Parlons chanson avec… Stef Paquette

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D’emblée, le ton est donné: «Je suis juste un gars avec une guitare, c’est tout», lance Stef Paquette en début d’entretien, comme pour minimiser l’importance d’un CV qui reflète la pluralité de ses talents (impro, télévision, radio), sans parler d’une carrière musicale s’échelonnant déjà sur plus de 20 ans. Parcours marqué du double sceau de l’indépendance et de l’intégrité, tout au long duquel Stef a farouchement résisté à l’appel des sirènes montréalaises pour mieux revendiquer son appartenance au Nord ontarien.

Pour le deuxième volet de notre chronique «Parlons chanson avec…», qui raconte la petite histoire des grandes chansons, nous nous pencherons sur les circonstances entourant la création de On se r’voit à soir, une œuvre phare de l’auteur-compositeur sudburois de 41 ans.

Il est à parier que cette chanson, qui figure déjà parmi les incontournables du répertoire franco-ontarien, sera au programme le 24 novembre prochain, alors que Stef assurera la première partie de Fred Pellerin à la salle Brigantine, dans le cadre du Coup de cœur francophone.

Parlez-nous de l’événement déclencheur de On se r’voit à soir. C’était quelque chose dont vous avez été témoin ou qui a touché des gens que vous connaissez personnellement?

C’est drôle, comme histoire. Je devais composer une chanson, de style folk, pour le projet radiophonique Le salut de l’arrière-pays, lancé par CBON à Sudbury. J’étais assis sur mon futon, dans mon appartement, guitare à la main.

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À l’écran de ma télévision, un genre de documentaire au sujet de l’événement tragique qui a eu lieu à la mine de charbon de Springhill, en Nouvelle-Écosse, en 1958.

J’étais également au téléphone avec ma mère. Comme j’allais souper chez mes parents ce soir-là, j’ai dit: «On se r’voit à soir, mom» avant de raccrocher.

Voilà la raison pour les lignes «Y’aura personne qui viendra souper à soir» et «Inquiète-toé pas moman, on se r’voit à soir». Je me suis juste imaginé comme mineur, qui dit au revoir avant de quitter pour le travail et qui ne sera pas de retour pour souper.

Justement, quel effet est-ce que ça fait pour un petit garçon dont le père est mineur, d’entendre chaque matin le fameux «On se r’voit à soir»?

Malheureusement, on ne pense pas à ces choses-là quand on est jeune. Moi, je n’ai jamais vraiment su le danger avant le secondaire lorsqu’un des étudiants de mon école a perdu son père lors d’un accident minier. Mon père travaillait pour Inco; j’ignorais ce qu’il faisait pour eux. Mon père ne parlait jamais de sa job…

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La chanson interpelle les gens du Nord de façon viscérale. Ça doit inciter des membres du public à partager leurs histoires avec vous, non?

Ce sont les témoignages recueillis lorsque je suis en spectacle à l’extérieur de l’Ontario qui me surprennent toujours. Pour moi, la chanson parle beaucoup de la réalité du Nord de l’Ontario, mais cette réalité est pareille dans plusieurs communautés du Nord, peu importe la province.

Le plus beau témoignage, parmi tous ceux que j’ai reçus, est celui d’une dame de Sept-Îles. Elle m’a jasé après un spectacle, et m’a conté l’histoire de son père qui a perdu la vie lors d’un accident minier. Elle était enceinte et triste que son premier enfant n’aurait jamais la chance de connaître son grand-père.

Elle voulait vraiment avoir un enregistrement de la chanson, donc je suis retourné chez moi et j’en ai fait un enregistrement maison pour elle. Depuis, elle a eu un petit garçon et m’a envoyé une photo de son bébé et elle utilise ma chanson comme berceuse.

Le protagoniste de votre chanson dit: «C’est pas un choix que j’ai fait, c’est dans mon sang». Alors, pourquoi ne pas avoir suivi votre propre père sur le chemin de la mine?

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Jamais. Le «shift work» n’est pas pour moi.

Mon père est un vétéran de la guerre du Vietnam qui est revenu à Sudbury après la guerre, sans éducation, et a sauté sur une opportunité d’embauche chez Inco, qui s’appelle maintenant Vale. Il a fait ce qu’il fallait pour nourrir sa famille.

Mais de travailler de 19h à 7h, avec pour seul soleil des lampes électriques, ce n’est pas pour moi. De plus, mon père et certains de mes oncles ont des problèmes de santé reliés au travail souterrain.

Quelle influence a eu votre mère, qui était institutrice, sur votre identité et vos choix de carrière?

Ma mère est la raison pour laquelle je parle toujours français et que j’œuvre principalement dans ma langue maternelle. Elle a été très vigilante dans sa quête d’assurer la survie de la langue au sein de la famille.

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Un exemple parfait: lorsque j’invitait des amis et qu’on entrait dans la maison, elle posait toujours la même question: «Ton ami parle-tu français?» Si la réponse était «oui», on devait parler la langue de Molière à l’intérieur, sinon on se faisait envoyer dehors, ce qui n’est pas toujours agréable lors des longs hivers froids de Sudbury!

Également, elle ne m’a jamais découragé d’être un artiste. Mon père, lui, avait des rêves de la Ligue nationale de Hockey pour moi. À chaque fois que j’avais un spectacle ou une performance quelconque, il me demandait toujours: «Pis, ça paye-tu?»


On se r’voit à soir

Moé j’travaille dins mines depuis au moins dix ans
C’pas un choix que j’ai faite, c’est dans mon sang

Moé pis mon père, à chaque matin
On descend dans un trou, pour gagner not’ pain

Par icitte la mine, c’t’une question d’survie
Si la mine à ferme, ben l’village ferme aussi

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Faque on s’lève toutes les jours même si on s’sent pas capable
Pour qu’on puisse mettre du pain pis du beurre sur la table


Entrevue réalisée par les étudiants du cours de français langue seconde Parlons chanson avec Dominique Denis. Pour en savoir davantage sur le cours, rendez-vous sur le site www.dominiquedenis.ca


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