Sur la route de la diaspora francophone nord-américaine

La petite mais riche exposition PARTIR au Musée de l'Amérique francophone à Québec

Musée de l'Amérique francophone

C’est la propagation de la foi catholique qui a poussé plusieurs communautés religieuses à créer des paroisses catholiques et de lieux d’enseignement, aidant ainsi l’enracinement de la culture française sur le continent. (Photo: Musée de l'Amérique francophone)


20 juillet 2018 à 12h00

Depuis 2010, le Musée de l’Amérique francophone de Québec présente la petite mais très riche exposition Partir, sur la route des francophones. Cette exposition sera peut-être démontée en 2019; il reste donc environ un an pour la voir et l’apprécier.

Partir présente avec beaucoup de justesse, d’émotion et de force le parcours des Canadiens-Français du Québec, et aussi quelquefois celui de Français, de Belges et de Suisses, qui ont évangélisé et colonisé une bonne partie de l’Amérique du Nord, de la Louisiane à l’Alaska.

Elle se concentre sur la Nouvelle-Angleterre, le Nouvel-Ontario, les Prairies canadiennes et américaines, de même que la Californie.

Musée de l'Amérique francophone
Ce corridor évoque les quais de départ avec ses valises qui s’empilent et ses murmures incitant à la migration. (Photo: Musée de l’Amérique francophone)

20% de Los Angeles

L’exposition traite un peu des raisons du départ des Canadiens-Français de leurs foyers de la vallée du Saint-Laurent et de l’Acadie. Elle porte surtout sur les petites actions et les grands actes de courages des émigrants francophones.

Les villes de Detroit, Buffalo, Pittsburgh, St-Louis et La Nouvelle-Orléans ont été fondées par des Français.

Et la ville de Los Angles a eu deux maires d’origine canadienne-française, Damien Marchesseault et Prudent Beaudry, à la fin du 19e siècle, suite à la ruée vers l’or de la Californie. Ils avaient fait fortune dans l’immobilier.

Fait étonnant relevé par l’exposition: en 1875, près de 20% de la population de Los Angeles était de descendance française!

L’or du Klondike a ensuite attiré de nombreux francophones, incluant la célèbre Émilie Fortin-Tremblay du Saguenay, qui a fondé, à Dawson City, un magasin de vêtements pour dames qui est demeuré un site historique jusqu’à ce jour.

Musée de l'Amérique francophone
Mise en scène rappelant le mouvement de colonisation et les activités agricoles dans l’Ouest du pays. (Photo: Amélie Breton, Perspective, Musée de l’Amérique francophone)

Pionniers

Partir consacre des installations spécifiques à de grands pionniers.

En Alberta, le père Albert Lacombe a servi de médiateur avec les Amérindiens, et une petite ville porte son nom.

La fameuse commune fransaskoise de Gravelbourg a été fondée en 1906 par le missionnaire québécois Louis-Pierre Gravel, et ce, avec des colons francophones de la Nouvelle-Angleterre.

Dans le Nord-Ouest des États-Unis, en Oregon notamment, la sœur Esther Parizeau a fondé tant d’écoles et d’hôpitaux qu’une statue a été élevée en son honneur dans la salle des pionniers américains importants à Washington (le National Statuary Hall).

Une autre religieuse du Québec, Marie-Angèle Gauthier, fonda un couvent et une école à Victoria (Colombie-Britannique) au milieu du 19e siècle, alors que tout était à faire. C’était avant le chemin de fer transcontinental; sœur Gauthier se rendit donc à Victoria en bateau, en passant par le canal de Panama.

Voici une phrase savoureuse du journal qu’elle a écrit alors pour ses parents: «Nos compagnons de voyage furent bien étonnés quand nous leur dîmes que nous ne cherchions pas de l’or, mais seulement le bien de la société, en nous dévouant à l’éducation de la jeunesse.»

Pendant toute la période de la colonisation, des évangélistes catholiques ont formé une clé de la présence francophone en Amérique. Mais avant eux, il y a eu d’abord les coureurs des bois, ces aventuriers qui mariaient des Amérindiennes. Ils ont ainsi créé une grande interface entre les Aborigènes et les Européens: la nation métisse.

Musée de l'Amérique francophone
Haut lieu de rencontres dans la création de nouvelles communautés, le magasin général était primordial dans le mouvement de colonisation. Des conversations surgissant des bocaux sur les étagères en témoignent. (Photo: Amélie Breton, Perspective, Musée de l’Amérique francophone)

Manitoba et Ontario

L’exposition Partir met particulièrement l’accent sur l’émigration vers le Manitoba, probablement parce que le Musée de Saint-Boniface a prêté beaucoup d’objets au Musée de l’Amérique francophone (anciennement nommé Musée de l’Amérique française).

On montre un fusil qui a appartenu vers 1813 à Jean-Baptiste Lagimodière, grand-père de Louis Riel. Et toute une pièce présente des objets et témoignages de colons franco-manitobains.

L’Ontario français n’est pas en reste. Une photo montre des forestiers francophones travaillant pour la Fontaine Lumber and Timber à Hearst.

Cette scierie, fondée en 1938, appartenait aux frères Fontaine dont les descendants ont établi des scieries pendant des générations dans le Nord ontarien (aussi nommé le Nouvel-Ontario). Les Fontaine étaient originaires de la ville forestière de Sully au Québec, à la frontière du Maine.

Toute l’exposition Partir fait prendre conscience qu’on retrouve une véritable diaspora canadienne-française en Amérique du Nord, une diaspora établie au fil des siècles pour diverses raisons.

Le sens de l’aventure, le courage et le grand sens d’adaptation des francophones nord-américains sont frappants. On ne peut qu’avoir de l’admiration pour ces ancêtres qui nous ont précédés. Et on ne peut que ressentir la même flamme qui a poussé tant de Franco-Torontois à quitter le Québec, l’Acadie, l’Europe ou l’Afrique, pour venir aujourd’hui s’établir à Toronto…

Musée de l'Amérique francophone
Des lettres, des cartes postales permettent de combler les distances entre ceux qui vivent éloignés les uns des autres. (Photo: Amélie Breton, Perspective, Musée de l’Amérique francophone)

Un roman et un essai

Un petit roman, L’Amazone, écrit par le grand communicateur Henri Bergeron et publié aux Éditions des Plaines (Manitoba) en 1998, raconte l’émigration de Québécois vers le Manitoba au 19e siècle, en passant par le Michigan. C’est très émouvant.

Un essai des Éditions La Presse sur treize Canadiens-Français, certains peu connus, qui ont contribué à l’histoire du continent, Bâtisseurs d’Amérique, sous la direction des journalistes Jonathan Kay et André Pratte (aujourd’hui sénateur), a été publié en français et en anglais au début de 2017 et a connu un beau succès.

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