Solo, à la rencontre de Philippe Decouflé


27 mars 2007 à 13h20

Sur un grand écran dressé sur la scène, des formes floues et bleues palpitent telles un cœur qui bat, s’affolent puis s’apaisent. L’image se précise, des mains aux doigts arachnéens s’enroulent et se déroulent autour des pieds et des orteils du danseur qui se révèle peu à peu en transparence derrière l’écran. Philippe Decouflé nous capture dans la toile artistique de ses doutes intimes et de son spectacle Solo: Le doute qui m’habite qui était présenté du 20 au 24 mars au centre Habourfront.

La scène torontoise attendait avec impatience le nouveau spectacle de cet artiste français passionné par l’expression corporelle et les médias.

Chorégraphe et créateur de renom, Philippe Decouflé s’est fait connaître du grand public par ses créations audacieuses et originales comme La Danse des sabots, spectacle phare de la parade Bleu Blanc Goude sur les Champs Elysées pour le bicentenaire de la Révolution en 1989, l’ouverture et la fermeture de Jeux Olympiques qui se sont tenus en 1992 à Albertville ou encore la cérémonie d’ouverture du 50e anniversaire du Festival de Cannes en 1996. Artiste talentueux et hétéroclite, Philippe Decouflé s’adonne à la danse, au mime, au cinéma, à la publicité et au cirque et explore toutes les formes d’arts possibles et leurs combinaisons pour nous offrir une œuvre personnelle et toujours étonnante.

Avec Solo, il nous revient, seul sur scène, avec un jeu de lentilles et de filtres, une gestuelle et une musique qui facilitent notre dérive vers son monde créatif unique. Une invitation à partager son plaisir et son obsession évidente du corps et de l’espace, éléments malléables et modulables avec lesquels il lui faut composer depuis quarante ans.

Philippe Decouflé sort de l’étroitesse de son enveloppe corporelle et devient le temps d’un jeu d’ombres et de lumières, un oiseau qui s’envole dans l’horizon, une pieuvre évoluant gracieusement en eaux troubles. Les tableaux se succèdent et ses bras et jambes deviennent sourires, vagues, hiéroglyphes, ses doigts des tarentules inquiétantes ou des pinceaux magiques.

L’utilisation de l’espace sous le jeu de lentilles emporte le spectateur dans un univers dépourvu de repères, dont les lignes de fuite changent incessamment. Une pluridimension que s’approprie le chorégraphe-danseur avec créativité et ludisme.

Sous forme de vignettes qui se succèdent, Solo invite le spectateur à une introspection de l’artiste. Sa passion du cinéma et de la musique ressort lors d’un hommage aux comédies musicales des années 30 que Decouflé interprète en démultipliant son image à l’infini sur deux écrans transformant son corps en une multitude de silhouettes féminines effectuant un ballet nautique.

Sa virtuosité technique visuelle se décline au gré des fragmentations de l’image qui double ou divise l’ombre du danseur sur différents écrans, tandis que des références à des spectacles antérieurs saupoudrent le show, comme la pantomime sur la chanson de Bourvil C’était bien.

En un peu plus d’une heure, Philippe Decouflé, se livre en tant qu’artiste, créateur, danseur, clown, chorégraphe, mais aussi comme une personne simplement, avec ses doutes et son ubiquité.

On se passerait sans doute de trop nombreuses répétitions de numéros donnant la liberté de mouvances aux mains et aux doigts de l’artiste et le spectacle n’aurait absolument pas souffert d’être amputé du monologue trop appuyé de Decouflé ainsi que de sa laborieuse présentation d’album de famille: son talent de danseur et son génie médiatique auraient amplement suffi à séduire le spectateur et à faire de cette nouvelle production un chef d’œuvre.

Solo: Le doute qui m’habite n’est peut-être pas la meilleure œuvre de Philippe Decouflé, mais elle n’en demeure pas moins une création insolite et personnelle qu’on aurait tort de bouder.

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