Pas de services en français au bureau des passeports de Scarborough

Censé être un des deux bureaux bilingues (sur neuf) à Toronto

Deux bureaux de Service Canada sur neuf à Toronto sont censés offrir des services bilingues.
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La musicienne Anne Sophie Roy n’a pas pu être servie en français la semaine dernière au bureau des passeports du Scarborough Town Centre.

Au comptoir de Service Canada du Gerrard Square non plus, où on lui a suggéré d’aller à… Scarborough.

Car, selon le site web de Service Canada, le bureau du Scarborough Town Centre et celui de North York (4900 rue Yonge) sont les deux qui sont spécifiquement désignés pour offrir des services bilingues, parmi les neuf bureaux situés dans la ville de Toronto.

L’édifice de Service Canada au Scarborough Town Centre.

«Les fondations du pays»

Anne Sophie Roy a porté plainte en ligne auprès du Commissariat aux langues officielles du Canada.

«Ça m’a vraiment brassée», dit-elle à L’Express. «On touche aux fondations du pays.» Et ce, en 2019, exactement 50 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles.

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Elle se dit aussi choquée du «non professionnalisme» des fonctionnaires à qui elle s’est adressée, en personne et au téléphone.

«On répond ‘hello, bonjour’, mais quand on dit ‘bonjour’, on poursuit en anglais et on nous dit, sans s’excuser, que personne ne peut nous répondre en français.»

Pas aussi simple qu’un coup de téléphone

Célestin Abedi, le représentant du commissaire à Toronto, confirme que «ce n’est pas normal».

Mais il est agent de liaison communautaire: ce n’est pas lui qui peut décrocher le téléphone et appeler au bureau de Passeport Canada à Scarborough pour s’enquérir de ce qui se passe.

Il assure qu’il a raconté l’histoire à un collègue qui, lui, a le droit d’appeler à Scarborough, mais il ne peut pas confirmer que cela a été fait. «Il y a des règles. C’est une procédure complexe…»

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À Ottawa, la gestionnaire des affaires publiques Antonia Papadakou nous dit que «chaque situation est unique», mais que le commissariat va enquêter suite à la plainte d’Anne Sophie Roy.

Selon Mme Papadakou, même si on recense plusieurs dizaines de milliers de francophones à Toronto, le Règlement de la Loi sur les langues officielles prévoit que les services bilingues ne sont offerts ou regroupés que là où il y a «une demande importante».

L’État fédéral est censé être bilingue.

Pas de pénurie de fonctionnaires francophones

Un fonctionnaire de Service Canada, qui ne travaille pas à Scarborough ni à North York, confirme toutefois à L’Express qu’on trouve des fonctionnaires francophones dans «presque tous les bureaux» de Service Canada à Toronto.

«Les chefs savent quels fonctionnaires sont bilingues et pourraient facilement recourir à eux quand un client demande à être servi en français.»

Anne Sophie Roy est bilingue et obtiendra son passeport, puisqu’elle a poursuivi ses démarches en anglais à Scarborough.

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Elle a toutefois refusé que la préposée «corrige» son adresse «avenue Danforth» pour «Danforth Avenue» dans son formulaire en français!

Modernisation de la Loi

«Nous savons depuis longtemps que le Règlement doit être revu au complet et modernisé pour refléter les réalités des communautés en situation minoritaire», poursuit Mme Papadakou. «Nous avions identifié comme un problème le fait qu’un seul bureau d’une institution soit désigné bilingue dans de grandes régions (comme Toronto) et que cet unique bureau soit parfois mal positionné.»

Raymond Théberge
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge.

En attendant une modernisation plus sérieuse de la Loi promise pour 2020 ou 2021 par la ministre Mélanie Joly, le Règlement a été renouvelé plus tôt ce mois-ci. Il prévoit que «Passeport Canada sera reconnu comme offrant des services-clés».

«Cela ne veut pas dire que tous les bureaux auront besoin d’offrir des services dans les deux langues officielles», avertit Mme Papadakou. «Mais davantage de critères seront pris en considération, ce qui pourrait avoir l’effet d’augmenter les services offerts dans les deux langues officielles à certains endroits.»

Malheureusement, «les répercussions du nouveau Règlement ne se feront probablement sentir qu’en 2023-2024, une fois que les nouvelles données du recensement seront connues»…

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