Ottawa achète l’oléoduc Trans Mountain : ligne de vie ou baril de poudre?

Ottawa a racheté le controversé oléoduc Trans Mountain ces derniers jours

oléoduc

Pour sauver le projet, porteur de 15 000 emplois durant la construction et du double par la suite, il fallait acheter l’infrastructure, estime le politicologue


1 juin 2018 à 21h00

Les observateurs voient d’énormes risques dans l’investissement de 4,5 milliards $ du fédéral dans le pipeline Trans Mountain, mais ils reconnaissent qu’Ottawa avait peu d’options. Pris entre des tiraillements économiques et environnementaux, Justin Trudeau devait affirmer l’autorité fédérale dans le développement de projets interprovinciaux. En attendant l’occasion de dorer son blason écologique.

L’administration libérale avait le dos au mur, commente le politicologue Frédéric Boily du Campus Saint-Jean d’Edmonton, en Alberta, après avoir martelé depuis 2015 un discours conciliant la croissance économique et l’innovation écologique.

La pétrolière Kinder Morgan avait donné à Ottawa jusqu’au 31 mai pour trouver une solution à l’impasse dans la construction de l’oléoduc, qui permettrait d’acheminer 890 000 barils de bitume par jour sur plus de 1000 km entre les raffineries d’Edmonton et le port de Burnaby sur la côte ouest.

Pour sauver le projet, porteur de 15 000 emplois durant la construction et du double par la suite, sans compter les redevances d’envergure pour les gouvernements impliqués, il fallait acheter l’infrastructure, estime le politicologue.

Trans Mountain
Caricature de Bado

Le pire scénario aurait été évité

«Justin Trudeau devait aller de l’avant avec une solution à laquelle on ne s’attendait pas», note le professeur, «à savoir une participation financière des contribuables. Il est courageux. Même si le gouvernement dit ne pas être engagé à long terme dans cette industrie, il y a des risques. Ça pourrait durer plus longtemps et coûter plus cher que prévu; il pourrait y avoir des retombées politiques.»

Il risque d’avoir plus d’opposants au projet avertit Frédéric Boily, notamment chez les écologistes, les autochtones et chez quelques parlementaires. Mais si les Libéraux n’avaient rien fait et que le projet avait été annulé, «les Conservateurs à Ottawa en auraient fait un élément fondamental dans leur campagne pour revenir au pouvoir en 2019».

Le pire scénario a été évité, croit Monica Gattinger, de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. «Si Kinder Morgan avait annulé le projet, on n’aurait pas la possibilité d’obtenir plus de clarté par rapport au processus de décision sur les projets énergétiques au Canada. L’achat par le gouvernement fournit une espèce de patience qui manque souvent dans un contexte d’investissement par des entreprises.»

De plus, la professeure estime que le besoin de clarté quant aux pouvoirs décisionnels des gouvernements en présence est fondamental.

Trans Mountain
La professeure Monica Gattinger signale que la logique électorale aurait aussi poussé les libéraux à s’engager. « Ce projet est très controversé, mais leur vision est en lien avec l’opinion publique. On a fait des études là-dessus à l’Université d’Ottawa. » (Photo : U d’Ottawa)

Le besoin de clarté sur le processus

Le gouvernement de la Colombie-Britannique fera valoir devant sa Cour suprême sa compétence en matière d’environnement et son droit de régir le contenu des oléoducs. Des Premières Nations, villes et municipalités affirment leur prérogative de refuser le passage du pipeline sur leur territoire.

La chercheuse d’Ottawa affirme que l’intervention gouvernementale établit un précédent important pour tout projet interprovincial d’envergure au Canada. «Le message du fédéral, c’est que lorsqu’un projet est approuvé, il sera réalisé. L’image du Canada est en jeu. Les investisseurs ne cherchent pas une certitude de réussite quand ils font des propositions, mais une certitude par rapport au processus.»

Frédéric Boily estime que les Libéraux ont marqué des points sur la diversification de l’économie. «Si le Canada ne fait pas ce pipeline, d’autres vont en tirer profit. Le pétrole canadien sera encore écoulé aux États-Unis à un moindre coût. On ne peut pas retirer tous les bénéfices d’une ressource qui est vendue à perte. Ce projet serait bon pour à la fois pour l’Alberta, pour toute la région et pour le pays.»

Trans Mountain
Le politicologue Frédéric Boily estime que l’achat de Trans Mountain par le fédéral comporte d’énormes risques, mais promet aussi de bénéfices. « On veut rassurer les investisseurs étrangers sur la possibilité de faire des affaires au Canada. » (Photo : Gracieuseté)

Choisir les éoliennes et les oléoducs

Sur le plan écologique, Justin Trudeau a-t-il perdu sa crédibilité? «Il a toujours été conséquent dans son message», répond le politicologue d’Edmonton, «que les deux (l’environnement et la croissance économique) peuvent être conciliés, qu’il n’était pas contre tous les projets de pipeline. Mais on peut lui reprocher d’avoir laissé entendre qu’il pouvait sauver la planète», affirme Frédéric Boily.

Monica Gattinger concorde. «Durant la campagne de 2015 et après, les Libéraux ont toujours dit qu’ils ne choisiraient pas entre les éoliennes et les oléoducs, mais qu’ils allaient choisir les deux.» Des annonces dans ce sens auraient déjà eu lieu, dont une entente avec les provinces pour établir une taxe sur le carbone et des mesures pour la protection des eaux et des océans.

Un comité de Sénat a récemment déploré que le Canada n’atteindra pas en 2020 ses cibles en matière de gaz à effets de serre. Mais pour le gouvernement, note la chercheuse, «la transition énergétique ne se fera pas du jour au lendemain et les revenus des ressources naturelles vont justement faciliter cette transition vers un système énergétique faible en GES».

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Plongée au cœur de Liberty Village, ancien quartier industriel

Liberty Village
Le quartier de Liberty Village, entouré par la rue King et la Gardiner Expressway à l'Est de Toronto, est un concentré d'histoire où les...
En lire plus...

12 novembre 2018 à 11h00

Quand la lumière vient de l’intérieur

galerie Thompson Landry
Ognian Zekoff, l’un des principaux peintres hyperréalistes du Québec, spécialisé dans le «clair-obscur contemporain», veut montrer que les sources de lumière ne viennent pas seulement...
En lire plus...

12 novembre 2018 à 9h00

Hommage des Torontois aux soldats de 14-18

Centenaire armistice Jour du souvenir 2018
Ce 11 novembre au matin, des milliers de Torontois se sont rassemblées pour célébrer le centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale.
En lire plus...

11 novembre 2018 à 17h00

La Grande Guerre qu’on ne saurait oublier

Chaque année, le 11 novembre nous rappelle un moment important de notre histoire, celui de cet armistice signé le 11 novembre 1918 à 5 h15,...
En lire plus...

11 novembre 2018 à 11h11

Ces colonnes dressées vers le ciel

On remarque un grand nombre de colonnes imposantes dans les grandes villes d'Europe, mais il n'existe pratiquement pas de tels monuments dans nos villes...
En lire plus...

11 novembre 2018 à 11h00

Fin de vie sublime

livre
La journaliste suédoise Sofia Lundberg a autoédité Un petit carnet rouge, roman qui a connu un rare succès sur Internet avant d’être repéré par...
En lire plus...

11 novembre 2018 à 9h00

Quiz : Fin de la «Grande Guerre» 100 ans passés

quiz
Les combats de la Guerre de 1914-1918 prennent fin lorsque l’armistice est signé le 11 novembre 1918.
En lire plus...

11 novembre 2018 à 7h00

La musique a résonné en français aux quatre coins du pays

Une centaine d’artistes viennent de donner plus 200 spectacles de l’Atlantique au Pacifique dans le cadre du festival Coup de cœur.
En lire plus...

10 novembre 2018 à 15h00

Gérer le PLOE comme l’aide en santé?

La pression monte pour qu’Ottawa fasse un ménage du Programme des langues officielles dans l’enseignement (PLOE).
En lire plus...

10 novembre 2018 à 11h00

Le PLOE : un programme fédéral qui a besoin d’un grand ménage

L’année 2020 marquera le 50e anniversaire des transferts en éducation aux provinces et territoires, mais trouve-t-on dans le bilan du Programme de quoi célébrer?
En lire plus...

10 novembre 2018 à 9h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur