Super-agence Santé Ontario: les entités francophones seraient maintenues

Un système interconnecté... ou la pagaille?

Princess Margaret Hospital

L'hôpital Princess Margaret à Toronto.


26 février 2019 à 20h04

Apparemment, les entités francophones vont survivre au remplacement des Réseaux locaux d’intégration des soins de santé (RLISS) par la super-agence Santé Ontario annoncée mardi matin par la ministre Christine Elliott.

C’est du moins l’assurance que Mme Elliott en a donnée, après avoir dévoilé une réforme attendue du système de santé, qui pèse 60 milliards $ dans le budget annuel de la province. Les RLISS géraient directement 30 milliards $.

Les détails, notamment l’échéancier, restent à venir dans un projet de loi. En plus des 14 RLISS, six agences provinciales, dont Action Cancer Ontario, seront aspirés dans la «méga-agence, méga-bureaucratie», comme l’a qualifiée l’opposition néo-démocrate à Queen’s Park.

Les entités de planification des services de santé en français sont au nombre de six: on ne sait pas s’il y en aura encore six quand la réforme sera finalisée. «On tiendra compte des besoins des francophones», a dit Mme Elliott.

MSSLD Ministère de la Santé et des Soins de longue durée
Christine Elliott

Penser aux francophones en amont

Du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, on se réjouit que «le préambule du projet de loi dit de façon explicite que le système de santé publique doit se soumettre à la Loi sur les services en français».

L’AFO remarque aussi que le Conseil consultatif sur les services de santé en français demeure en place, comme les entités de planification de services de santé en français, «ce qui est essentiel pour l’accès à des services de santé en français».

«Penser aux francophones en amont de toutes décisions en santé n’est pas une question ‘identitaire’, mais une question de qualité des soins, de sécurité et d’efficacité», indique le président Carol Jolin.

L’AFO soumettra un mémoire lors de l’étude du projet de loi en comité et demandera d’y comparaître.

«Des questions demeurent en suspens», estime l’AFO. «Il reste à préciser la question du maintien des désignations bilingues d’organismes prodiguant des services dans le cadre des intégrations à venir, et sur le rôle des entités avec les équipes de Santé Ontario et les agences régionales.»

Déployé progressivement

Le gouvernement conservateur indique que «le processus entier sera déployé progressivement afin de s’assurer que la population ontarienne peut continuer à communiquer avec ses fournisseurs de soins de santé comme d’habitude durant le processus de transition.»

Les gens pourront conserver leur médecin de famille.

Mme Elliott a dit vouloir éliminer les «dédoublements», mais pas nécessairement des emplois. «C’est une réorganisation en fonction des besoins des patients, pas un exercice financier.»

Il ne s’agit pas non plus de «privatiser» le système, dit-elle, en réponse à l’accusation lancée par le Syndicat canadien de la fonction publique.

Des équipes de 300 000 patients

La population mérite aussi, selon la ministre, «d’avoir l’assurance que ce système est durable, et accessible à tous les patients et à leurs familles, sans égard à l’endroit où l’on vit, à son revenu ou au type de soins dont on a besoin».

On propose que les fournisseurs de soins de santé travaillent «en équipe coordonnée, axée sur les patients et les besoins locaux particuliers». On envisage de 30 à 50 équipes à travers la province: environ 300 000 patients par équipe.

Les patients devraient «passer sans accroc d’un fournisseur de soins à un autre» (de l’hôpital aux soins à domicile, par exemple, avec un historique des antécédents, un dossier de patient et un plan de soins).

Santé Ontario, «le point central de responsabilisation et de supervision du système de santé, améliorerait les directives cliniques, le soutien offert aux fournisseurs et permettrait d’offrir des soins de meilleure qualité».

Un lit de l’hôpital Bridgepoint.

Virage numérique

Le gouvernement veut aussi améliorer «l’accès à des outils numériques sécuritaires»: dossiers de santé en ligne et options virtuelles pour les patients.

Cette approche va de pair avec des «investissements historiques» dans les soins de longue durée pour les aînés (15 000 nouveaux lits de soins de longue durée sur 5 ans, 30 000 sur 10 ans) et pour mettre en place un système interconnecté de traitement des problèmes de santé mentale et de dépendances (3,8 milliards $ sur 10 ans).

L’opposition accuse le gouvernement d’avoir concocté sa réforme «en secret». Mme Elliott assure avoir consulté «des patients, des familles, du personnel infirmier, des médecins et d’autres personnes qui offrent des soins directs aux patients, notamment le Conseil du premier ministre pour l’amélioration des soins de santé et l’élimination de la médecine de couloir et ses groupes de travail, le Conseil consultatif ministériel des patients et des familles, ainsi que des experts du système de santé et des universitaires».

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