Pensionnats pour Autochtones: les francophones ont aussi joué un rôle

Des élèves d'un pensionnat pour les Autochtones. Photo: Bibliothèque et Archives Canada
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Francophones et Autochtones ont parfois été alliés au Canada. Y compris en Ontario. Champlain l’avait compris, lui qui s’était aventuré au-delà de la rivière des Outaouais. Les liens tissés entre les deux groupes furent importants. Le métissage souvent bénéfique.

Pourtant, il y eut une cassure. Avec les pensionnats.

On écrit peu «sur l’histoire du Nord, sur les difficiles relations entre Premiers Peuples et francophones, sur le rôle des francophones et des prêtres québécois dans les écoles résidentielles», selon Pierrot Ross-Tremblay,  professeur adjoint en Études canadiennes et autochtones à l’Université d’Ottawa.

Des élèves et enseignantes d’un pensionnat pour les Autochtones. Photo: Bibliothèque et Archives Canada

Acculturation et amnésie

Lui-même Innu et spécialiste de «l’amnésie culturelle», il vient de passer quelques années à l’Université Laurentienne, à Sudbury, à titre de directeur du département de sociologie.

Pierrot Ross-Tremblay

Les francophones ont-ils vraiment joué un rôle dans l’acculturation des Autochtones, comme leurs collègues anglophones? Marie-Pierre Bousquet, directrice du programme en études autochtones au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal répond sans ambages par l’affirmative.

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«On ne peut pas réellement faire de différence entre les anglophones et les francophones en matière d’acculturation des Autochtones.» D’après la professeure, mis à part de «rares progressistes, dont certains religieux», c’était clair pour tout le monde que les «Indiens» devaient être acculturés.

Roméo Saganash

La Commission de vérité et réconciliation du Canada a permis, entre 2008 et 2015, de délier les langues et d’ouvrir les esprits.

Cette commission a révélé que près de 4 150 enfants sont morts dans les pensionnats entre 1870 et 1990, dont 770 enfants autochtones dans environ une vingtaine de pensionnats ontariens. Parmi eux, le frère de Roméo Saganash.

Roméo Saganash

Quand on a le privilège de rencontrer Roméo Saganash, on observe son calme, sa sagesse, des yeux rieurs, mais aussi une mémoire qui ne veut pas oublier.

«C’était voulu ainsi»

Pour l’ancien député néo-démocrate d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou au Parlement fédéral, l’acculturation se résume en sept mots pour le gouvernement canadien: «Tuer l’Indien en eux, garder l’homme!»

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Roméo Saganash a connu le pensionnat de La Tuque, au Québec. Son frère Jonish est mort en Ontario. Plusieurs de ses frères et sœurs se sont retrouvés à Sault-Sainte-Marie, Brantford et Moose Factory.

«C’était voulu ainsi» de séparer les familles. Mais par qui précisément? Pour l’avocat de la nation crie, «ce projet de génocide» dirigé par les divers gouvernements canadiens était «exécuté par les églises, en anglais».

Occasions manquées de rapprochements

On aurait pu penser, naïvement peut-être, qu’une certaine solidarité entre francophones et Autochtones aurait pu exister, les deux communautés étant minoritaires et craignaient la destruction.

Marie-Pierre Bousquet

Si Roméo Saganash est d’accord avec cette façon de voir les choses, Marie-Pierre Bousquet est plus tranchante. «En général, les minorités ne s’allient pas entre elles, sauf si elles ont des intérêts communs et des affinités culturelles. Les francophones ne connaissaient pas plus les Autochtones que les anglophones.»

La non-connaissance des langues des uns et des autres s’est traduite en de multiples solitudes. «Sans se connaître, sans se comprendre, comment s’allier?»

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D’autres priorités aujourd’hui

Toutes ces blessures pourront-elles cicatriser un jour? Des alliances sont-elles encore possibles? À une telle question, l’ex-député est… lucide, diront certains. Un peu pessimiste, pourront dire d’autres.

D’après Roméo Saganash, il y a eu peu de tentatives de rapprochement après les pensionnats, entre Franco-Ontariens et Autochtones. Les priorités économiques, politiques, juridiques, environnementales ont pris la relève.

Des élèves et une enseignante d’un pensionnat pour les Autochtones. Photo: Bibliothèque et Archives Canada

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