Roman-méditation sur l’existence humaine

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Saviez-vous que, de 1875 à 1925, les enfants et les personnes âgées étaient mis à l’encan au Nouveau-Brunswick?

C’est à partir de cette donnée historique – seul fait réel de son nouveau roman – que Daniel Poliquin a écrit Le vol de l’ange. En s’inspirant de cette prémisse, l’auteur nous offre une vibrante méditation sur le suprême voyage que constitue l’existence humaine.

Poliquin raconte plein d’historiettes subtilement enfouies dans une grande histoire finement ciselée. Il peut raconter pendant des pages – en aparté ou en coulisse – les amours, les troubles ou les petites misères d’un personnage assez secondaire au récit.

Il lui arrive même de consacrer presque tout un chapitre à la fascination que la voie ferrée a exercée sur son protagoniste.

Au début du roman, le protagoniste-narrateur a 60 ans. Sa naissance ne nous est racontée qu’à la page 244 et son nom, lui, ne nous est révélé… qu’à la dernière page.

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Les quelque 300 pages du roman sont un savoureux amalgame d’hier et d’aujourd’hui, du passé et du présent. Grâce à de nombreux flash-backs, nous suivons les errances d’un être humain qui a été vendu à l’encan pour éviter l’orphelinat ou l’hospice. L’action se passe entièrement au Nouveau-Brunswick, dans la région de Cap-Pelé, Bouctouche et Barachois.

Dans le Prélude au roman, Poliquin écrit que «le vol de l’ange [est] cet instant où marcheurs ou patineurs, ayant tout à coup perdu pied sur la glace, se mettent à battre des bras pour recouvrer l’équilibre. […] On me dira que l’expression n’est pas très répandue, et pour cause: c’est moi qui l’ai inventée.»

Comme toujours, le style de l’auteur est coloré. Il écrit, par exemple, que «l’homme avait une face à mordre un chien» ou «ça ne m’était pas arrivé depuis une éternité, peut-être plus». Ou encore, que «la sottise de l’imaginaire collectif ne chôme jamais».

Poliquin colore parfois son récit de quelques références religieuses. Pour décrire l’immense vide ressenti pour de jeunes enfants, il précise que ce vide «sent l’encens de la messe des morts». Et pour montrer à quel point son narrateur est taciturne, il le compare aux moines et aux nonnes qui ont fait le vœu de silence dans les cloîtres.

Le roman est une méditation sur l’identité et l’existence humaines. Le narrateur se voit comme «l’éternel oiseau migrateur»; il n’a pas de pays à lui, sauf le petit nid qu’il occupe là où il passe. Seule la mort «mettra fin à toutes ces errances». À cet égard, il arrive souvent qu’il vaille mieux préférer «les dangers de l’errance au confort de la servitude».

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À travers l’expérience de son vieux/jeune narrateur, Daniel Poliquin réfléchit tout haut sur les petites joies et les petites misères de la vie. Cela donne lieu à des leçons semblables à celle-ci: «les hommes et les femmes qui ne sont pas avantagés par la nature sont plus généreux de leur corps et de leurs gestes que ceux et celles qui ont conscience de leur beauté.»

Au sujet du bonheur, Poliquin souligne que «les gens ont l’impression d’être bons quand ils vous enseignent quelque chose; ils se sentent grandis et vous grandissez à leurs yeux. Leur reconnaissance envers vous accroît l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes.»

Il ajoute que, à la longue, le bonheur est fatigant car il ne dure jamais. «On finit par vivre dans la peur de le perdre.» Il faut plutôt rechercher le contentement.

Sur la question de l’amour, Poliquin note que, «la première fois qu’on aime, on est seul. Il faut du temps pour que l’amour devienne réciproque.»

À la page 237, le narrateur décrit le lieu où sa future maman rencontre celui qui pourrait devenir son père. L’endroit est propre et confortable. «Juste ce qu’il fallait. On aurait juré que leur histoire avait déjà été écrite par un romancier bienveillant», ajoute-t-il. Dur à battre comme clin d’œil introspectif!

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Le vol de l’ange est une traversée picaresque de l’Acadie d’autrefois, en compagnie d’un personnage, tantôt vieux tantôt jeune, qui s’avère être le prototype du pauvre si généreux de sa personne.

Né à Ottawa, Daniel Poliquin est romancier (La Côte de sable, 1990; L’Écureuil noir, 1994; L’Homme de paille, prix Trillium 1998; La Kermesse, 2006), essayiste (Le Roman colonial, 2002) et traducteur.

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