Réécrire l’Histoire en pleine campagne électorale

Référendum revu et corrigé

roman

Normand Cazelais, Et si le Québec avait dit oui, roman, Montréal, Éditions Fides, 200 pages, 24,95 $.


27 septembre 2018 à 11h00

Au moment où le Québec entre dans le dernier droit d’une campagne électorale, le géographe et ancien journaliste Normand Cazelais se permet de réécrire l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Cela s’appelle de l’uchronie.

Cazelais propose un roman uchronique ou forme d’utopie réaliste qu’il intitule Et si le Québec avait dit oui. Ici, le 30 octobre 1995, le oui l’emporte par 56 000 voix de majorité, «une petite marge de moins de 2%».

Mike Harris et Stephen Harper

Les personnages principaux sont, bien entendu, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, le premier étant souvent appelé tout simplement «Monsieur». Bouchard, qui est chef du Bloc Québécois et de l’Opposition officielle à Ottawa, et Mario Dumont, qui est chef de l’Action démocratique du Québec, sont les deux principaux négociateurs avec le reste du Canada.

Jean Chrétien, lui, nomme Mike Harris (premier ministre de l’Ontario) et Stephen Harper (député réformiste de Calgary-Ouest) comme ses représentants à la table des négociations. «Les éliminatoires de la coupe Stanley à côté de ça, c’est de la petite bière.»

Jean Chrétien démissionne

Au cours de la ronde des pourparlers, qui s’étire sur plus d’un an, Chrétien se trouve dans une position intenable. «Être dans la parade sans être celui qui donne le pas, ce n’est pas du Jean Chrétien.» Il démissionne en faveur de Paul Martin!

L’auteur glisse souvent des pages d’histoire peu connues, comme le fait que le Québec a été le premier gouvernement de la Confédération à avoir eu recours au financement américain. «C’était en 1878, pour financer le prolongement du train de Montréal jusqu’à Québec, à une hauteur de deux millions de dollars. […] premier financement à l’international de Wall Street.»

Chantal Hébert

Plusieurs reportages de la presse écrite et électronique étayent ce roman, dont ceux de Chantal Hébert, qui est ici chroniqueuse au Ottawa Citizen. Cazelais note qu’elle est «particulièrement bien renseignée» et que «son esprit d’analyse est remarquable». C’est toujours le cas.

Comme l’auteur est d’abord un universitaire, le roman tourne souvent à l’essai et cela alourdit le rythme de l’intrigue ou du dénouement. La référence à un congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, entre autres, est un bel exemple d’une longueur inutile.

Pas d’attentats terroristes

Des personnages entièrement fictifs permettent au romancier d’aborder le ressentiment très isolé d’un Anglo-Québécois du Pontiac, et les relations adultères de deux femmes qui trompent leur mari… ensemble. Tiens, tiens!

Dans ce roman, le Québec franchit un cap déterminant le 30 octobre 1995. J’ai été surpris de lire qu’un souverainiste convaincu «n’ose penser à ce qui serait arrivé si [le Québec] avait raté ce rendez-vous avec l’Histoire». C’est pourtant ce qui est arrivé dans la réalité, sans ressac dans le genre d’une vague d’attentats terroristes des «Vigiles de la Patrie».

Norman Cazelais a profité d’un mélange plus ou moins réussi de fiction et de réalité pour raviver des souvenirs aussi riches en espoirs qu’en déceptions. Aucune influence sur le vote du 1er octobre.

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