Roman sur les travers de notre société

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Publié 16/08/2011 par Paul-François Sylvestre

Le vécu de chaque être humain est sans doute unique. Il n’en demeure pas moins qu’il existe une sorte de facteur commun qui est rien de moins que… la bêtise humaine. Tel est le constat d’Alain Cavenne, auteur du roman Un bon jour, il va bien falloir faire quelque chose, paru dans la collection Indociles des Éditions David.

Ce roman plein d’ironie exprime la colère et la révolte de Félix Renaud, un mésadapté social en butte aux travers de notre société.

Félix, 40 ans, est portier à Montréal. Il a jadis séjourné en institut psychiatrique. On le dit schizo-bipolaire-dépressif-psychotique. Félix prend ses pilules, mais il n’est pas le seul à être malade. Il croit que «tout le Québec est frappé par une sorte d’Alzheimer général. Il n’y a plus de passé, on ne veut pas penser à l’avenir et le présent a l’épaisseur du vertige.»

L’intrigue du roman est assez mince et presque sans importance. L’écriture sert surtout de soupape ou de mécanisme permettant un véritable «j’ai-pour-mon-dire». D’un chapitre à l’autre, l’auteur dit ce qu’il pense de l’amour, des syndiqués, des escortes, des rêves, de l’humour et même des chats.

Alain Cavenne nous sert des réflexions bien tournées. Pour dire que plus ça change, plus c’est pareil, il écrit que «l’humanité fait du sur place dans sa médiocrité paresseuse, dans son indécrottable bêtise».

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Son Félix Renaud aime le sexe, mais ne croit pas en l’amour. «Il y a dans le monde tellement d’amour déçu, d’amour amer… si le monde s’aimait pas autant, peut-être qu’on s’haïrait moins.»

Le personnage de Cavenne signale que pour améliorer la vie des moins chanceux, Dickens a dénoncé des injustices. Il se demande ensuite ce que Dickens écrirait aujourd’hui, dans un Québec en déroute. «Et Zola? Et Camus? Et Molière? […] Il va bien falloir que quelqu’un finisse par se décider! Pourquoi ce ne serait pas moi?» La réponse me semble être le roman Un bon jour, il va bien falloir faire quelque chose.

Ce roman nous offre de délicieuses comparaisons: «il roulait à fond de train, un vrai Schumacher au volant de sa Ferrari!», «l’administration municipale, c’est mettre le pied dans un labyrinthe pire que dans The Shining de Kubrick», «je m’amuse dans la vie comme une penture rouillée», «quand elle me chevauche, elle est comme la naissance du monde».

Nous avons droit aussi à de savoureux jeux de mots. En parlant des spectateurs à un show d’humoristes, l’auteur écrit qu’ils sont trop souvent «les dindons de la farce plate». Au sujet de sa mère, une incroyante décidée, le narrateur note qu’elle «ne s’est jamais empêchée de faire des saintes colères».

Quant aux escortes que Félix fait venir, elles portent souvent des noms suédois, du genre Lena ou Karina. «Un jour, il y en a une qui va s’appeler Ikea, comme dans “facile à monter”!»

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Alain Cavenne est le pseudonyme d’Alain Gagnon, originaire de Hearst. Détenteur d’une maîtrise en philosophie de l’Université d’Ottawa, il a enseigné la philosophie au Collège de Hearst et à l’Université Laval.

Dans les années 1980, il a travaillé en cinéma, signant les scénarios ou les narrations de six courts métrages. Il vit à Montréal et se consacre maintenant à l’écriture et à la traduction. Un bon jour, il va bien falloir faire quelque chose est son sixième roman. Alain Cavenne, Un bon jour, il va bien falloir faire quelque chose, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2011, 294 pages, 21,95 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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