Tous ces livres sont à moi grâce à ma bibliothèque publique


26 septembre 2007 à 10h03

Lorsque la Grande Bibliothèque a été inaugurée à Montréal, en 2005, on y a présenté une exposition intitulée Tous ces livres sont à toi! Le Musée de la civilisation, à Québec, a repris et adapté cette exposition qui est en montre jusqu’au 11 novembre prochain.

C’est le dramaturge Michel Marc Bouchard qui en a assumé la direction artistique. Dès qu’on pénètre dans la salle d’exposition, il nous rappelle qu’une bibliothèque publique revêt plusieurs rôles. Elle est «gardienne de la mémoire, source de connaissance, terreau de la recherche, moteur de création, pierre angulaire de la découverte et instrument de liberté».

Une première bibliothèque publique voit le jour au Canada français en 1844 avec la fondation de l’Institut canadien de Montréal, suivi de l’Institut canadien de Québec en 1848 et de l’Institut canadien-français d’Ottawa en 1852. Chacun de ces instituts est à la fois une bibliothèque publique et un lieu de débat et de conférences pour les sociétés littéraires et scientifiques de l’endroit.

Selon l’exposition Tous ces livres sont à toi!, la bibliothèque de l’Institut canadien est constituée d’œuvres d’auteurs romantiques tels Victor Hugo et Alphonse de Lamartine, mais aussi d’auteurs du siècle des Lumières, tels Voltaire et Diderot. Ces auteurs et d’autres sont mis à l’index par l’Église catholique, c’est-à-dire interdits selon l’Index Librorum Prohibitorum. L’évêque de Montréal s’élève si vigoureusement contre l’Institut canadien que ce dernier doit fermer ses portes en 1880. L’Institut canadien de Québec, qui accepte de se débarrasser des livres jugés immoraux par l’Église catholique, réussit à rester ouvert.

Tout un mur de l’exposition étale des exemples de «livres maudits», de livres mis à l’Index. On y retrouve, emprisonnés derrière des grilles de fer, Les Trois Mousquetaires de Dumas, les Essais de Montaigne, Le Tartuffe de Molière, le Théâtre de Voltaire, Du contrat social de Diderot, Notre-Dame de Paris de Hugo et même Le Libraire de Gérard Bessette (1960).

Les deux livres les plus répandus dans les foyers québécois durant la fin du XIXe siècle sont le Catéchisme et L’Almanach du peuple.

Avec l’avènement des bibliothèques publiques, les Québécois ont accès à toute une panoplie de romans, essais, poèmes, etc. Ils découvrent, entre autres, Le jeune Latour (Antoine Gérin-Lajoie, 1844, première pièce de théâtre publiée en français au Canada), Les Anciens Canadiens (Philippe Aubert de Gaspé, premier roman publié en 1863), Maria Chapedelaine (Louis Hémon, 1916), Flore laurentienne (Frère Marie-Victorin, 1935), Adagio (Félix Leclerc, 1943), Agaguk: roman esquimau (Yves Thériault, 1958), Une saison dans la vie d’Emmanuel (Marie-Claire Blais, 1968) et Les Belles-Sœurs (Michel Tremblay, 1968).

Tous ces livres sont présentés en édition originale. 

L’exposition signale que ce n’est qu’en 1968 que le Québec se dote d’une Bibliothèque nationale. Cette année-là, le Québec crée aussi le dépôt légal auquel sont assujettis tous les éditeurs. Cela vient en quelque sorte couronner une période de grande effervescence qui avait vu s’affronter les forces de l’immobilisme et celles du progrès… sur fond de volonté d’affirmation identitaire.

Les deux moments forts de cette effervescence demeurent la Révolution tranquille et la publication du Refus Global. À cet égard, l’exposition présente des témoignages sonores, des textes, des livres, des installations et des projections qui rendent compte du chemin parcouru pour définir et affirmer le droit des Québécois à la culture et à la liberté d’expression.

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