P-F Sylvestre: « Mon double statut minoritaire m’a conduit à l’écriture »

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À l’occasion de ses trente ans d’écriture, notre chroniqueur Paul-François Sylvestre se prête à une entrevue.

L’Express: Paul-François, vous avez publié votre premier livre en septembre 1976, donc exactement 30 ans passés. Et c’était une première canadienne. Pouvez-vous nous rappeler les faits?

PFS: Mon premier livre est paru aux Éditions de l’Aurore, à Montréal. Il s’intitulait Propos pour une libération (homo)sexuelle. Le titre a été choisi par l’éditeur Jean Basile. Il s’agit d’un journal de mon coming out, de ma sortie du placard.

Des éditeurs canadiens avaient déjà publié des ouvrages sur l’homosexualité, mais pas encore de témoignages personnels. Les réseaux TVA et CTV ont immédiatement fait des entrevues depuis Montréal et Toronto (je demeurais à Ottawa). Le livre était aussi une première en Ontario puisque j’étais le premier écrivain franco-ontarien ouvertement gai.

L’Express: La publication de ce livre semble vous avoir donné le goût de poursuivre sur cette lancée. Pouvez-vous nous parler de votre cheminement littéraire?

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PFS: À la fin des années 1970, je collaborais au journal Le Rempart, de Windsor (où je suis né). Je prenais goût à l’écriture. J’écrivais surtout des textes sur l’histoire de ma région natale. Après mon premier livre, je me suis laissé tenter par la fiction et j’ai écrit un recueil de nouvelles (Amour, délice et orgie). J’ai aussi commencé à m’intéresser à l’histoire du mouvement de libération homosexuelle, et j’ai alors décidé d’écrire un survol pancanadien que j’ai intitulé Les homosexuels s’organisent.

Mon cheminement littéraire a ensuite pris un virage lorsque l’Association canadienne-française de l’Ontario m’a demandé de documenter la crise scolaire qui sévissait à Penetanguishene en 1979-1980. Cela m’a conduit à publier L’École de la résistance et à faire mon entrée dans l’édition franco-ontarienne.

L’Express: Ce premier ouvrage franco-ontarien semble vous avoir ouvert une porte sur de larges perspectives littéraires?

PFS: Oui, cela a été le début d’une création romanesque à contenu très franco-ontarien. J’ai d’abord écrit Des œufs frappés…, un roman historique sur les années de prohibition et de contrebande en Ontario (1919-1921), puis Obéissance ou résistance, un roman sur la bataille menée par les Canadiens français de Windsor contre l’évêque francophobe de London (1917-1918). À peu près à la même époque, soit vers 1985, on m’a invité à écrire l’histoire de plusieurs communautés ontariennes: Pain Court, Grande-Pointe, Mattawa, Cornwall et Casselman.

Parallèlement à cette création franco-ontarienne, j’ai aussi publié un essai sur les premiers cas d’homosexualité au Canada: Bougrerie en Nouvelle-France (1983). Quelques années plus tard, je faisais remarquer, en entrevue, que je ne serais probablement pas devenu écrivain si j’étais né hétérosexuel francophone au Québec. En effet, c’est à cause de mon double statut minoritaire (langue et orientation sexuelle) que j’ai senti le besoin de m’affirmer par l’écriture.

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L’Express: Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’ouvrages qui révèlent une page d’histoire franco-ontarienne ou qui font écho à la réalité homosexuelle?

PFS: J’ai écrit plusieurs essais sur des facettes précises de notre histoire, notamment sur celle des Communautés religieuses en Ontario français, de Nos parlementaires et des évêques franco-ontariens. Plus récemment, il y a eu deux romans qui allient réalités franco-ontarienne et homosexuelle. Il s’agit de Sissy (Gref, 2000) et 69, rue de la Luxure (Gref, 2004). L’un et l’autre renferment une large part autobiographique.

L’Express: A-t-on raison de dire que votre plus récent livre se présente comme une sorte de Who’s Who franco-ontarien?

PFS: L’Ontario français au jour le jour (Gref, 2005) est un peu la synthèse de vingt ans de recherche sur l’histoire franco-ontarienne. On y retrouve des notices sur quelque 950 personnalités et cela les met certainement plus en évidence. D’autres s’ajouteront lors d’une éventuelle mise en jour.

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