Retour sur la Lune en 2024: le plus gros obstacle

Un des projets pour la station Lunar Gateway, septembre 2018. (Source: NASA)
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Publié 19/04/2019 par Pascal Lapointe

Les Américains marcheront-ils à nouveau sur la Lune dès 2024? Les amateurs d’exploration spatiale en débattent passionnément depuis deux semaines. Mais si les questions technologiques sont importantes, l’obstacle le plus important semble être ailleurs.

Le 26 mars, le vice-président des États-Unis, Mike Pence, annonçait en grandes pompes que les États-Unis devaient tout mettre en œuvre pour envoyer une mission habitée sur la Lune en 2024 — plutôt qu’en 2028, comme le prévoyaient les plans jusqu’ici.

Son discours était accompagné d’un avertissement en termes à peine voilés pour l’agence spatiale américaine accusée d’être devenue trop «complaisante» et alourdie par la bureaucratie. Le grand patron de la NASA, Jim Bridenstine, répliquait aussitôt qu’il acceptait le défi.

Les obstacles technologiques

Les obstacles pour retourner sur la Lune dès 2024 sont nombreux et ont été abondamment décortiqués, depuis le 26 mars, par plusieurs journalistes et blogueurs.

Par exemple, la fusée SLS (Space Launch System), sur laquelle travaille la NASA depuis 2011, vient de voir son premier vol d’essai vers l’orbite lunaire être retardé de 2020 à 2021.

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Des propos de l’administrateur de la NASA tenus deux semaines avant ceux du vice-président avaient ouvert la porte à ce que la fusée utilisée soit plutôt produite par une compagnie privée, ce qui serait une première. Mais il faudrait aussi que trois autres choses soient au point :

• La capsule Orion, où prendront place les astronautes, n’est pas censée être prête avant 2022;

• La station Lunar Gateway, qui doit être construite en orbite lunaire et servir de relais avant un alunissage — ou de point de départ vers des missions vers Mars — n’est pas censée non plus être prête avant 2022 ou 2023;

• L’appel à projet pour la construction de l’appareil destiné à l’alunissage n’a été lancé par la NASA qu’en février dernier.

Rien de tout cela n’est technologiquement insurmontable en cinq ans. Mais il faudra y mettre le prix. Et c’est là que se dissimule l’aspect fondamental du problème.

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L’obstacle financier

Lorsque le président John F. Kennedy avait lancé, en mai 1961, son célèbre appel à ce que des Américains débarquent sur la Lune avant la fin de la décennie, le budget de la NASA avait doublé, puis encore doublé l’année suivante, puis encore augmenté, jusqu’à atteindre, en 1965, environ 4,5% du budget total du gouvernement américain, ou 42 milliards, en dollars d’aujourd’hui.

En comparaison, la NASA représente aujourd’hui 0,5% du budget américain, soit 21 milliards de dollars.

Or, aujourd’hui, non seulement le budget de la NASA n’augmente pas, mais on pense même le couper: deux semaines avant l’annonce du vice-président, le gouvernement fédéral avait déposé sa proposition de budget pour l’année fiscale 2020, qui incluait une coupe d’un demi-milliard dans le budget de la NASA… dont dans les programmes SLS et Orion.

Il n’est pas impossible que, plus tard ce mois-ci, des amendements à cette proposition soient déposés, mais pour l’instant, rien dans les prévisions budgétaires des cinq prochaines années ne prévoit une accélération du programme lunaire.

La Lune, Jupiter, Mars: il faut choisir

Et même un influx d’argent neuf pourrait ne pas suffire, écrit Casey Dreier, conseiller politique de la Planetary Society, un organisme voué à la promotion de l’exploration spatiale. «Je n’ai aucune idée de combien il en coûtera d’accélérer un alunissage pour 2024. Personne ne le sait.»

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Il rappelle toutefois qu’au milieu des années 1960, la grande majorité de ces fonds allaient au projet Apollo. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, pour prioriser la Lune, il faudrait aussi éliminer des programmes déjà en cours, comme la sonde spatiale censée partir vers les lunes glacées de Jupiter ou les premières étapes en vue d’une mission habitée vers Mars.

Trois milliards et demi de dollars, sur le budget actuel de la NASA, vont à la fusée SLS.

Présence permanente sur la Lune

Enfin, poursuit Dreier, «quelle que soit l’augmentation, elle doit être soutenue pendant les cinq prochaines années» ou plus longtemps encore si on veut assurer «une présence permanente» sur la Lune, comme y a fait allusion le vice-président.

La prudence de ces observateurs s’appuie aussi sur l’histoire. À deux reprises, des présidents républicains ont annoncé une reprise du programme lunaire, doublée d’un regard vers Mars: George Bush père en 1989 et George Bush fils en 2004.

Chaque fois, les projets sont morts dans l’œuf, faute d’un financement adéquat. En 2004, une analyse par un comité des élus de Washington avait estimé le coût d’un retour sur la Lune à une supplément de 63 milliards de dollars dans le budget.

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Auteur

  • Pascal Lapointe

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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