Sortir un film français à Toronto en même temps qu’en France!

Le pari de So French Entertainment

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Astérix & Obélix au cinéma Royal: la séance du 27 janvier affiche complet. Une autre séance aura lieu le dimanche 5 février à 17h.
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Connue pour ses festivals, Toronto reste un haut lieu du cinéma, en anglais évidemment, mais aussi en français. Le cinéma Royal accueille ce vendredi 27 janvier l’avant-première canadienne d’Astérix et Obélix: L’Empire du Milieu. C’est l’occasion d’évoquer un cinéma francophone qui a trouvé son public, malgré les difficultés que traverse actuellement le secteur.

La projection du dernier film de Guillaume Canet est organisée par le groupe So French Entertainment, co-fondé par Damien Véran. «On s’est dit qu’on allait amener des films français populaires, à l’inverse d’un cinéma de niche, indépendant, qui existe déjà», explicite Damien Véran.

En l’occurrence ici le très attendu Astérix et Obélix: L’Empire du Milieu, qui ne sortira en France que le 1er février.

Avant-première canadienne

Mais attention, pas question de laisser les films à l’affiche plusieurs semaines.

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«Cela n’existe pas et cela ne marche pas à Toronto. Mais on veut être capable de faire une ou deux projections dans des cinémas qui ont du caractère. Amener le cinéma français tout en faisant profiter les commerces francophones et les associations locales», précise Damien Véran.

«La question culturelle francophone est très importante. C’est une histoire de santé mentale et de santé émotionnelle», remarque de son côté Marcelle Lean, fondatrice et directrice du festival torontois Cinéfranco.

Il est primordial, selon elle, de retrouver en contexte minoritaire des repères culturels, à la fois linguistiques et cinématographiques. Ainsi que de transmettre cette culture aux futures générations. «On a une boîte francophone dans le cœur, une autre boîte canadienne.»

Cinéma d’élite versus cinéma populaire

Quand Marcelle Lean a posé ses valises à Toronto, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, cette passionnée de culture s’est retrouvée quelque peu frustrée, dans une ville qui baignait dans le cinéma américain.

À l’époque, on entendait toutefois parler de la Nouvelle Vague, notamment à la Cinémathèque. Mais cela enrobait le film français d’une «enveloppe élitiste», reconnaît-elle aujourd’hui. C’est un carcan qu’elle a souhaité dépasser: «Je voulais qu’on aille voir un film français comme on va voir un film américain.»

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En 1997, Marcelle Lean décide de proposer des films en français dans le quartier Yorkville, destinés à tous. «Très vite on a eu beaucoup de succès. Avec dans le public des Français, des Québécois, des Franco-Ontariens.»

marcelle lean Cinéfranco
Marcelle Lean, fondatrice et directrice du Festival Cinéfranco.

Rassembler les francophonies

Pour la cinéphile, la culture est en effet un moyen de rassembler toutes les francophonies torontoises.

«Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on se retrouve à Toronto: le travail, la famille… Mais cette francophonie sert encore une fois comme une colle. Cela nous lie à d’autres personnes. Quand on a appris à penser dans une langue, la langue fait partie de notre identité.»

Les organisateurs de So French Entertainment misent là-dessus. Avec leur projet, ils espèrent fédérer autour d’un personnage francophone culte comme Astérix.

«Il y a aussi un côté plaisir de partager un moment Astérix avec d’autres francophones qui ont les mêmes références», sourit Damien Véran. Une sorte de madeleine de Proust pour francophones en perdition, en somme.

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Damien Véran. Photo: capture d’écran d’une vidéo du Consulat de France à Toronto

Public bilingue

Mais les films français ou québécois n’attirent pas que les habitués de la langue de Molière. «Il y a des festivals où on a plus d’anglophones que de francophones», observe Marcelle Lean. Les deux séances d’Astérix et Obélix seront d’ailleurs sous-titrées en anglais.

Néanmoins, peu importe la langue, le secteur doit aujourd’hui affronter plusieurs défis. À commencer par la concurrence avec les géants du numérique. «On peut voir plusieurs films sur Netflix pour quelques dollars par mois», commente Marcelle Lean. Un prix inférieur à une séance de cinéma.

L’an dernier, le festival Cinéfranco a soufflé ses 25 bougies. Mais après le succès de certaines éditions, la tendance s’est quelque peu inversée, confesse Marcelle Lean. «En 2021, on a fait 3, 4 films en salle, et le reste en ligne, et c’est là que ça a commencé à dégringoler.»

Un secteur en difficulté

«Ce n’est pas un business où on gagne de l’argent», confie Damien Véran. «C’est un “passion project”. C’est vraiment une passion, un risque qu’on prend. On ne sait pas trop la réaction du public.»

Car l’autre grand obstacle auquel fait face l’industrie reste le financement.

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«Quand vous faites un festival en ligne, cela vous coûte trois fois moins cher qu’un festival en salle», confirme Marcelle Lean. «Les salles coûtent énormément d’argent. Mais on ne peut pas faire payer nos spectateurs 20 $ le billet, donc on est obligé de rester dans le vecteur des 10 $. Qu’est-ce que ça nous rapporte? Pas grand-chose.»

Mais la directrice de Cinéfranco peut aussi compter sur le soutien des organismes, des partenaires et des cinéphiles. «Il y a des joies et des défis, le bonheur qu’on a l’impression d’apporter aux jeunes. Et puis aussi, se dire qu’on fait une chose utile.»

cinéma Royal
Le vénérable cinéma Royal, rue College à Toronto.

Question de coût et de temps

L’autre élément à prendre en compte est le temps. Parfois, les films diffusés à Toronto sont sortis en France il y a plus de six mois. Les gens peuvent alors l’avoir déjà vu sur internet ou via d’autres biais.

«Cette niche des films populaires français n’était pas forcément traitée en temps réel. On cherche à distribuer en même temps que la France», indique Damien Véran. Astérix et Obélix est un premier «test», que les organisateurs espèrent être celui d’une longue série.

«La grosse difficulté, c’est gagner la confiance des distributeurs. Le succès nous permet d’attirer plus d’expérience et quand on ira voir les distributeurs, on sait faire, on a déjà fait», rapporte Damien Véran, confiant.

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La séance du 27 janvier affiche complet: toutes les places se sont vendues en quelques jours! Une séance de rattrapage aura lieu le dimanche 5 février à 17h, toujours au cinéma Royal, 608 rue College.

Mais dépêchez-vous, par Toutatis! Il n’y en aura peut-être pas pour tout le monde…

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