Petite faute deviendra grande

Les traductions de Google donnent souvent du charabia

Agatha Christie est l'auteure la plus populaire après la Bible et Shakespeare, avec deux milliards de livres vendus.


14 août 2017 à 14h27

Le mois dernier nous avons vu sept procédés utilisés par les traducteurs pour traduire un mot, une expression ou une phrase. Ces techniques sont divisées en deux catégories: la traduction directe et l’oblique.

Malheureusement, comme on le sait trop bien, les traductions de l’anglais vers le français ne sont pas toujours réussies. On n’a qu’à fouiller un petit peu pour tomber sur une «perle» dans le mauvais sens du terme: des biscuits sans «écrous» (noix), des confitures sans «préservatives» (agents de conservation), une couverture «inflammable» (ininflammable!), «crispez-vous» (penchez-vous vers l’avant, lors d’un atterrissage forcé) et j’en passe.

L’agence Mescudi en recense 35 qui vous feront rire (ou pleurer).

Palmarès des écrivains

Pour illustrer l’importance d’une bonne traduction, je vous propose cette semaine un paragraphe d’Agatha Christie avec une traduction en français par google et une autre par un traducteur chevronné. Il s’agit d’un extrait du roman Murder on the Orient Express, publié en 1934.

Pourquoi Agatha Christie, vous demandez-vous? Auteure de romans policiers, Mme Christie, avec ses deux milliards de livres de vendus, est l’écrivain le plus publié de la planète après la Bible (plus de 6 milliards d’exemplaires) et Shakespeare (entre 2 et 4 milliards d’exemplaires).

À titre de comparaison, J.K. Rowling, l’auteure de la série Harry Potter, a vendu entre 350 et 450 millions de copies de ses livres, et Georges Simenon, auteur français de romans policiers, a vendu entre 500 et 700 millions d’exemplaires de ses romans.

Avec ses quelque 66 romans policiers, sans compter ses pièces, poèmes et autres ouvrages, la mère d’Hercule Poirot et de Mlle Marple est aussi l’auteur le plus traduit du monde après la Bible qui, à elle seule, compte des traductions partielles ou complètes dans plus de 2886 langues.

Les 7233 traductions de l’œuvre d’Agatha Christie dans plus de cent langues comptent pour la moitié de toutes ses ventes. L’écrivain français de science-fiction Jules Verne occupe le 2e rang avec 4781 traductions de ses romans dans une centaine de langues.

Soit dit en passant, le livre non-religieux le plus traduit de la planète est Le Petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry avec ses 200 millions d’exemplaires vendus en 300 langues.

Le crime de l’Orient Express… selon Google

Donc, voici la traduction de Google du 3e paragraphe de la première page du Crime de l’Orient-Express:

Il faisait froid, et ce travail de voir un étranger distingué n’était pas un être envie, mais le lieutenant Dubosc a joué sa part avec avidité. Gracieux des phrases tombent de ses lèvres en français poli. Non qu’il sût ce que c’était sur. Il y a eu des rumeurs, bien sûr, comme il y en a toujours eu dans de tels cas. Le général de General était devenu de plus en plus pire. Et puis là-bas était venu cet étranger belge – tout le chemin de l’Angleterre, semblait-il. Il y avait été une semaine-une semaine de tension curieuse. Et puis, certaines choses se sont passées. Un officier très distingué s’est suicidé, un autre a subitement résisté. Les visages anxieux avaient soudainement perdu leur anxiété. Certaines précautions militaires étaient détendu. Et le général, général particulier du lieutenant Dubosc, a soudainement regardé dix ans plus jeune.

Point n’est besoin de dire que la langue est boiteuse et le paragraphe, difficile à comprendre. La ponctuation ne fait qu’ajouter à la confusion du texte. Pourtant, c’est ce genre de charabia qu’on se contente parfois de nous proposer.

La version originale

Voici la version originale du texte en anglais :

It was freezingly cold, and this job of seeing off a distinguished stranger was not one to be envied, but Lieutenant Dubosc performed his part manfully. Graceful phrases fell from his lips in polished French. Not that he knew what it was all about. There had been rumours, of course, as there always were in such cases. The General’s—his General’s—temper had grown worse and worse. And then there had come this Belgian stranger—all the way from England, it seemed. There had been a week—a week of curious tensity. And then certain things had happened. A very distinguished officer had committed suicide, another had suddenly resigned, anxious faces had suddenly lost their anxiety, certain military precautions were relaxed. And the General, Lieutenant Dubosc’s own particular General, had suddenly looked ten years younger.

En comparant la traduction de Google au texte original, on voit qu’il s’agit d’une traduction directe, ce qui ne donne pas toujours des résultats très heureux.

La traduction des Éditions du Masque

Pour finir, voici la révision de la traduction faite par Jean-Marc Mendel, publiée aux Éditions du Masque en 2013:

Il faisait un froid polaire, et ce n’était certes pas une sinécure que d’accompagner à la gare un étranger de marque. Mais le lieutenant Dubosc accomplissait vaillamment son devoir. Les mots aimables, en une langue admirablement châtiée, se succédaient sur ses lèvres. Il ignorait pourtant totalement les raisons de la venue en Syrie du petit homme. Bien sûr, comme toujours, des rumeurs avaient circulé. L’humeur du général dont il était le porte-fanion avait empiré de jour en jour. Et puis était arrivé ce Belge inconnu, d’Angleterre disait-on. Son séjour n’avait duré qu’une semaine, marquée par une étrange tension et des événements sortant de l’ordinaire. Un officier de haut rang s’était donné la mort, un autre avait présenté sa démission. Et, tout d’un coup, la sérénité était revenue sur le visage des responsables. Les mesures militaires de sûreté avaient été assouplies. Quant au général, il avait rajeuni de dix ans.

Une question de respect

On n’a qu’à comparer les deux versions du paragraphe en «français» pour voir que traduire est beaucoup plus que la simple traduction d’une suite de mots. Chaque langue a ses règles qui lui sont propres. Ne pas les respecter revient à manquer de respect vis-à-vis ceux qui parlent cette langue.

Il y a aussi l’aspect légal qu’il ne faut absolument pas négliger. La mauvaise traduction de la posologie d’un médicament ou du mode d’emploi d’un produit dangereux par exemple, peut avoir des conséquences graves, voire fatales. Mieux vaut embaucher un traducteur agréé et le payer ce qu’il faut que de risquer une poursuite judiciaire qui pourrait coûter beaucoup plus cher.

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