Si j’étais, je serais

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Les «si» règnent dans notre société et régulent notre vie de manière chronique et indubitable. Ils sont le frein à notre liberté de penser et d’action.

Interrogé sur ce qu’il aimerait devenir, l’enfant emploie souvent le «si» comme pour excuser ses choix ou cadrer sa projection dans le futur. «Si j’étais grand, je serais président». «Si j’étais adulte, je serais maîtresse».

Pour l’instant je ne le suis pas, mais «si» (qui équivaut à quand), alors… L’enfant paraît se surprendre lui-même de ses capacités futures et met en garde son environnement sur ce qu’il fera quand cela arrivera.

Le «si» intervient également dans sa façon de se différentier des autres : «Si j’étais parent, je ne gronderais pas» ; «si j’étais premier de la classe, j’aiderais les plus petits». L’enfant marque clairement la différence entre ce qui est et ce qui pourrait être, «si». Une façon de juguler des envies, d’avancer prudemment sur un chemin pavé d’éventuels obstacles ou d’exprimer une frustration de ne pouvoir accomplir ce qu’il aimerait.

«Si tu venais à la maison, on jouerait aux explorateurs». Il y a une projection claire et nette de ce que l’enfant entreprendrait dans le futur. Le «si» n’est pas véritablement restrictif ; il marque une temporalité évidente de changement sur le présent qui s’en vient.

Du côté des adultes

Chez l’adulte, le «si» précède le verbe avoir plutôt que le verbe être. Il n’est plus question d’action, mais de possession.

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La forme passive renvoie à une étape de vie où le mouvement, l’être, est déjà acquis, instauré. Ne manque plus que l’avoir. «Si j’avais de l’argent, je pourrais partir en voyage», «si j’avais des enfants, je changerais de vie», «si j’avais la santé, je m’inscrirais à cette course».

Il y a une forme de regret, de renoncement installée dans la formule. Là où l’enfant se projette, dit ce qu’il fera/ferait «si», l’adulte instaure une acceptation de ce qui ne sera pas. C’est un acquis. Puisqu’on n’a pas, on ne fera pas.

Le «si» de l’adulte conditionne une vie qui est entamée et qui ne saurait changer en adéquation avec les souhaits, les rêves de celui-ci, puisqu’il n’a pas ce qui lui faudrait pour la modifier. «Je changerais volontiers de carrière, si j’avais la certitude que je ne mettrais pas ma famille en péril», «Je mangerais certainement moins si je n’avais pas tout ce stress au travail comme à la maison».

Ce que ça nous dit

Certains diront que l’emploi du passé avec le «si» impose de fait une renonciation. Dépendamment des âges et tranches de vie, il indique davantage une situation qui peut évoluer ou au contraire un état de fait qui reste immuable. Une excuse pour ne pas être, ne pas changer.

Peut-être davantage que ce qu’il nous dit du devenir ou non, le «si» devrait-il davantage interroger sur son emploi. Pourquoi ce garde fou accolé à des rêves, des envies, des aspirations? Qu’accomplirait-on donc sans les «si»? Et si nous essayions de vivre et de faire sans les «si» le temps d’une semaine pour voir ou ça nous mène?

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