Rodin, «bricoleur» de génie, de passage à Montréal

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La sculpture, considérée pourtant comme un art majeur, ne fait pas l’objet fréquent de chroniques artistiques.

Une exposition et un superbe livre d’art consacrés à Rodin, un maître sculpteur, offrent donc un grand intérêt pour tout amateur d’art et de culture, puisque c’est au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) que se tient une telle exposition jusqu’au 18 octobre.

Et cet intérêt est accru par son thème original et novateur, Métamorphoses. Dans le secret de l’atelier de Rodin. C’est ainsi l’occasion de découvrir ce génial bricoleur qui a révolutionné la sculpture (L’Express, 23 octobre 2012).

Rodin

Surnommé le «Michel-Ange du XXe siècle», du fait de ses somptueuses créations en marbre, François-Auguste-René Rodin est né le 12 novembre 1840, à Paris. En partie à cause d’une forte myopie, ses études sont médiocres.

Mais il montre une propension pour l’art et entre en 1854 à l’École Spéciale de Dessin et de Mathématiques. Il y passe trois ans, puis tente d’entrer à l’École des Beaux-Arts où, malgré son talent déjà reconnu, il échoue à l’épreuve sculpture. Il n’est pas traditionnel.

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Il voyage en Italie, Venise, Florence, Rome, Naples et découvre Michel Ange. En France, il visite les cathédrales. En 1877, il expose sa première statue en bronze à Bruxelles puis à Paris, au Salon des Artistes français.

Vers la gloire

C’est à la fois un scandale – «sa statue donne une telle impression de vie, qu’on l’accuse d’avoir fait un moulage sur un modèle vivant» – et un succès, car un manifeste signé par des peintres et des sculpteurs vient au secours de l’artiste, pour témoigner de sa bonne foi et de son génie, et la publicité du scandale crée le début de sa gloire.

Dès lors, les commandes affluent et Rodin produit de nombreuses œuvres qui sortent de l’ordinaire et sont discutées.

«Sa vie durant, Rodin dut ainsi affronter les critiques, les coups bas, les cabales, les sarcasmes, les empoignades dans les journaux, les menaces de procès. Rodin bafoué, mais génial. Vilipendé, mais virtuose. Discuté, mais glorieux.» (Véronique Prat, critique d’art du Figaro)

Mais à partir de 1890, Rodin connaît un succès international. Il participe à de nombreuses expositions, Cologne, Dresde, Prague, Londres. Des peintres comme Monet, des écrivains comme Zola, des sculpteurs comme Bourdelle ou Pompon deviennent ses amis. Il décède le 17 novembre 1917.

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Les ateliers

Rodin produit de nombreux chefs-d’œuvre, Diane (marbre, vers 1875), Le Saint-Jean-Baptiste (bronze, 1877), La porte de l’Enfer (1879 ss), Le Penseur (bronze, 1882), Le Baiser (marbre, 1888), Victor Hugo (bronze, 1890), Balzac (bronze, 1891-97), Les Bourgeois de Calais (bronze, 1895), Nu féminin debout dans un vase (plâtre, vers 1900?), L’Homme qui marche (bronze, 1997). Mais comment s’y prend-il?

L’exposition du MBAM nous donne des explications en ouvrant les portes des ateliers de Rodin. Il avait travaillé plusieurs années auprès de Carrier-Belleuse (1824-1887), un sculpteur à succès très prolifique qui avait un atelier et plusieurs élèves.

Il avait influencé Rodin, ce qui se remarque particulièrement dans les œuvres de jeunesse de Rodin comme la Jeune fille au chapeau fleuri. En 1878, il l’avait fait entrer comme décorateur sur porcelaine à la manufacture de Sèvre.

Rodin avait donc appris l’organisation et la composition d’un atelier de sculpteur. Il s’entoure donc d’une équipe qui fait tout le travail: modèles, ouvriers qui battent la terre, gâcheurs de plâtre, mouleurs, metteurs au point, tailleurs, praticiens, fondeurs et patineurs.

«Le thème de la métamorphose plonge directement dans le secret de son atelier, dévoilant le processus de création en perpétuel mouvement de ce révolutionnaire de la sculpture.» (MBAM)

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Livre d’art

La publication documentaire qui accompagne cette exposition constitue un souvenir toujours d’actualité d’une visite de celle-ci ou sa visite à distance si l’on n’a pu se rendre à Montréal. C’est un rare occasion de découvrir Rodin à l’œuvre et donc un livre unique à plus d’un titre.

Il compte quelque 475 illustrations, surtout des œuvres de Rodin, magnifiquement photographiées et reproduites, 171 sculptures dont, avant tout, «près d’une centaine de précieux plâtres rarement prêtés (94 plâtres), témoins anciens, privilégiés et fragiles du travail du maître. Le plâtre est en effet le matériau qui permet le mieux d’appréhender la manière de Rodin».

Car, avec les textes qui accompagnent les illustrations, c’est une découverte approfondie de la façon de travailler de Rodin. Il a des ouvriers, mais c’est lui le concepteur, le créateur. C’est lui, le bricoleur de génie qui, par exemple, compose L’homme qui marche en assemblant des jambes lisses et un torse rayé provenant d’autres études (p. 55).

Il faudrait citer tous les essais si expressifs pour s’imprégner de l’art et de l’esprit de Rodin. C’est, à notre connaissance, le seul ouvrage aussi complet et détaillé qui révèle les métamorphoses qui s’accomplissent dans les ateliers de Rodin.

L’événement Rodin au Canada, cette exposition, ce livre d’art, dépassent même les frontières du psy. C’est donc une occasion rare à saisir si on le peut.

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