Tatilon aime les mots à la folie, corps et âme

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En publiant le roman Helena, Claude Tatilon nous offre la possibilité d’en lire trois pour le prix d’un seul. Son ouvrage C’est que son protagoniste pond sur demande des histoires érotiques/exotiques. Et de un. Cela ne l’empêche pas de rêver grâce à l’écriture de l’imaginaire. Et de deux. Ce double parcours permet à Claude Tatilon de réfléchir avec brio sur le processus de création. Et de trois.

Le protagoniste se nomme Philippe Joubert. C’est un Français établi à Toronto, où la traduction de pubs lui permet d’arrondir ses fins de mois. Autrement, il est rédacteur de romans érotiques qui paraissent sous un pseudonyme. Il a créé le personnage de Jean Dusfour qui ne doit pas son succès «aux seules scènes épicées». Mais l’éditeur de Joubert l’exhorte constamment de faire plus voyant, plus racoleur, «à mettre la gomme, point final! […] Quelle gomme? Où la mettrais-je? Oh non, surtout pas là!»

Le personnage de Claude Tatilon travaille comme un forçat, court d’une échéance à l’autre, livrant tantôt un chapitre épicé du Dusfour, traduisant tantôt la pub d’un soutien-gorge tulle élastique. Il refuse presque toutes les invitations des copains et voit à peine sa blonde Sally. Au moment où sa course semble un peu se calmer, tout ce qu’il trouve à faire, c’est de s’embarquer dans un vrai roman.

Dusfour et les traductions sont de bons pourvoyeurs.

Alors pourquoi Joubert voudrait-il s’attaquer à un défi de taille aussi énorme que la rédaction d’un véritable roman? Pour l’argent, pour la gloire, pour la vanité… Pas du tout! «La curiosité plutôt, l’amusement, le fun. Le plaisir de créer un monde autre que celui, dérisoire, de Dusfour. Un monde vrai. Vrai et différent aussi de mon passé. Un monde de rêve.»

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Et voilà Claude Tatilon à son meilleur, laissant parler et son cœur et sa raison. Il nous décrit les sublimes bienfaits de la création littéraire. Il explique ce que l’écrivain fait du passé dès qu’il commence à l’évoquer. Il le maquille, le déguise, le travestit, le transforme, l’idéalise. Il le rêve, surtout, le vrai, l’imaginaire.

L’écriture sublime n’est pas celle qui rassure, qui résout toujours l’énigme, qui reconstruit toujours le casse-tête. Cela serait trop ennuyant.

À quoi ça sert de prendre les devants s’il faut au préalable assurer ses arrières? La vraie écriture, au dire de Joubert, consiste à aimer les mots à la folie, corps et âme. «Leur corps, ce sont leurs sonorités, rondes ou raides, douces ou fortes – épices de la langue. Leur âme, ce sont les sens multiples qu’il possèdent, les chatoyantes nuances sémantiques qui les caractérisent – condiments de l’esprit.»

Claude Tatilon est écrivain et traducteur, tout comme son narrateur Philippe Joubert. Faut-il y voir une étrange coïncidence? Chose certaine, Helena démontre que Tatilon aime, lui aussi, les mots à la folie, corps et âme.

Claude Tatilon, Helena, roman, Toronto, Éditions du Gref, collection Le beau mentir no 9, 2007, 160 pages.

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