Roy Dupuis, le Rwanda autrement

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Dans Shake Hands with the Devil (J’ai serré la main du diable) de Roger Spottiswoode, Roy Dupuis se glisse dans la peau du général Roméo Dallaire. Bouleversant entretien autour d’un film nécessaire.

Il est l’un des acteurs les plus prisés et les plus intrigants du Québec. Reconnu pour sa hantise des flash de caméra et son laconisme par rapport aux questions des journalistes, Roy Dupuis séduit le public par le biais d’un jeu toujours intense, percutant et senti. Il plonge désormais encore plus loin, endossant un rôle qu’il qualifie comme étant «probablement, sûrement, le rôle le plus exigeant» de sa carrière.

Ce rôle, c’est celui du général Roméo Dallaire, figure importante non seulement du paysage militaire canadien, mais aussi, et surtout, de celui du Rwanda. Entre 1993 et 1994, il était à la tête d’un contingent de casques bleus responsables de maintenir la paix dans ce pays. Une mission rendue ingérable en raison de la position d’immobilisme inébranlable de l’ONU. «C’est l’histoire d’un homme qui passe son temps à frapper à des portes auxquelles personne ne répond jamais, observe Dupuis avec émotion. À la longue, ça devient dur à vivre.»

Par ses paroles, on devine l’immense respect que l’acteur porte à celui qu’il incarne avec force et justesse dans Shake Hands with the Devil. «J’ai rencontré le général trois fois. Mais c’est la troisième fois qui a été la plus importante pour moi. Il m’a amené sur le campus à Saint-Jean sur Richelieu où il m’a livré ce qu’il est, ce que c’est que d’être un général. Le film, c’est pour lui que je l’ai fait… Pour lui et pour les raisons pour lesquelles il voulait le faire. Pour que cette histoire-là soit entendue par le plus de gens possible, de sorte qu’on évite de répéter les même erreurs.»

Moins sensationnaliste qu’Hotel Rwanda de Terry George, plus technique que Shooting Dogs de Michael Caton-Jones, le film de Spottiswoode présente vraiment le génocide du point de vue des forces de l’ordre. «C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai acquiescé au projet, tient à préciser Dupuis. Ce n’est pas un film qui exploite le génocide, la souffrance et la misère de ceux qui l’ont vécu. C’est vraiment un film destiné aux Occidentaux.»

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L’oeuvre demeure meublée d’images d’un réalisme frappant: corps inertes qui s’entassent sur le bord des chemins, femmes tuées froidement à la lumière du jour…

Dupuis assure pourtant que, voyant que des Nord-américains venaient recréer dans leurs pays un évènement aussi atroce, les locaux n’ont fait preuve d’aucune réticence: «Au contraire. C’est de l’emploi pour bien des Rwandais, et ceux que je rencontrais étaient surtout des personnes qui travaillaient sur le plateau. Bien sûr, il y avait toujours des gens autour. Partout, partout, partout.»

«C’est d’ailleurs autre chose qui m’a frappé du pays: même quand on est parti dans les montagnes quelques jours avant de commencer le tournage afin de voir les gorilles – parce que j’aime bien les gorilles! – on a vu des tas de gens qui marchaient, avec des sacs sur leurs têtes et sur leurs épaules. Même à 25 km de Kigali! Ce sont des petites choses comme celles là qui me sont restées. C’est très différent de nos routes à nous.»

Mais ce dont Dupuis se rappelle surtout, c’est d’un tournage intense, exigeant mais ô combien satisfaisant: «J’étais constamment dans une autre réalité. Dans celle de 94, dans celle du général… On tournait six jours par semaine. Et le dimanche, je le prenais pour travailler. L’expérience a été marquante. Mais je suis heureux de l’avoir fait. J’ai tout donné. J’espère maintenant que ce film nous aidera à apprendre de nos erreurs…»

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