Projet pilote sur l’éducation à la justice sociale

À l’école secondaire Toronto Ouest

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L'animatrice Karine Barrass et la robe de conversation du comité LGBTQ2+ de l'école secondaire Toronto Ouest. Photos: courtoisie
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Plusieurs commencent à trouver inconfortable le battage médiatique fait autour des célébrations sur les questions de justice sociale importantes. Exécutées pour se donner bonne conscience, les célébrations sont aussitôt oubliées, puis répétées l’année suivante.

Juin est le Mois national de l’histoire autochtone, avec la Journée nationale des peuples autochtones le 21.

Le 30 septembre, c’est la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. On lève un drapeau, on fait des discours, on invite un artiste, on met un chandail orange. La case est cochée.

Et entre les deux? Et le changement désiré, où est-il? Par où commence-t-il concrètement? Qu’est-ce qui est fait pour qu’on ne se retrouve pas au même point au prochain rendez-vous?

Voilà des questions fort pertinentes pour un enseignant préoccupé d’utiliser les arts et la culture pour ouvrir les horizons des jeunes tout en développant l’esprit d’école.

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Des messages épinglés à la robe de conversation du comité LGBTQ2+ de l’école secondaire Toronto Ouest.

Une idée qui germe

C’est l’affaire d’un conseil scolaire de fournir les bonnes ressources pour le bien-être de ses étudiants: des directions compétentes, des enseignants ouverts, des animateurs culturels dynamiques.

Ensuite, il y a le facteur chance, celui qui fait se rencontrer ces bonnes personnes, sur une terre fertile où les bonnes idées peuvent pousser.

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Francis Cronier-Thériault.

Voilà près de deux ans, l’animatrice culturelle Karine Barrass et le directeur de l’école secondaire Toronto Ouest, Francis Cronier-Thériault, lançaient l’ambitieux projet pilote LEHNA concernant cinq grands dossiers de justice sociale inclus dans le curriculum.

L pour LGBTQ2+, E pour Environnement, H pour Héroïnes (comité des Femmes), N pour le mois de l’histoire des Noirs, et A pour les perspectives autochtones.

Un comité pour chaque enjeu de justice sociale

L’idée de base était simple, mais demandait l’appui de la direction et des enseignants.

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Il s’agissait de créer au sein de l’école des comités d’étudiants pour chacun des grands dossiers. Puis de leur donner la mission de trouver des angles de recherches intéressants pour les jeunes, et de préparer des présentations pour l’ensemble de l’école, tout au long de l’année.

Ainsi, le moment venu d’une célébration officielle, suite aux réflexions alimentées régulièrement, celle-ci prend un sens nouveau et enrichi.

Forte de son expérience avec le programme Ça clique, qu’elle a créé avec l’animatrice Geneviève Girard, Karine Barrass savait qu’elle pourrait puiser dans sa banque d’artistes pour organiser des conférences et des tables de conversation pour les comités, qui seraient filmées et partagées avec les enseignants de l’école.

Ceux-ci pourraient ainsi continuer la conversation avec leurs élèves.

Un concept qui évolue avec les jeunes

Deux ans plus tard, les deux visionnaires sont ravis de l’évolution de cette initiative qui pourrait servir de modèle dans toutes les écoles.

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Cette année par exemple, à temps pour Mois national de l’histoire autochtone, le comité LEHNA des perspectives autochtones s’est doté d’une marraine officielle, Mimi O’Bonsawin. L’artiste du Nord de l’Ontario, aux racines canadiennes-française et abénaquise, accompagne les étudiants dans leur désir de participer au changement.

Ce désir est venu directement des premières réflexions du comité, dont le but était d’aider à développer l’esprit d’école de façon positive sur les peuples autochtones et la sensibilisation sur la vérité et la réconciliation.

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Mimi O’Bonsawin.

Où est la justice sociale dans le Ô Canada?

Une élève du comité, aux origines autochtones, a pris conscience de la contradiction entre le texte sur la reconnaissance des traités et territoires, lu une fois par semaine à la radio de l’école, et les propos de l’hymne national Ô Canada, pour lequel tout le monde doit se lever, et dans lequel elle ne se reconnaissait pas.

La réflexion et les conversations du comité sont parties de là. L’importance de la reconnaissance des traités et des territoires ainsi que le choix des mots, le choix du moment, le choix des actions, le sens des actions.

Puis, le scandale des tombes anonymes des pensionnats autochtones a éclaté… On ne peut plus dire qu’on ne savait pas.

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Les jeunes du comité travaillent depuis activement pour faire comprendre l’importance des enjeux et des actions dans la vérité et la réconciliation. Avec des projets sur l’eau, la femme, la santé mentale et la compréhension de la reconnaissance des traités et des territoires.

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L’école Toronto Ouest, sur Dovercourt au nord de College. Photo: Conseil scolaire Viamonde

Des parrains et marraines pour les comités

La sénatrice Michèle Audette, née d’un père québécois et d’une mère innue, invitée à donner une petite conférence lors d’une rencontre provinciale des services d’animation culturelle, a eu vent de cette expérience. Intriguée, elle a demandé de rencontrer le comité, ce qui fut fait un mois après sa visite.

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Michèle Audette.

La sénatrice a pu parler directement aux jeunes et les encourager dans leur démarche de sensibilisation positive.

Elle compte continuer à suivre leurs actions et souhaite en entendre davantage sur leurs actions et projets à venir. La conversation est entamée et ouverte. Selon Mimi O’Bonsawin, «c’est un mouvement dans la bonne direction, tourné vers l’espoir».

Avec leur nouvelle marraine, le comité peut sonder la pertinence de ses prochaines idées. Mimi O’Bonsawin peut les guider sur la façon pour des alliés d’exécuter des actions dans le respect et le dialogue. Il ne s’agit pas de parler «à la place de», mais plutôt de prendre ce qu’elles vivent sur la question comme point de départ.

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L’école Toronto Ouest prévoit doter ses autres comités de parrain ou marraine qui pourront les assister de la même façon. C’est avec la nouvelle génération qu’on pourra avancer.

Les couleurs de l’arc-en-ciel

Le 17 mai dernier, le comité LGBTQ2+ invitait les élèves à décorer une robe blanche aux couleurs de l’arc-en-ciel et d’y laisser des messages personnels.

Tout au long de la journée, les étudiants qui passaient devant la «robe de conversation» ne pouvaient résister à l’envie d’y laisser leur touche.

«Une robe de conversation qui est allée bien au-delà de nos attentes», remarque Karine Barrass. «Conversations, partage, soutien… nos élèves ont interagi ensemble d’une toute nouvelle façon. Cette robe est une image de l’esprit de notre école. Diverse et haute en couleur.»

La robe est maintenant exposée dans l’école. Une nouvelle robe blanche sera décorée sous peu pour lancer le Mois national de l’histoire autochtone.

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La robe de conversation du comité LGBTQ2+ de l’école secondaire Toronto Ouest.

Association avec des partenaires

En s’associant à un organisme communautaire, les écoles peuvent bénéficier de subventions qui aident à engager des artistes pour appuyer les actions des comités.

Il y a PassepART, un programme de microfinancement national géré par la Fédération culturelle canadienne-française, qui convie l’art, la culture et le patrimoine dans les écoles.

Et Vice-Versa, un fonds d’appui à l’école communautaire citoyenne, géré par la Fédération de la jeunesse canadienne-française. Tous deux ont comme prérequis que l’école soit affiliée avec un organisme communautaire.

Ici, l’école secondaire Toronto Ouest s’est associée au Centre francophone du Grand Toronto pour bénéficier de ces subventions afin d’organiser des conversations-conférences avec les artistes pour ses étudiants de la 9e à la 12e année.

«C’est vraiment magnifique de voir l’évolution du projet et d’observer l’engagement des élèves, de Karine Barrass et de tous les alliés», indique le directeur Francis Cronier-Thériault. «LEHNA est le reflet de la voix de nos élèves et chaque comité contribue à l’amélioration continue de notre communauté scolaire.»

C’est un modèle qui risque de faire des émules dans les autres écoles.

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