvre d’Ian Leventhal, peinte avec l’aide de quelques bénévoles, est unique parmi toutes les murales qui ornent nos rues. Muraliste bien connu, Leventhal est membre de la Roundtable on a Beautiful City.

Espérons que lui et d’autres artistes de renom nous feront le plaisir de plusieurs œuvres de cette qualité. Et un jour peut-être serons-nous fiers d’organiser des tournées pour montrer nos viaducs à nos visiteurs.

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