Servir et protéger, qu’ils disent

Des véhicules de la police de Toronto arborant sa devise «To Serve & Protect».
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Imaginez qu’un membre de votre famille, en proie à des troubles mentaux, devienne un danger pour les autres et pour lui-même. Vous croyez bien faire en appelant la police, mieux équipée que vous pour le maîtriser et le transporter à l’hôpital. Au lieu de cela, les policiers l’abattent de plusieurs balles de révolver.

C’est ce qui est arrivé samedi à la famille d’Ejaz Choudry, 62 ans, père de quatre enfants, barricadé chez lui à Mississauga en pleine crise schizophrénique. Une vidéo dramatique montre trois policiers défonçant sa porte et tirant, puis entrant et tirant encore. Six coups de feu.

C’est une nouvelle affaire Sammy Yatim, ce jeune homme (18 ans), en crise lui aussi en 2013, atteint d’au moins huit balles de révolver par un des 22 policiers de Toronto qui cernaient le tramway vide dans lequel il agitait un couteau. Ce policier, James Forcillo, est aujourd’hui en liberté conditionnelle après avoir fait six ans de prison pour tentative de meurtre.

Ejaz Choudry aussi, dit-on, brandissait un couteau. Contre trois policiers qui auraient pu le désarmer et le capturer sans se blesser et sans le tuer. Et qui savaient à qui ils avaient affaire, ayant discuté avec les voisins et les proches.

Enquête et procès

Des membres de la famille d’Ejaz Choudry réclament une enquête publique, en plus du travail de l’Unité des enquêtes spéciales.

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On comprend leur colère, surtout dans le climat actuel de tensions sociales depuis la mort de George Floyd étouffé sous le genou d’un policer à Minneapolis le 25 mai. Ce policier, Derek Chauvin, a été congédié et accusé d’homicide involontaire, comme les trois autres qui protégeaient la scène. On verra où ça mènera.

À Mississauga, on s’attend à ce que le ou les policiers qui ont tué Ejaz Choudry répondent de leur crime, si les faits que nous décrivons ici étaient confirmés.

Et on ne peut pas ne pas comparer cette nouvelle tragédie avec la mort de Regis Korchinski-Paquet à Toronto le 27 mai, cette femme de 29 ans qui se serait jetée de son balcon du 24e étage lors d’une intervention policière dans son appartement de High Park.

Personne ne croit sérieusement qu’elle a été poussée: ce serait du jamais vu. Mais cela remet encore en cause l’attitude et la formation des policiers à la désescalade face à de telles crises domestiques.

Scènes de films et de la réalité

Parmi les scènes de film qui me font toujours frémir, il y a le conducteur qui regarde un peu trop longtemps le passager au lieu de la route.

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Et il y a le gars qui attend un peu trop longtemps avant d’obéir aux policiers qui, révolvers dégainés, lui crient de lever les mains ou de s’agenouiller. On sait qu’il s’en trouve toujours un qui est frustré ce jour-là et qui peut tirer au moindre geste suspect.

Une autre scène qui me fait frémir, bien réelle celle-là, c’est celle de l’automobiliste stoppé par la police qui lui demande ses papiers… et l’automobiliste a l’audace de demander pourquoi. Tout le monde sait – et les policiers se font certainement dire de le rappeler à chaque occasion – qu’il faut obéir d’abord, discuter ensuite… et idéalement ne pas discuter!

Une réforme progressiste de la police commencerait par là: les policiers devraient avoir l’obligation d’expliquer aux gens pourquoi ils les interceptent, pour ensuite leur demander leurs papiers.

Ça et des caméras portables qui enregistreraient toutes les interventions policières: images et son.

Selon une source dans un programme de techniques policières, les étudiants sont horrifiés de ce qu’ils voient aux nouvelles ces temps-ci et jurent qu’ils feront de bien meilleurs policiers. Il y aurait donc de l’espoir.

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