Photographie de guerre: montrer les soldats souriants ou désespérés?

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À l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, le centre d’images de Ryerson présente l’exposition Dispatch: War Photographs in Print 1854-2008, jusqu’au 7 décembre 2014.

De la guerre de Crimée (1853-1856) aux récents conflits en Afghanistan (depuis 2001), l’exposition analyse le traitement de différents clichés par la presse de l’époque.

Thierry Gervais, le conservateur de l’exposition, est à la tête du département de recherche du Centre d’images de Ryerson. Directeur de la rédaction de la revue française Études photographiques de 2007 à 2013, cela fait presque 20 ans qu’il consacre ses recherches à l’usage de la photographie dans la presse.

«La photographie de guerre, c’est énorme. Elle représente un corpus qui est à peine intelligible et je me suis dit que ce n’était pas possible de passer à côté. Cela fait partie de tous les jours», explique M. Gervais.

Le conservateur de l’exposition interroge le public sur la façon dont on partage une image ou encore la façon dont elle est prise. «Il y a le travail du photographe, mais aussi celui de l’éditeur et du directeur artistique», précise-t-il.

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Ici, la photographie de guerre n’apparaît pas comme une fenêtre ouverte sur le monde, mais comme la représentation de choix esthétiques effectués par le photographe (la lumière, l’obturation, la composition), puis par l’éditeur qui va «sélectionner, couper, séquencer, réduire ou agrandir» les clichés pour qu’ils correspondent à une certaine esthétique.

Thierry Gervais note que lorsqu’il montre des photographies de guerre à ses étudiants, ceux-ci ne voient pas une photographie, mais «un sujet». L’idée c’est littéralement de faire «passer un message en image».

Pour autant, le conservateur ne souhaite en aucun cas se poser en donneur de leçon. Dispatch ne constitue pas une critique, mais un «constat». «Je suis là pour analyser», dit-il simplement.

Et il aimerait que les spectateurs fassent de même, «prennent le temps» de s’arrêter devant les photographies et de se demander «comment le message a été transmis».

Ainsi, le long des murs, il est possible d’observer la reproduction de la photographie de George N. Barnard en gravure dans le journal américain Harper’s Weekly, à l’époque de la Guerre civile, en 1865. Intitulée Sherman And His Generals, le cliché est coupé par un éditeur et un des généraux n’apparaît pas dans l’hebdomadaire.

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À l’époque du conflit russo-japonais, le journal américain Collier’s Weekly, laisse entrevoir la photographie de James H. Hare, Japanese Marching On One Of Their Military Roads (1904), agrandie. Les couleurs des habits des soldats et de la nature environnante ont été ravivées.

L’éditeur du journal Life, durant la Seconde Guerre mondiale, a fait le choix de cacher le visage de soldats américains. La photographie avait été prise par le célèbre Robert Capa et le journal voulait «éviter toute identification», est-il précisé en dessous de l’image.

La guerre du Vietnam et le conflit en Afghanistan ne seront pas épargnés par le tri et les modifications pour des raisons esthétiques.

On reconnaîtra d’ailleurs les célèbres portraits de soldats américains réalisés par le photographe documentariste canadien Louie Palu, durant le conflit afghan en 2008.

La série Garmsir Marines de Louie Palu est présentée en noir et blanc et la douleur est perceptible sur le visage des soldats. De son côté, le magazine Newsweek, pour ses couvertures de mai 2010, a préféré des photographies en couleurs de soldats souriants.

La photographie de guerre apparaît définitivement comme le résultat d’un long processus basé sur des choix esthétiques et politiques.

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