Pierre Karch sait gâter ses lecteurs et lectrices


5 février 2008 à 15h32

C’est en 1988 que Pierre Karch publie le roman Noëlle à Cuba. L’ouvrage est salué par la critique mais passe inaperçu auprès des jurys de prix littéraires. Dommage, car il s’agit d’un livre attachant centré sur l’humain, «où l’écriture fait voir sans se faire voir». La réédition de Noëlle à Cuba dans la collection Bibliothèque canadienne-française est une heureuse initiative.

Histoire bien ficelée et bien racontée, Noëlle à Cuba est surtout une réflexion sur le comportement des êtres humains. En plus de nous offrir un brillant tableau de mœurs, Pierre Karch nous donne à lire «un texte dans lequel la littérature pense», pour reprendre l’expression de Pierre Hébert, professeur de littérature à l’Université de Sherbrooke et préfacier de cette réédition.

Une vingtaine de touristes s’aventurent à Cuba pour Noël. Dans ce décor paradisiaque, certains cherchent le repos ou la solitude, d’autres courent après l’amour ou la fortune. Bercés par des moments de tendresse et portés par leurs péripéties quotidiennes, tantôt banales tantôt tragiques, ces personnages sont la pâte à modeler que le romancier pétrit pour sculpter rien de moins que la condition humaine.

Ce qui fait dire au préfacier que, «à travers l’agenda des vies singulières, Pierre Karch livre une profonde et touchante méditation sur le voyage, l’art et la nature humaine».

Il y a, dans ce roman, un écrivain anonyme à travers lequel on découvre indirectement l’auteur même. Cet écrivain souhaite ne jamais être à court de mots et rêve d’offrir un flot continu d’images. Il s’imagine s’endormir au milieu d’une phrase pour la reprendre le lendemain là où il l’avait laissée. Cet écrivain rêve d’être Pierre Karch.

Discret et effacé, ce personnage anonyme envie «les auteurs qui retiennent des lieux leurs éléments essentiels pour que le lecteur, qui ne les a jamais vus, les recompose avec les seuls mots qu’ils lui donnent et se les imagine comme s’il y était». Exactement ce que réussit à faire Pierre Karch avec brio, avec «la finesse et la justesse des descriptions de détails».

Avec son épouse Mariel O’Neill-Karch, Pierre Karch a publié le Dictionnaire des citations littéraires de l’Ontario français depuis 1960, dans lequel figure cette citation tirée de Noëlle à Cuba: «Quand on prend un livre, c’est un compagnon de lecture qu’on élit et le succès du voyage que l’on entreprend ensemble dépend de ce choix, que l’on fait le plus souvent avec autant de lumière que si l’on avait les yeux bandés.»

Livre rime en effet avec voyage ou vacances. Dans un cas comme dans l’autre, cela nous permet de vivre nos fantasmes. Cela nous permet aussi de cesser de nous conformer à l’image que les autres se font de nous. «Belles, cent fois belles les vacances [les lectures] où l’on se recrée ainsi! Cela ne dérange ni Dieu ni personne.»

Lecture ou voyage, Noëlle à Cuba nous offre un véritable terrain de jeu où tous les rôles sont permis. L’ouvrage est à nouveau disponible, en format de poche. Il nous montre à quel point Pierre Karch sait gâter ses lecteurs et lectrices.

Rappelons que l’auteur a signé près de quatre cents comptes rendus dans L’Express de Toronto. Il a publié trois romans, deux recueils de contes ou nouvelles et un essai.

En collaboration avec Mariel O’Neill-Karch, il a publié, outre le Dictionnaire des citations, des éditions critiques de contes, nouvelles et pièces de théâtre de Régis Roy et Augustin Laperrière.

Pierre Karch, Noëlle à Cuba, roman, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. BCF, 2007, 504 pages, 20 $.

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