Santé publique: la prévention rapporte gros

Walkerton, SRAS, CoViD-19... il faudrait tirer les leçons des crises

Un patient sous ventilateur.
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Tout cela n’est pas nouveau, direz-vous. Et pourtant… Mieux vaut prévenir que guérir, comme disent les anciens. Ou selon la maxime encore plus réaliste en anglais: une once de prévention vaut une livre de curatif.

La crise sanitaire de l’épidémie du CoViD-19 que nous traversons et ses coûts exorbitants pour nos gouvernements et nos entreprises – sans parler des nombreuses vies humaines perdues – viennent tristement nous rappeler ce principe de base de la promotion de la santé et de la «nouvelle santé publique, entérinés par l’Organisation mondiale de la santé en 1986: mieux vaut prévenir que guérir.

En termes plus techniques, ce dividende de la prévention désigne les économies que rapportent les investissements en santé publique en amont, qui permettent d’économiser les coûts des maladies ainsi évitées, en aval.

Les leçons du SRAS

En Ontario, voire au Canada, nous avons eu de la chance, en quelque sorte, avec l’explosion de l’épidémie du SRAS dans la région torontoise en 2003. Ou plutôt nous avons reçu une piqûre de rappel en santé publique.

Toronto avait à l’époque été placée en quarantaine internationale, humiliée aux yeux du monde entier et surtout pénalisée économiquement par la perte des revenus touristiques qui avaient fondu comme la neige au soleil en ce début de printemps d’avril 2003.

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Et la leçon avait en partie été tirée: réinvestir dans nos infrastructures de santé publique, avec notamment, la création au palier fédéral de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) en 2004.

Renouvellement de la santé publique

Rappelons que la mise sur pied de l’ASPC était l’une des recommandations du rapport d’experts Leçons de la crise du SRAS : Renouvellement de la santé publique au Canada, publié en octobre 2003 par Santé Canada pour faire toute la lumière sur les causes du fiasco et éviter l’œil au beurre noir sur la scène internationale et la gueule de bois économique après l’épidémie dans la région de Toronto.

Car à l’époque, au printemps 2003, l’Ontario pratiquait la médecine dite de couloir, entre autres… après la prétendue «révolution du bon sens» de Mike Harris depuis 1995 au palier provincial et la cure d’amaigrissement du ministre fédéral des Finances Paul Martin dans le gouvernement du premier ministre Jean Chrétien (1993-2002.)

À Toronto, les services d’urgence étaient débordés même avant le SRAS, avec des patients laissés à attendre dans les couloirs. Cela fut l’une des causes d’ailleurs du premier foyer d’infection en milieu hospitalier du SRAS, le CoViD-1.

L’eau contaminée à Walkerton

Avant cela il y avait pourtant eu une alerte grave: la tragédie de Walkerton en Ontario en mai 2000, qui avait entraîné la mort de six Ontariens qui avaient bu de l’eau du robinet contaminée par la bactérie E. coli.

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Le premier ministre Harris avait même dû s’excuser publiquement en 2002 pour la responsabilité de son gouvernement dans la tragédie, après la publication du rapport du juge Dennis O’Connor qui avait dirigé l’enquête publique pour faire toute la lumière sur ce drame. La privatisation du système des analyses de l’eau municipale était l’une des causes de la tragédie de Walkerton.

Des économies à court terme avaient provoqué par la suite, en aval, de graves dépenses et la perte de vies humaines.

Ne parlons même pas ici des compressions budgétaires du gouvernement de Doug Ford l’an dernier, en 2019, aux programmes municipaux de santé publique en Ontario.

Par contre, il faudrait rappeler au passage que, lors de la crise du SRAS, ce sont les services de santé publique municipaux qui avaient su gérer la crise et éviter le pire, sous la direction du Dr Sheela Basrur, hygiéniste en chef de la ville de Toronto à l’époque.

Mémoire collective trop courte

Nulle volonté ici de pointer du doigt telle ou telle famille politique. L’objectif est de seulement souligner que le dividende de la prévention peut s’avérer très bénéfique, et que c’est sans doute notre société tout entière qui a eu la mémoire courte.

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Et pourtant… Les chiffres sont là. Même encore aujourd’hui, dans d’autres domaines de risque pour la santé.

L’an dernier, en 2019, Santé publique Ontario a publié des chiffres éloquents sur le coût des risques de maladies chroniques. Le fardeau économique annuel est de 7 milliards $ pour le tabagisme, 4,5 milliards $ pour la consommation d’alcool, 2,6 milliards $ pour l’inactivité physique, 5,6 milliards $ pour la mauvaise alimentation. Soit près de 20 milliards $.

C’est bien peu direz-vous comparé aux centaines de milliards en aide financière du fédéral déjà débloqués pour cette crise du CoViD-19 (SARS-CoV-2). Certes. Mais cela fait beaucoup de milliers de millions tout de même.

Alors oui, une once (30 grammes) de prévention vaut une livre (453 grammes) de curatif, soit 15 fois plus. Ou un retour sur l’investissement 15 fois la mise de départ. Autrement dit, un dividende de la prévention de… 1 500%.

Alors, espérons que l’après COVID-19 marquera un retour en force de ce type d’analyse économique, politique et sociale, pour éviter d’avoir la mémoire courte à l’avenir.

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Réconcilier sciences naturelles et sociales

Espérons en effet que dans l’après-C0ViD, cet état d’esprit dépassera le domaine de la promotion de la santé et la santé publique, pour s’étendre à l’administration publique, à l’économie, à la politique, et permettra aussi de réconcilier les deux solitudes du savoir: les sciences naturelles et les sciences sociales, puisque la santé publique est profondément pluridisciplinaire.

Il faudrait aussi se préoccuper davantage de la santé urbaine, car, par exemple, les principaux foyers de l’épidémie du CoViD-19 se retrouvent dans les grandes villes, Toronto et Montréal surtout.

Espérons que nos universités enseigneront davantage les leçons de ces urgences et tragédies de santé publique, pour éviter que nos sociétés oublient trop vite, et que les futures générations de dirigeants intègrent cette tournure d’esprit.

Santé urbaine et développement durable

Personnellement, c’est ce que je m’applique à faire dans le cours «Communication, santé et environnement» que je donne depuis 16 ans (en anglais) sur le campus Glendon de l’Université York, en Études pluridisciplinaires: enseigner la valeur du dividende de la prévention et les principes connexes de la santé urbaine et du développement durable.

Et dire que le Canada, ne l’oublions pas, était le chef de file mondial dans le domaine de la promotion de la santé dans les années 1970 et 1980. Cet ascendant international avait culminé en 1986 par la signature de la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé de l’Organisation mondiale de la santé, le texte fondateur de ce que l’on nomma à l’époque, la nouvelle santé publique.

Plus de 40 ans plus tard, mieux vaut prévenir que guérir est d’actualité plus que jamais… Et la facture pour avoir oublié ce précepte de la nouvelle santé publique est aujourd’hui plus salée que jamais.

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