Parlons chanson avec… Pierre Flynn

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Depuis le temps qu’on l’attendait! La parution, ce printemps, de Sur la terre marquait le retour de Pierre Flynn après un silence discographique prolongé, 14 ans s’étant écoulés depuis son précédent album studio, Mirador.

Pourtant, on aurait tort d’assimiler ce hiatus à une quelconque inertie. Il faut y voir l’humilité et la sagesse de celui qui laisse venir les chansons, plutôt que de traquer l’inspiration selon un échéancier imposé par des impératifs extérieurs.

«On passe quand même pas mal d’heures tout seul dans son coin à se creuser la tête et s’éplucher l’âme dans le but de toucher quelqu’un d’une façon ou l’autre», confiait récemment l’artiste lors d’une entrevue réalisée dans le cadre du cours torontois Parlons chanson.

Témoignant de ses errances (L’accompli et l’inaccompli), de ses réflexions sur la paternité (Si loin, si proche) et sur le couple (24 secondes), l’album incarne parfaitement la conception plurielle que se fait Pierre Flynn du rôle de l’artiste.

«On n’écrit pas pour soi, mais pour partager quelque chose, pour entrer en contact, pour tendre la main, pour dénoncer l’inacceptable, mais surtout pour célébrer, ensemble, la vie, car nous sommes tous des voyageurs sur la terre.»

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Justement, parmi les voyages auxquels Flynn nous convie sur ce disque, la chanson Duparquet propose un retour dans le temps et l’espace, jusqu’à l’Abitibi des origines familiales, dans le village qui a vu grandir la mère de l’artiste.

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Quelle est la genèse de la chanson Duparquet? Est-elle basée sur des souvenirs transmis de bouche à oreille? Ou avez-vous fait des recherches sur l’Abitibi dans les années 1930 pour en étoffer l’histoire?

Ma mère nous mentionnait à l’occasion son enfance dans un petit village minier très loin de Montréal. Elle parlait avec nostalgie de cette enfance un peu sauvageonne… Ça me semblait romanesque et mystérieux, tout ça, et je savais qu’un jour, j’en ferais une chanson.

Il y a une douzaine d’années peut-être, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai fait une véritable entrevue avec elle en l’enregistrant pour ne rien oublier. Les images et les paysages déboulaient comme dans un film. Je n’ai fait que les enligner.

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Tout vient de là et c’est elle, au fond, qui a écrit cette chanson. On oublie que nos parents, nos grands-parents ont pu avoir des vies passionnantes et aventureuses.

Dans la chanson, votre mère dit: «L’autre côté du lac / Y’a des foules, des cités / Qui scintillent dans la nuit / Mais qu’on ne peut voir d’ici». À l’époque, qu’est-ce que ça représentait, «l’autre côté du lac»?

Ma mère enfant aimait s’imaginer qu’au-delà du lac Duparquet et de ses nombreuses îles, il y avait de grandes villes étincelantes et pleines de monde comme Paris ou New York. Mais il n’y a que le nord peu peuplé de l’Ontario.

C’est quand même impressionnant qu’on ne se souvienne pas seulement de choses vues ou entendues, mais aussi de nos pensées et de nos rêves, aussi fuyants soient-ils. Une enfant qui s’imagine un monde à découvrir: c’est devenu le pivot de la chanson.

Duparquet évoque votre grand-père, ce héros aux «poumons rongés par un futile holocauste». Est-il décédé des suites d’une maladie professionnelle, comme tant de gens vivant dans les villes minières?

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En fait, l’holocauste dont je parle dans la chanson est la Première Guerre mondiale, à laquelle a participé ce grand-père que je n’ai pas connu. Au combat, il a inhalé les fameux gaz moutarde qui tuèrent bien des soldats.

Au retour, on lui a conseillé de s’installer là où l’air est pur et sec pour guérir ses poumons. Il a choisi l’Abitibi, où il fit commerce du bois d’œuvre, mais il est tout de même mort de pneumonie lorsque ma mère avait trois ans.

Ailleurs dans cet album, vous lancez un clin d’œil à Leonard Cohen, en citant sa chanson Everybody Knows. Vous êtes comme lui un «creuseur de filon». Quelle a été l’influence de Cohen sur votre propre démarche?

On est influencé par tout ce qu’on a pu entendre, parfois de façon bien souterraine.

Ce que j’aime chez Cohen, c’est cette lucide exploration de la condition humaine via ses dimensions intérieures, voire «spirituelles». Je crois que c’est ce qui rend son œuvre intemporelle, à l’abri des modes. Il creuse profond mais sans lourdeur, car il sait rire de lui-même.

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Duparquet

C’était malgré la crise un pays d’or au no man’s land
La Beattie Gold Mine est ici née

Ils venaient de partout : Québec, Pologne, Finlande
Et s’engouffraient sous sa cheminée

1933, si je ferme les yeux, je vois
Tenant son ourson ou sa toupie

Une enfant courir vers nous sur un trottoir de bois
À Duparquet en Abitibi

Sa maman, madame Alice, est maîtresse de poste
Son père l’Irlandais est mort trop tôt

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Poumons rongés par les gaz d’un futile holocauste
Adieu papa, adieu le héros

Quand vient le soir, l’enfant veille et se dit :
«L’autre côté du lac, il y a des foules, des cités

Qui scintillent dans la nuit, mais qu’on ne peut voir d’ici
En sautant d’île en île, un bon jour j’irai les visiter»


Pour en savoir davantage sur le cours Parlons chanson avec Dominique Denis, rendez-vous sur le site Parlons chanson


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