Si j’étais Grec

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L’autonomie et le libéralisme. Si j’étais Grec, c’est ce que je prescrirais à mon pays endetté et malmené, trahi par ses dirigeants traditionnels et tenté par l’ultranationalisme et le totalitarisme.

L’économie mondiale est un château de cartes de dettes privées et publiques dont la Grèce est l’une des plus instables, à la fois à cause des choix qu’elle a faits et à cause des machinations de ses partenaires de l’Union européenne.

Les dettes privées représentent plus souvent de bons investissements. La commercialisation des hypothèques toxiques américaines (garanties par des agences publiques), à l’origine de la crise de 2008-2009, a été l’exception la plus spectaculaire. Les dettes publiques ou «souveraines», par contre, servent trop souvent à payer l’épicerie et à entretenir une bureaucratie peu productive.

Idéalement, même le financement de nouvelles infrastructures publiques utiles et génératrices de richesse viendrait de surplus plutôt que de déficits. Jusqu’à maintenant, dans presque toutes les juridictions occidentales, les déficits sont la norme et les surplus l’exception. Ça devrait être l’inverse.

Les dettes privées sont aussi réglées plus rapidement que les dettes publiques. Ces dernières ont tendance à s’incruster, incitant les gouvernements à privilégier l’inflation et de faibles taux d’intérêt, fouettant la spéculation et décourageant l’épargne.

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Après deux plans d’aide qui ont déjà effacé la moitié de son extraordinaire dette contractée entre 2002 et 2010, à la faveur de la création de la monnaie unique de l’UE, la Grèce doit encore plus de 300 milliards d’euros, principalement à l’Allemagne et la France qui ont soulagé leurs banques privées ou semi-privées de ce fardeau (une initiative aujourd’hui controversée).

C’est encore trop. La Grèce a une majorité de retraités, de fonctionnaires et d’assistés sociaux, la distinction entre les trois étant parfois difficile à établir, et seulement une minorité de jeunes, de travailleurs et d’entrepreneurs.

Même en sabrant dans les dépenses publiques (les plus élevées d’Europe per capita) et en réussissant enfin à percevoir des taxes et des impôts normaux (les Grecs sont les champions du travail au noir et de l’évasion fiscale), il est mathématiquement impossible, pour un tel pays touristique et agricole de 11 millions d’habitants, de rembourser de telles sommes avant la fin du siècle.

Il est préférable de sortir rapidement de cet engrenage infernal. Le gouvernement grec devrait donc confirmer à la plupart de ses créanciers qu’ils ne seront pas remboursés: merci pour ces prêts, désolés pour les inconvénients, nous tenterons désormais de nous débrouiller dans les limites de nos impôts et de nos taxes. Fini les emprunts pour un bon moment; non, non, n’insistez pas…

Avec ou sans l’euro? Vue d’ici je conserverais l’euro, gage d’une certaine stabilité, pour restaurer la confiance des citoyens comme des investisseurs, plutôt que de réimprimer des drachmes.

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Mais ça se discute: plusieurs petits pays ont leur propre monnaie; c’est un outil de plus, sur lequel on a un meilleur contrôle que sur la monnaie commune de 19 nations. La Grèce exporte peu et importe beaucoup, mais elle accueille déjà un grand nombre de touristes: une monnaie dévaluée favoriserait les exportations et encouragerait la production locale, mais attirerait-elle vraiment beaucoup plus de touristes?

Et bien sûr, si on le veut bien, malgré cette faillite, le pays pourrait rester membre de l’UE et de l’OTAN. D’autres pays de l’UE ont préféré conserver leur propre monnaie, mais il y a d’autres critères à respecter, notamment sur les déficits et les dettes…

Voilà donc pour l’autonomie.

Pour le libéralisme, dès lors qu’on a fait le choix de ne plus s’endetter, c’est l’option qui devrait s’imposer, encore une fois pour rétablir rapidement une certaine confiance à l’intérieur et à l’extérieur, mais surtout pour dynamiser l’économie. (Le libéralisme s’intéresse à la création de la richesse, à la production. Le socialisme s’intéresse à la consommation, la redistribution. En Grèce, puisqu’on pouvait se partager la richesse des autres pays, on a commencé par le socialisme…)

Une faillite souveraine qui serait suivie du maintien du même appareil d’État pléthorique et de nouveaux obstacles à l’industrie, au commerce et au mouvement des gens et de leur argent, précipiterait une crise économique et sociale encore plus sévère que celle qu’on a connue ces dernières années et ces dernières semaines.

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Comme modèle d’indépendance, on a le choix entre la Suisse et la Corée du Nord. Pas sûr, malheureusement, que Syriza, la Coalition de la gauche radicale élue en janvier, fasse le bon choix.

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