Pas de vrai Trump chez les Conservateurs canadiens

Michael Chong, Maxime Bernier, Chris Alexander, Pierre Lemieux, Steven Blaney, Rick Peterson.

Michael Chong, Maxime Bernier, Chris Alexander, Pierre Lemieux, Steven Blaney, Rick Peterson.


8 décembre 2016 à 15h58

Croyez-le ou non, 14 hommes et femmes sont maintenant en lice pour succéder à Stephen Harper à la tête du Parti conservateur du Canada. Et une ou deux autres personnalités songeraient encore à se lancer dans cette course; elles ont jusqu’au 24 février pour se manifester. Le vote, au scrutin préférentiel, aura lieu le 27 mai.

Cette bousculade au portillon rappelle les primaires républicaines de 2015-2016 qui ont permis au populiste Donald Trump de se démarquer du même nombre (au début) de candidats conservateurs traditionnels et conservateurs religieux. Mais là s’arrête peut-être la comparaison, car la plus populiste ici, Kellie Leitch, qui fait surtout valoir sa volonté de mieux sélectionner les immigrants, n’a pas le bilinguisme ni le charisme nécessaires, en plus d’être affligée d’une voix de sorcière.

Cela n’empêche pas que plus de 60% des Canadiens (j’en suis) indiquent aux sondeurs qu’il existe bel et bien des «valeurs canadiennes» et que nous sommes parfaitement en droit de souhaiter «mieux sélectionner les immigrants» en fonction de ces valeurs. Tout est évidemment dans la forme et le ton qu’on adopte: s’il veut reprendre au pouvoir, le Parti conservateur doit retrouver les électeurs qu’il a perdus ces dernières années, pas en rebuter encore davantage.

Un premier débat des candidats, en anglais, a eu lieu à Saskatoon le 10 novembre, et un deuxième, bilingue, à Moncton le 6 décembre. Le troisième débat, en français, est prévu à Québec le 17 janvier.

Un bilinguisme fonctionnel est un pré-requis dans la haute fonction publique fédérale, comme aussi à plusieurs comptoirs publics, chez les principaux agents du Parlement, ambassadeurs, chefs des Forces armées, juges de la Cour suprême, a fortiori pour le premier ministre.

On ne décide pas de se présenter au poste de chef d’un parti politique «national» – ou même d’une association professionnelle ou d’un groupe d’intérêt qui se prétend «national» – si on ne maîtrise pas déjà les deux langues officielles du Canada, si on est incapable de prononcer un discours ou répondre aux questions des journalistes en français et en anglais.

Selon ce seul critère, une demi-douzaine de candidats au leadership conservateur ne sont pas qualifiés. Ils et elles devraient cesser de nous faire perdre notre temps et se retirer de la course.

Détail amusant (?), aucun des 14 candidats n’est parfaitement bilingue comme l’étaient, par exemple, Pierre Elliott Trudeau et Brian Mulroney. (On blaguait que Jean Chrétien s’exprimait aussi mal dans les deux langues!) L’anglais des Québécois Steven Blaney et Maxime Bernier est bon, mais ils sont nettement plus à l’aise en français. Inversement, le français de Chris Alexander est presque aussi bon que son anglais maternel.

Basé sur le débat de Moncton, je dirais que le français des Rick Peterson, Michael Chong et Pierre Lemieux est passable, le pire étant celui de Deepak Obhrai (son anglais n’est pas fort non plus), le doyen du caucus conservateur à Ottawa et, malheureusement, un type sympathique et drôle. Sur le site web de Deepak Obhrai, l’onglet «français» ne fonctionne pas, tandis que Dan Lindsay a un site unilingue anglais; tous les autres ont mis en ligne un site bilingue.

Kellie Leitch, Brad Trost, Lisa Raitt, Erin O'Toole.
Kellie Leitch, Brad Trost, Lisa Raitt, Erin O’Toole.

Comme chez les Républicains américains, on trouve ici un éventail idéologique allant du progressisme-conservatisme rassembleur (Michael Chong, Rick Peterson) au conservatisme-économique-social-sécuritaire (Brad Trost, dont le slogan est «100% conservateur»), en passant par un centre libertarien (Maxime Bernier). Aucun candidat n’affirme ouvertement que le bilinguisme n’est pas un critère important, ou qu’on peut tenter de reconquérir le pouvoir sans le Québec ou même en s’opposant aux aspirations des francophones.

Plusieurs candidats sont (délibérément) difficiles à situer, faisant surtout valoir leur expérience dans le monde des affaires, leur aversion pour les déficits et leur priorité pour la création d’emplois (Andrew Saxton, Rick Peterson, Chris Alexander, Andrew Scheer), ou encore leurs années de service dans les Forces armées ou au Parlement (Pierre Lemieux, Erin O’Toole, Lisa Raitt).

Sans surprise, «prospérité», «famille», «sécurité» sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche et la littérature des candidats conservateurs, mais rares sont ceux qui n’ajoutent pas «ouverture», «tolérance» et «diversité».

Ces derniers jours, Chris Alexander a suscité l’ire de quelques chroniqueuses, échaudées par Donald Trump, en accueillant par un sourire des cris de «lock her up» lancés au cours d’une assemblée en Alberta lorsqu’il a mentionné le nom de la première ministre Rachel Notley. On sait aujourd’hui que ce n’était qu’un slogan aux États-Unis; en faire écho chez nous n’est qu’une blague digne d’un Bye Bye 2016.

Andrew Saxton, Andrew Scheer, Dan Lindsay, Deepak Obhrai.
Andrew Saxton, Andrew Scheer, Dan Lindsay, Deepak Obhrai.

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