ONU: on attend beaucoup du Canada

Des objectifs de développement durable ambitieux

L'ambassadeur du Canada à l'ONU, Marc-André Blanchard.

L'ambassadeur du Canada à l'ONU, Marc-André Blanchard.


16 octobre 2017 à 18h54

Pays prospère, pacifique, multiculturel, en qui on peut avoir confiance, le Canada suscite «beaucoup d’attentes» sur la scène internationale, affirme notre ambassadeur à l’Organisation des Nations Unies, Marc-André Blanchard.

Ça tombe bien, car «le Canada a beaucoup à apporter comme contributions dans la solution de nombreux défis mondiaux», a-t-il expliqué lundi midi à la tribune conjointe du Canadian Club et du Club canadien de Toronto.

Sa capacité à «faire avancer les choses» représente aussi une opportunité pour la société canadienne et pour sa communauté d’affaires, fait-il valoir.

La population de l’Afrique doublera d’ici 2050, offre-t-il en exemple, et les nations de ce continent ont surtout besoin d’investissements et de commerce. Or, dans nos médias («à l’ouest d’Istanbul jusqu’à Los Angeles»), on ne mentionne l’Afrique que dans les pages de (mauvaises) nouvelles générales, alors que dans les médias asiatiques, l’Afrique est à la une des pages économiques et financières.

Horizon 2030

L’auditoire de M. Blanchard aura peut-être tiqué sur la facture du «plan d’affaires de la planète», les 17 objectifs de développement durable adoptés en septembre 2015 par l’ONU: 7000 milliards $ d’ici 2030. Surtout venant d’une organisation, de l’aveu même de l’ambassadeur, «qui prend deux ans pour embaucher quelqu’un».

Parmi ces objectifs: «pas de pauvreté», «éducation de qualité», «égalité entre les sexes», «énergie propre et abordable», «travail décent», mais aussi la mitigation des «changements climatiques» dont la comptabilité reste hautement spéculative.

En comparaison, l’aide des pays riches aux pays pauvres totalise actuellement environ 135 milliards $… Et l’assistance aux régions des Caraïbes et des États-Unis frappées par les récents ouragans coûteraient entre 350 et 500 milliards $.

On est donc loin du compte, constate le représentant du gouvernement libéral de Justin Trudeau.

M. Blanchard n’a pas tari d’éloges pour son patron, et pour la bonne impression qu’il aurait fait récemment à la tribune de l’ONU en admettant que beaucoup de progrès restent à faire chez nous en matière de réconciliation avec les Autochtones. On verra si cette humilité permettra au Canada de remporter le siège temporaire de l’Occident qu’il convoite au Conseil de sécurité de l’ONU (la Norvège et l’Irlande sont aussi dans la course).

Crise des réfugiés

Nommé peu après l’élection des Libéraux à l’automne 2015, M. Blanchard, un avocat issu du milieu des affaires (rare chez les diplomates onusiens), reconnaît l’ampleur des défis mondiaux, à commencer par la crise des millions de réfugiés fuyant la pauvreté, les persécutions et les guerres en Afrique, au Moyen-Orient ou au Myanmar.

Ces migrations suscitent aussi des tensions politiques dans plusieurs pays qui accueillent ces réfugiés de gré ou de force: Liban, Turquie, Pakistan, Bangladesh, mais aussi en Europe de l’Ouest.

M. Blanchard, qui dit s’entendre à merveille avec son homologue américaine Nikki Haley, a identifié la Corée du Nord, avec son «leader irrationnel», et l’Iran, «où les droits et libertés sont gravement bafoués», comme d’autres enjeux majeurs.

Casques bleus

Quelque 125 000 Casques bleus, «une invention canadienne», sont encore présents dans 16 théâtres de conflit et représentent «la plus grande force expéditionnaire au monde», souligne-t-il. Le mois prochain, c’est le Canada (Vancouver) qui accueille la conférence des ministres de la Défense sur le maintien de la paix: 500 délégués de 70 pays et organisations sont attendus.

Et on continue de faire appel aux Canadiens: depuis le printemps dernier, l’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour est la nouvelle représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour les migrations internationales; et l’ancien ministre Lloyd Axworthy dirige un nouveau groupe de réflexion sur la crise des réfugiés basé à Waterloo.

On a beau dénigrer l’ONU comme un forum «où l’on parle beaucoup mais on agit peu», cela reste le seul où l’on peut discuter des problèmes mondiaux avec les 193 pays membres, insiste M. Blanchard.

«Dans un monde multipolaire, notre prospérité future dépend de nos bonnes relations avec tous les pôles», conclut l’ambassadeur.

ONU

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