Théâtre franco-ontarien: «On veut pas le sawouère, on veut le wouère»

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C’est Yvon Deschamps qui expliquait le pouvoir de l’image, ce qui fait la force de la télévision par rapport à la radio, en disant: «on veut pas le sawouère, on veut le wouère»…

C’est pour cette même raison qu’un incident local de violence policière ou un problème mondial comme celui des réfugiés n’arrive à scandaliser une majorité de la population qu’après la diffusion d’une vidéo prise sur le vif avec un téléphone ou la photo d’un enfant noyé sur une plage…

On pourrait dire la même chose du théâtre, selon le dramaturge Robert Marinier, pour qui l’erreur de débutant la plus répandue dans ce domaine est de mettre en scène des personnages qui nous racontent ce qui leur est arrivé et ce qu’ils ont ressenti, plutôt que nous le montrer en jouant l’histoire en question.

Pas de monologue svp

«Le théâtre, ce n’est pas du monologue: c’est à travers l’action et les dialogues entre les protagonistes qu’on doit finir par comprendre l’histoire», a-t-il souligné lors d’une table ronde sur «la vitalité de la dramaturgie franco-ontarienne» qui suivait, le 5 septembre au Théâtre Glendon, la présentation de la pièce AmericanDream.ca du théâtre La Tangente.

Et écrire de l’action et des dialogues, c’est plus difficile qu’écrire du monologue, poursuit Robert Marinier. C’est même ce que l’auteur de L’Inconception, des Rogers et de L’Insomnie trouve le plus difficile, comparé à la mise en scène et au travail de comédien.

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Animée par Éric Robitaille de l’émission du samedi matin Grands Lacs Café à la radio de Radio-Canada, la table ronde réunissait aussi Denise Truax (directrice générale des éditions Prise de parole, fondatrice de la revue culturelle Liaison et des Éditions L’Interligne), Yves Turbide (président de l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français), Pierre Simpson (comédien, metteur en scène des Zinspirés au TfT et président de Théâtre Action) et Claude Guilmain (scénariste, dramaturge, metteur en scène et cinéaste documentariste, l’auteur d’AmericanDream.ca et le co-fondateur de La Tangente avec Louise Naubert).

«De leur domaine respectif, les participants ont brossé un portrait de l’état actuel de la dramaturgie franco-ontarienne avec ses forces et ses faiblesses», rapporte à L’Express Claude Guilmain, pour qui ce débat, placé sous les auspices du 400e anniversaire de la présence française en Ontario, a répondu à ses attentes.

Petit marché

Éric Robitaille, lui, estime que notre théâtre va plutôt bien. «À Sudbury, le TNO fait salle comble. Le TfT va bien aussi. Dans le cas de La Tangente, la très grande qualité de ses productions devrait lui permettre d’avoir un public beaucoup plus grand.»

Mais il est difficile, selon lui, de faire du théâtre de création contemporain sur des enjeux de société majeurs… dans le petit marché francophone de Toronto.

Les participants à la table ronde n’ont pas eu de mal à s’entendre pour dire que:

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Théâtre Action et les Zinspirés font un travail remarquable pour développer une relève;

nos leaders politiques ne font pas assez la promotion de la culture en général et du théâtre en particulier;

les «grands textes» (des Dalpé, Ouellette, Marinier, Guilmain, etc.) devraient être davantage étudiés dans nos écoles;

il faudrait plus de voix diversifiées (dramaturges féminins, gais/lesbiennes, jeunes, multiculturels) pour mieux refléter la diversité des voix de l’Ontario français.

D’amateur à professionnel

Toujours selon Éric Robitaille, quelques divergences sont apparues lorsqu’on a souligné (Marinier et Guilmain) que plusieurs textes «professionnels» franco-ontariens sont présentés même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

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«Certains textes sont mal écrits, incluent de longs monologues, des états d’âme sans intérêt ou des trucs expérimentaux qui font fuir le public qui a tellement d’autres choix.»

D’autres (Turbide et Simpson), qui travaillent beaucoup avec la relève, préfèrent rappeler que «les jeunes auteurs doivent prendre des risques et parfois se tromper pour éventuellement atteindre l’excellence, et que sans l’appui de la communauté, ils se décourageront du théâtre ou de la francophonie et ce serait du talent perdu».

Participants et spectateurs ont tous affirmé que temps a filé sans qu’on le remarque, tant cette discussion était passionnante. Tous ont souhaité que ce soit là le début d’une réflexion plus large à poursuivre en Ontario français.

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À lire aussi dans L’Express: AmericanDream.ca

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