Si ma mémoire est bonne…

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L’être humain en est doté de plusieurs mémoires interconnectées entre elles. iStock.com/metamorworks
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Publié 31/08/2025 par Michèle Villegas-Kerlinger

À vrai dire, on devrait écrire «mémoires» au pluriel, puisque l’être humain en est doté de plusieurs qui sont interconnectées entre elles. un peu comme un réseau conceptuel ou Internet. Et peu importe notre âge, elles jouent toutes un rôle important puisqu’elles définissent qui nous sommes, d’où l’importance de mieux les comprendre pour les garder en excellent état.

Dans le but de faire meilleure connaissance avec nos différentes mémoires, en voici un petit exposé, basé largement sur quatre entrevues transmises au cours de l’été à l’émission radiophonique Les années lumières de Radio-Canada. L’invitée spéciale était Karen Debas, neuropsychologue au Centre de santé de l’Est de Montréal.

La mémoire à court terme

La mémoire de travail fait appel surtout aux régions frontales du cerveau et répond à nos besoins ponctuels. C’est elle qui garde les informations actives et disponibles pour une utilisation immédiate, un peu comme la «RAM» d’un ordinateur.

La mémoire à court terme nous permet de retenir jusqu’à environ 7 éléments différents en même temps, selon leur complexité (plus les éléments sont complexes, moins on peut en retenir), et ce, pendant 15 à 60 secondes. Cette mémoire est sollicitée en permanence pour saisir toutes sortes d’informations allant de la rétention d’un numéro de téléphone à un calcul mental.

Les mémoires à long terme

La mémoire à court terme est la première étape de la mémoire à long terme, dont elle sert de porte d’entrée. Toutefois, pour que ce transfert se réalise, il faut que l’information passe par trois étapes:

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1 – Encodage ou enregistrement des informations dans leur contexte.

2 –Consolidation, un processus biochimique et inconscient, des souvenirs.

3 – Récupération des informations.

Les trois mémoires principales à long terme fonctionnent un peu comme la ROM d’un ordinateur. Examinons les deux qui font partie de la mémoire explicite, qui est consciente, et puis celle qui est implicite, ou inconsciente.

La mémoire épisodique

La mémoire épisodique, qui s’effectue principalement dans l’hippocampe, a la capacité de stocker les informations concernant des souvenirs personnels et spécifiques dans leur contexte, soit le lieu, la date et l’état émotionnel de la personne. Ces souvenirs peuvent être agréables, comme une belle sortie avec des amis, désagréables, comme la perte d’une chose ou d’un être cher, ou ni l’un ni l’autre.

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Étant donné le fait que la mémoire épisodique est explicite, nous pouvons rappeler et décrire nos souvenirs, ce qui nous permet par la même occasion de nous projeter mentalement dans le futur pour anticiper des situations similaires ou planifier des événements.

La mémoire sémantique

La mémoire sémantique est notre mémoire des faits, des concepts, des règles, des catégories et des objets. Elle nous permet de stocker des connaissances générales sur nous-mêmes (notre personnalité, notre histoire, notre culture) et le monde qui nous entoure (la géographie, la nature, les noms des objets et leurs fonctions, leurs utilisations ou leurs caractéristiques).

Un exemple de mémoire sémantique serait le fait de savoir les provinces et les territoires du Canada, même si on ne les a pas tous visités, activité qui relèverait de la mémoire épisodique. Et, bien que la mémoire sémantique prenne origine dans la mémoire épisodique, elle se détache du souvenir personnel vécu dans l’hippocampe pour se rendre ailleurs dans le cerveau.

Un autre exemple de ce genre de mémoire serait le fait de regarder quelqu’un droit dans les yeux. Dans certaines cultures, c’est un signe d’une bonne estime de soi, mais dans d’autres, c’est un geste provocateur. Ces différentes «interprétations» d’une même action sont apprises grâce à notre culture et font partie de la mémoire sémantique.

Contrairement aux autres mémoires, dont le fonctionnement peut ralentir avec les années, la mémoire sémantique a tendance à s’améliorer avec l’âge. Nos expériences, nos contacts sociaux et la stimulation cognitive des cours, des lectures et des discussions assurent le bon fonctionnement de notre mémoire sémantique, d’où l’importance de rester curieux et actifs notre vie durant.

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La mémoire procédurale

Très résistante dans le temps, la mémoire procédurale correspond à la mémoire des automatismes, des habiletés et des savoir-faire. Elle est orientée vers l’action.

La mémoire procédurale fait appel à beaucoup de zones du cerveau, comme le cervelet, et même à des régions à l’extérieur du cerveau comme les cinq sens ou les muscles. Apprendre à faire du vélo, à jouer d’un instrument de musique, à lire et à écrire en sont des exemples.

Si, au début, la mémoire procédurale exige beaucoup de répétition et de pratique, une fois la tâche maîtrisée, elle devient automatique ou inconsciente, car son exécution ne demande pas d’effort mental particulier. Ne dit-on pas que «c’est en forgeant qu’on devient forgeron ? Ce dicton n’est pas réservé aux seuls forgerons! Pour apprendre à conduire, par exemple, il ne suffit pas de rester dans le siège du passager.

Et les trous de mémoire?

Ici, une question se pose: pourquoi oublions-nous parfois des informations ou des souvenirs que nous croyions avoir assimilés? Les coupables peuvent être nombreux puisqu’il suffit d’une petite interférence à une des trois étapes susmentionnées pour que le transfert ne se fasse pas correctement: des distractions, un manque de sommeil, une consommation excessive d’alcool, etc.

La Dre Debas fait plusieurs recommandations pour améliorer les mémoires à long terme qui, dans certains cas, peuvent servir également pour renforcer la mémoire de travail:

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– Faire des regroupements: Pour un numéro de téléphone, au lieu d’essayer de retenir le 416-123-4567, considérons l’indicatif régional, que l’on a déjà dans une des mémoires à long terme, comme un tout et concentrons-nous sur les 7 chiffres du numéro.

– Faire des associations grâce à des acronymes, des indices, la verbalisation, la répétition et même des chansons: Si on met nos clés sur une table en arrivant à la maison, on peut dire plusieurs fois «Je mets mes clés sur la table». Les mots prononcés à haute voix renforcent et consolident cette information dans la mémoire à long terme. Cela dit, le mieux serait, sans doute, d’avoir un endroit désigné pour nos clés parce que l’action de les déposer et de les reprendre toujours à la même place devient un automatisme.

Se remettre dans le contexte où l’on a eu une idée: Supposons que vous êtes dans votre salon en train de regarder un documentaire sur l’île Kerguelen. Vous êtes curieux(se) de savoir où se trouve l’île et vous vous levez pendant les annonces publicitaires pour aller dans votre bureau chercher votre atlas préféré. Mais, une fois arrivé(e) au bureau, vous oubliez pourquoi vous êtes là (ce qui arrive plus souvent qu’on ne le pense). En retournant au salon, à savoir dans le contexte où l’idée vous est venue à l’esprit, cela pourrait suffire pour vous rafraîchir la mémoire.

Cela fonctionne un peu comme suit: Nous regardons le documentaire, on a l’idée d’aller chercher l’atlas, nous nous levons, il y a une distraction (le chat qui miaule, le téléphone qui sonne, un gros projet qui est à remettre le lendemain, etc.) et nous oublions le but de notre «mission». En faisant marche arrière, on pourrait retrouver le fil de notre pensée. La pause publicitaire étant finie et le documentaire ayant repris, on retrace nos pas: documentaire – île Kerguelen – atlas – bureau.

La répétition: Si un(e) élève doit apprendre des dates et des faits pour un examen d’histoire, la répétition de ces informations permet de les transférer de la mémoire à court terme à celle à long terme. Certains experts disent que de 5 à 7 fois suffisent pour faire basculer une information dans la mémoire à long terme. D’autres préconisent 30 fois.

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Chose certaine, le plus qu’on répète ce qu’on doit apprendre, de préférence à haute voix, le plus facile sera le chemin vers un encodage, une consolidation et une récupération réussies, un atout de taille quand on doit gérer en même temps le stress devant un examen.

La routine: Une autre astuce pour améliorer spécifiquement la mémoire procédurale, selon Mme Debas, est de stabiliser l’environnement pour que l’action devienne une routine, une procédure. Ainsi, le fait de prendre la même route tous les jours pour se rendre au travail devient une habitude et libère de l’espace dans notre mémoire à court terme qui, trop souvent, est surchargée.

Stratégies

Il existe toutes sortes de stratégies mnémotechniques pour exercer et améliorer nos différentes mémoires, mais en voici une pour résumer et se rappeler l’essentiel de cet article:

«Si on fait un voyage à Yellowknife, le souvenir de ce voyage fait partie de notre mémoire épisodique. Savoir que Yellowknife est la capitale des Territoires du Nord-Ouest, fait qu’on a peut-être appris à l’école, relève de la mémoire sémantique. Vérifier l’heure de notre vol de retour à Toronto appartient à la mémoire de travail. Et savoir piloter l’avion, c’est la mémoire procédurale.»

Auteurs

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

  • l-express.ca

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