Premier tome d’une saga vancouveroise

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Jacqueline Landry a récemment publié Terreur dans le Downtown Eastside. Ce premier roman policier inaugure une série intitulée «Le cri du West Coast Express» et nous plonge dans le Downtown Eastside de Vancouver, où les prostituées sont la cible d’un tueur en série. Ce n’est pas sans rappeler le procès de Robert Pickton.

Le Downtown Eastside est le pire quartier de Vancouver, «le ghetto avec la plus grande concentration de toxicomanes en Amérique du Nord». No man’s land, le Downtown Eastside regorge de prostituées dont 40% sont séropositives.

Lorsque l’une d’elles disparaît, les recherches sont lentes ou nulles. «Ces filles n’existent pas [puisqu’]elles ne font pas partie de la société. Comme elles n’existent pas, elles ne peuvent pas avoir disparu. C’est cruel à dire, mais c’est la réalité», du moins dans l’opinion publique.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne peut pas fermer les yeux sur une fille disparue, surtout lorsque le nombre s’accentue soudainement. Le roman décrit la terreur semée par un tueur en série qui a déjà six victimes à son actif.

Un membre de la GRC qui fait enquête est François Racine, nouvellement arrivé du Québec. L’auteure écrit, en passant, qu’un «bon pourcentage des résidents de Downtown Eastside est québécois d’origine».

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Jacqueline Landry peint François Racine comme un homme qui aime vivre au jour le jour, se «préoccupant davantage de ses besoins charnels et du temps qu’il fait que de trouver un sens à la vie». Son épouse Rachel ne se contente pas d’un bonheur tranquille; elle est «faite d’une étoffe qui annonce les plus grandes ambitions».

François, Rachel et leur fille ne déménagent pas dans l’Ouest canadien, mais dans un «nouveau pays» peuplé de Canadiens anglais, «beaucoup d’Asiatiques et d’Indo-Canadiens enturbannés». On devine déjà que leur acclimatation ne sera pas facile et que les prochains tomes feront écho à cette situation.

Le tueur en série est décrit comme un «individu narcissique, incapable d’empathie, qui n’éprouve aucun remords et qui ne tolère pas la moindre frustration. Il doit réagir aux déceptions qu’il a vécues en société. Et il doit vivre de grands stress si l’on en juge par le traitement qu’il réserve à ses victimes.»

Ce criminel commet une négligence en perdant son carnet que la police ne tarde pas à récupérer. Dans ce carnet, le tueur en série inscrit la date, l’heure et l’endroit où il a fait embarquer une prostituée. Il note aussi le genre de bague qu’il lui a offerte, ainsi que le début et la fin du «mariage». Le psychopathe considère sa proie comme une jeune mariée, la fin de la cérémonie correspondant à l’heure de sa mort.

La GRC est une institution fédérale soumise à la Loi sur les langues officielles, mais la romancière écrit que deux agents ne peuvent pas discuter en français à Vancouver. Ça se passe en anglais! Comme ça se passe en français à Montréal.

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Le style de Landry est souvent direct et efficace. Quand sa plume décrit des paysages, elle devient presque poétique. J’ai bien aimé les jeux de mots auxquels elle a eu recours pour peindre une rage sexuelle: «jouissant de ces moments interdits et violant toutes les règles».

Jacqueline Landry a construit son roman par couches de récits entrecroisés, autour desquels gravite une galerie de personnages aussi marginaux qu’attachants. Cela va du sans-abri Raymond, qui pousse son panier inlassablement pour fuir ses démons, au chef de gang Jarod, homme sans pitié au cœur d’une vaste opération policière.

Originaire de Saguenay, au Québec, où elle a animé pendant plusieurs années les bulletins de nouvelles à TVA, Jacqueline Landry est chef d’antenne au Téléjournal Colombie-Britannique de Radio-Canada à Vancouver. En tant que journaliste, elle fréquente le milieu policier depuis vingt ans, en particulier le monde de la GRC. Terreur dans le Downtown Eastside est son premier roman.

Jacqueline Landry, Terreur dans le Downtown Eastside, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Voix narratives, 2013, 312 pages, 23,95 $.

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