Terre d’accueil: rencontre avec une francophonie plurielle

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Publié 22/04/2008 par Aline Noguès

Et dire qu’ils n’ont pas fait du théâtre leur métier… La troupe de Terre d’accueil est essentiellement composée de comédiens amateurs, mais cela ne se voit pas. Chaque réplique vient du fond du coeur et c’est probablement ce qui a su toucher le public. Le théâtre de la Vieille 17 s’est arrêté à Toronto la fin de semaine passée, le temps de présenter la création d’Esther Beauchemin et Michèle Matteau: Terre d’accueil.

Comme nous l’expliquions dans notre dernier numéro, cette pièce est le résultat d’un travail d’improvisation d’immigrants installés dans la capitale nationale. À quoi ressemble la vie de ceux qui arrivent au Canada pour y trouver une vie plus digne? Venus d’Afrique ou des Antilles, ils sont une nouvelle facette de l’identité franco-ontarienne. Mais qu’y a-t-il derrière ces visages? Quelles histoires? Quels souvenirs? Quels sentiments contradictoires?

Terre d’accueil lève un pan du voile et le fait avec brio. Les acteurs interprètent avec un plaisir évident le rôle de ceux qui attendent d’entamer leur nouvelle vie de Canadiens. Ils nous font passer de scènes drôles à des moments plus graves qui révèlent les passages obligés de l’immigration: la frustration face à la lourdeur de l’administration, la difficulté à exercer sa profession, l’envie parfois d’un retour vers un pays d’origine idéalisé, l’incompréhension croissante de ceux qui sont restés là-bas, les blessures d’un passé douloureux qui s’ouvrent lorsqu’on s’y attend le moins…

Mais Terre d’accueil n’est pas qu’un simple recueil de souvenirs de nouveaux arrivants: c’est avant tout une pièce de théâtre, bien pensée, bien montée, aux costumes magnifiques, à la mise en scène soignée et vivante, gardant le spectateur en haleine jusqu’au bout. À un tel point que ce dernier regrette de voir la fin arriver si vite!

Terre d’accueil a connu un franc succès à Ottawa, on peut en dire autant de ses représentations torontoises… et c’est un succès bien mérité!

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Car au bout du compte, la réussite de Terre d’accueil est peut-être d’être parvenue à renverser la perspective du public franco-ontarien de souche. Au fil des scènes, la pièce fait comprendre de l’intérieur le vécu des nouveaux arrivants, et c’est à eux que l’on s’identifie. Si bien que celles qui nous semblent les plus étrangères sont peut-être finalement les deux Franco-Ontariennes de souche de la pièce, dont les réparties décalées nous font sourire…

Si le spectateur ressort plus riche de cette rencontre théâtrale, il n’est pas le seul: les comédiens se réjouissent de cette aventure. Originaires du Cameroun, d’Haïti, du Congo, de Côte d’Ivoire, du Burundi… ils ont tous retiré de ce projet un petit plus qui permet de poursuivre son chemin le sourire aux lèvres. Evalt Lemours y aura retrouvé la confiance perdue au fil de ses désillusions canadiennes, Jean-Pierre Nzeyimana se réjouit d’avoir trouvé une chaleur humaine.

Pour Huguette Jean-François, la satisfaction est encore différente: «Je suis heureuse d’avoir apporté ma contribution à la redéfinition de la francophonie en Ontario… une francophonie plurielle.»

Un dvd

Le projet de Terre d’accueil ne sombrera certainement pas dans l’oubli: un livre reprend les dialogues de la pièce et un DVD devrait bientôt voir la jour. Et Terre d’accueil pourrait bien faire des petits… Le théâtre de la Tangente est très intéressé par la démarche de Terre d’accueil et songe sérieusement à produire une version torontoise du spectacle.

Louise Naubert, directrice artistique de La Tangente voit dans un tel projet l’occasion de montrer au public torontois la diversité de la francophonie d’ici. «Montrer Terre d’accueil à Toronto est une bonne chose mais reprendre la même démarche ici, avec des comédiens d’ici, cela aurait sûrement un impact plus grand.

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Chacun pourrait découvrir sur scène une personne qu’il côtoie peut-être tous les jours, sans vraiment la connaître. Et puis la réalité torontoise est probablement différente de celle d’Ottawa et nous pourrions choisir de parler de ce qui se passe après l’obtention du statut de résident permanent plutôt qu’avant…»

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