Parlons chanson avec… Michel Rivard

Michel Rivard. (Photo: Valérie Jodoin Keaton)
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«Quand on écrit des chansons, ça ne nous passe pas par la tête qu’elles vont être utiles un jour», confiait récemment Michel Rivard à L’Express. «On écrit pour se débarrasser de quelque chose et on veut créer quelque chose en même temps.»

Pourtant, même si elles naissent d’un besoin d’évacuer un trop-plein d’images ou d’émotions, l’utilité des chansons de Michel Rivard ne cesse de se confirmer, au fil des ans et des albums, tant pour ceux qui se nourrissent de son exceptionnel regard poétique pour voir le quotidien autrement, que pour ceux qui trouvent dans son écriture un exemple de ce que la chanson d’expression française fait de mieux.

Il est donc naturel que ce soit par Rivard et la chanson Mélodie (qui parle justement de l’amour des chansons!) que nous aborderons cette chronique mensuelle proposant des entrevues réalisées auprès des auteurs-compositeurs d’aujourd’hui.

Ces entrevues, qui exploreront le processus de création à partir d’une chanson, ont cela de particulier qu’elles sont préparées par des apprenants du français langue seconde dans le cadre du cours Parlons chanson avec Dominique Denis.

Dans Mélodie, le «je» n’est pas artiste, donc ce n’est pas vous. Pensiez-vous à quelqu’un en particulier en l’écrivant?

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En fait, au début de l’écriture, j’étais le narrateur de la chanson: cette association poétique entre un premier amour et la découverte de la musique comme option de vie, c’est tout à fait moi…

Ce n’est qu’en deuxième étape d’écriture que j’ai créé un personnage qui n’a pas poursuivi cette option de vie, qui s’est installé dans une vie différente.

Mais je n’ai pensé à personne en particulier, je me suis plutôt «recréé» moi-même dans cette personne, essayant d’imaginer ce que je ressentirais si je n’avais pas suivi mon étoile.

En parlant de suivre son étoile, cette chanson évoque une passion inassouvie qui continue de hanter le protagoniste. Y a-t-il quelque chose dans votre propre vie qui vous appelle, mais auquel vous n’avez pas encore répondu?

Plusieurs choses! La lutherie, un séjour prolongé dans un pays «dépaysant», le dessin, que je pratique trop sporadiquement…

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Mais la passion inassouvie serait l’«écriture non-chansonnière», la nouvelle, le roman ou le scénario de film…

Ça fait des années que j’y pense et que j’en rêve, mais à chaque fois que je décide de me lancer, l’idée que je veux développer se transforme en chanson et me revoilà auteur-compositeur-interprète! Mais je n’ai que 63 ans, j’ai encore le temps de devenir écrivain!

La chanson fait référence à Bob Dylan. Quelle influence a-t-il eu sur votre processus de création et comment cette influence cohabite-t-elle avec celle des artistes québécois qui vous ont inspiré?

De Bob Dylan, j’ai appris que la liberté poétique pouvait fleurir dans des images étonnantes posées sur des mélodies simples, inspirées de la culture populaire. J’ai appris que la rigueur rythmique et l’alternance des rimes fortes n’étaient pas un carcan, mais bien un tremplin vers l’imaginaire…

J’ai appris aussi de lui à ne pas me répéter, à ne jamais faire deux fois le même album. Ces leçons cohabitent en toute quiétude avec mon amour de la langue française et des grands auteurs québécois qui font leur chemin à leur façon, bien ancré dans la terre du pays.

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L’essentiel dans tout ça est de transcender ces influences, de lever le doigt et de dire: Bonjour, je m’appelle «untel» et voici comment j’existe!

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de la chanson? Après l’avoir dévoilée au public, quels changements y avez-vous apportés?

Quand je l’ai chantée ce soir-là [lors du spectacle-bénéfice Unis contre le cancer], la chanson était déjà toute formée en ce qui concerne le texte, la mélodie et la structure harmonique.

Elle était sortie de moi assez facilement, assez rapidement même… Un de ces cadeaux de la vie pour un auteur-compositeur: paroles et musiques qui apparaissent quasi-simultanément autour d’une idée simple.

Une fois rendu en local de répétition, l’arrangement s’est matérialisé autour de la guitare et de ma voix, en toute simplicité : contrebasse et batterie qui accentuent le rythme de fond, trompette qui vient souligner l’amour du narrateur pour la Mélodie et les voix féminines qui apportent un côté aérien à l’ensemble.

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Dans votre blogue, vous décrivez «l’accident» qui a donné naissance à cette chanson. De façon générale, quel rôle jouent les accidents dans votre démarche d’écriture?

Une immense part! Les lectures, les rencontres, la température, le cinéma, l’art dans la rue, la musique entendue… tout ça peut déclencher l’inspiration, la plupart du temps accidentellement.

Commencer une chanson sur un sujet et en cours de route, changer le sujet, la mélodie, le texte pour la terminer ailleurs, voilà un accident de parcours.

Être ému par un reportage sur la fermeture de Schefferville et être appelé deux semaines plus tard pour aller y tourner dans un film, un autre accident qui engendre une chanson. L’art de l’auteur est de récupérer ces «accidents» et d’en faire des chansons!


Mélodie

Mélodie
Sur une toune de Dylan
On s’est compris

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Blowin’ in the wind
Sur mon transistor Sony
Par Peter, Paul and Mary

Mélodie
J’ai appris un métier
Pour t’oublier

Pis là, je me suis marié
Pis là, j’ai eu des petits
C’est eux autres ma vie

Mais chaque nuit
Je t’entends chanter
Ma mélodie…


Entrevue réalisée par les étudiants du cours de français langue seconde Parlons chanson avec Dominique Denis. Pour en savoir davantage sur le cours, rendez-vous sur le site www.dominiquedenis.ca


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