Notre société mise à nue dans 44 nouvelles

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Professeur des littératures française et allemande à l’Université Laval, Hans-Jürgen Greif est auteur de romans et nouvelles. Son quatrième recueil s’intitule Échardes et nous offre un panorama impressionnant de personnages et d’émotions. Hommes et femmes sont montrés sous leur vrai jour, selon le proverbe «Qui aime bien, châtie bien».

Plusieurs nouvelles du recueil suivent la forme traditionnelle du genre – celle qui me plaît – à savoir: peu de personnages bien campés, développement rapide d’une intrigue et point de chute inattendu. Dans une nouvelle, un obscur employé d’une compagnie d’assurance tient un journal pendant plus de trente-cinq ans.
À sa retraite, il publie ses réflexions, est chaleureusement accueilli par la critique et remporte Le prix (titre de la nouvelle). Convié à la cérémonie, il monte sur la scène et, arrivé à la dernière marche, la couronne de laurier lui échappe…

Sept nouvelles sont regroupées dans la section «La justice et la loi». Elles racontent toutes des histoires juridiques où avocats, greffiers, procureurs et juges tiennent les beaux rôles. Chaque texte est croustillant et finement ciselé. L’auteur s’amuse même à glisser quelques jeux de mots, dont en voici un bel exemple: «elle faisait désormais partie du club MED, c’est-à-dire les employés mis en disponibilité».

Si vous assistez parfois à des lancements, vernissages ou soirées de bienfaisance, vous vous régalerez à lire Les goûteurs, une nouvelle qui décrit suavement les pique-assiettes qui se retrouvent toujours aux cocktails dînatoires. Vous en connaissez peut-être qui ont «l’art de se remplir la panse de petits fours, dont chaque traiteur a le secret».

Dans cette nouvelle, attendez-vous à savourer des cuillerées de pétoncles, des craquelins au caviar, des tartelettes au tartare, des brochettes au filet mignon et des minipâtés de moules!

La nouvelle qui suit Les goûteurs s’intitule Revers du bio. Il est question de ces gens qui ne jurent que par l’organique, les mets sans hormones, pesticides ou antibiotiques. L’auteur signale que ces clients de magasins d’aliments naturels sont souvent peu souriants et «dépensent des fortunes pour toutes sortes de capsules, onguents, lotions, graines, garantissant le bien-être jusqu’aux dernières secondes de leur existence».

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Ici, le menu est moins appétissant; après avoir mangé des crudités sans trempette et une choucroute aux graines de carvi, certains invités rentrent dare-dare se délecter de frites croustillantes ou de tarte tatin avec beurre et sucre caramélisé! En laissant fondre un morceau de pomme sur leur langue, ils déplorent «l’intransigeance qui prive plus d’un des plaisirs que nous offre le présent».

Si vous avez un chien de compagnie, vous vous trouverez en pays de connaissance en lisant la nouvelle Comme cul et chemise. Monsieur Robert promène son rottweiler Néron, chacun cherchant à «combattre leurs embonpoints respectifs».

Comme vous l’avez certainement vu faire lors de vos propres promenades, monsieur Robert ne porte pas attention à «ce que Néron vient de laisser derrière lui». Il n’y a pas que les mouches qui vont y trouver leur compte…

Comme j’ai une amie qui travaille au ministère de l’Éducation, la nouvelle Cherchez l’aiguille m’a bien fait sourire. Il est question d’agentes de bureau, de professionnels, de gestionnaires et de directeurs de sections aux prises avec des manigances dans une boîte où les couteaux volent bas. Belle caricature de notre bureaucratie «où la main droite ignore ce que fait la gauche».

Hans-Jürgen Greif pose un regard sans complaisance sur différents milieux de vie (scène artistique, palais de justice, entreprise privée, gouvernement) avec une précision presque scientifique. Sous sa plume, le microcosme étudié se met à nu et révèle la véritable nature humaine.

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