Polar sociologique de Daniel Lessard

Daniel Lessard, Enlèvement
Daniel Lessard, Enlèvement, roman, Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 2020, 376 pages, 34,95 $.
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Deux enfants d’une même école disparaissent en quelque mois à Saint-Pierre-de-Wakefield, dans l’Outaouais québécois, et l’enquête est confiée à une sergente-détective de Gatineau. Ainsi commence Enlèvement, polar aux multiples rebondissements de Daniel Lessard.

À la retraite depuis 2011, après 39 ans passées à Radio-Canada, Daniel Lessard nous avait offert le remarquable roman La dalle des morts en 2019 (je vous en ai parlé le 12 janvier 2020).

Voici qu’il nous livre maintenant une intrigue policière de 375 pages. Il est plus facile d’écrire longuement que brièvement.

Personnages forts

Le romancier originaire de la Beauce excelle dans l’art de camper des personnages au caractère prononcé, d’écrire des dialogues colorés et d’étayer son récit de commentaires percutants.

La Direction de la protection de la jeunesse, par exemple, en prend pour son rhume; ses erreurs sont mises à nues et critiquées vertement.

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Lessard voit dans les réseaux sociaux «des foires d’empoigne où tous les coups sont permis aux lâches et aux idiots, où l’ignorance couve dans l’anonymat et se répand comme la peste, infectant les esprits, propageant la haine et la colère».

Touche humaine

J’ai mentionné de multiples rebondissements. Cela ne sert pas uniquement à épicer l’intrigue; la vie privée des personnages brille ici et là, apportant une touche humaine fort appréciée. La meilleure amie de la sergente-détective est une journaliste et ce n’est pas facile de rester proches quand chacune fait son travail à fond de train.

Quant aux dialogues colorés, voici un exemple parmi tant d’autres: «Faut pas s’ surprendre avec c’te police de marde […] Bande de totons !» Ou encore cette policière à la manière dure qui n’hésite pas à affirmer qu’«un gars comme toi est toujours coupable, même quand il l’est pas. Capiche?»

L’auteur se sert des personnages pour véhiculer des sentiments populaires dans notre société. Ainsi, selon une policière, «la justice, c’est avant tout des joutes d’avocats et souvent, les riches y échappent et les criminels aussi».

Intrigue étirée

J’ai personnellement trouvé que Lessard étirait l’intrigue à son maximum, peut-être un peu trop. À la page 245, il y a aucun indice visible, 20 pages plus loin aucune piste, le vide. Nous savons pourtant que nous ne sommes pas en présence d’un crime parfait.

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Sans dévoiler le dénouement de ce polar, je peux vous dire que la sergente-détective est prête à faire une folle d’elle-même et de se mettre à la recherche d’une femme que tous traitent de «vraie sainte», tellement elle incarne la bonté et la douceur.

Les critiques fusent: «Il faut être désespérée pour soupçonner quelqu’un comme elle. Vous devriez avoir honte de faire aussi mal votre travail.» Tout le Québec surveille la sergente-détective dans l’Outaouais, la juge, l’insulte, la traîne dans la boue.

Polar sociologique

Daniel Lessard signe, ici, un polar sociologique. Un crime et une enquête sont l’occasion de poser un regard sur notre société.

Il note, par exemple, qu’«un couple sur deux finit en divorce et les enfants en payent trop souvent le prix».

Il fait ressortir que «personne ne doit se substituer aux autorités compétentes, même si parfois ces autorités ne sont pas compétentes».

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