Moi aussi, je suis un bon Jack

Thomas Mulcair par lui-même

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Avant de commencer à lire Le courage de ses convictions, l’autobiographie de Thomas Mulcair qui vient de paraître aux éditions Michelle Tisseyre (et avec l’assistance de celle-ci) en ce début de campagne électorale fédérale, je ne me demandais pas tant «quelles convictions?» que «quel courage?».

Car, si on sait déjà où se situe le Nouveau Parti Démocratique sur l’échiquier politique (à gauche: pour un rôle accru de l’État dans les affaires de tout le monde), on sait aussi que répondre «oui» à toutes les demandes de financement et d’intervention ne requiert aucun courage. C’est dire «non» (dépenser judicieusement, pas plus qu’on peut taxer) qui est plus difficile.

D’entrée de jeu (littéralement: dans le premier paragraphe de la première page), Thomas Mulcair écrit qu’ayant passé presque toute sa vie privée et publique au Québec, «les Québécois me connaissent. Ils savent où je me situe en ce qui concerne la plupart des enjeux».

C’est certainement là une petite vanité qu’entretiennent plusieurs politiciens que de se croire plus connus du grand public qu’ils ne le sont en réalité. Car, non, ni les Québécois, encore moins les autres Canadiens, savent exactement où se situe Thomas Mulcair sur la plupart des enjeux, surtout qu’il a été ministre libéral provincial avant de passer au NPD fédéral.

Et si cette autobiographie jette un éclairage intéressant sur ses origines et sur son parcours professionnel et politique, – et, oui, sur certaines de ses convictions et priorités – on en sort pas beaucoup plus avancé sur les changements qu’apporterait le gouvernement néo-démocrate que nous prédisent les sondages en vue du scrutin (encore lointain) du 19 octobre.

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Mais on apprend ou on confirme beaucoup de choses. D’abord, que Thomas Mulcair est un Anglo-Québécois pure laine (si un tel animal existe), élevé et éduqué en anglais par un père irlandais et une mère canadienne-française (Hurtubise), marié à une Française et parfaitement à l’aise dans son environnement majoritairement francophone.

Il partage parfois les frustrations des nationalistes québécois, même s’il a milité à Alliance Québec, le lobby anti-Loi 101, et que la peur du séparatisme a joué davantage en sa faveur, dans sa circonscription multiculturelle de Chomedey (à Laval), que sa passion pour la justice sociale.

Il invoque sa compréhension et son respect des sentiments des Québécois pour justifier l’adoption par le NPD en 2006 de la «Déclaration de Sherbrooke» en faveur d’une majorité simple, «la norme dans les pays démocratiques», qui autoriserait le Québec à se séparer du Canada dans l’éventualité d’une victoire du «oui» lors d’un troisième référendum sur la souveraineté.

«Certains affirment qu’il serait impensable de démanteler le Canada avec un vote de 50% + 1», répond-il aux critiques comme celles du chef libéral Justin Trudeau. «Je dis qu’il serait impardonnable de laisser nos relations entre Canadiens dégénérer à ce point», assène-t-il.

Le chef du NPD mentionne même avoir beaucoup admiré René Lévesque – pour ses réformes sociales-démocrates – mais ses principales influences vont de Tommy Douglas à Claude Ryan, en passant par le prêtre ouvrier Alan Cox, des avocats comme Irwin Cotler et Frank R. Scott, pour finalement arriver à Jack Layton, qui l’a recruté après sa démission comme ministre du gouvernement Charest et avec qui il a travaillé à la «vague orange» de 2011.

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Thomas Mulcair mentionne beaucoup les gens qu’il a rencontrés, qui l’ont aidé et qui l’entourent encore aujourd’hui dans sa quête du pouvoir, mais il est avare de commentaires sur ses lectures et ses influences philosophiques, comme sur ses goûts artistiques et musicaux. Peut-être parce que ce n’est pas un intellectuel, mais plutôt un homme d’action – avocat et bureaucrate avant d’être député et ministre – éminemment pragmatique et bien intentionné, comme le protagoniste du film de Frank Capra Mr Smith Goes To Washington (1939), un de ses films préférés.

Lui aussi aspire à être perçu d’abord et avant tout comme un «bon Jack», pourfendant le style de gouvernance de Stephen Harper autant que ses politiques.

En même temps, Thomas Mulcair a la partisanerie à fleur de peau, ce qui est peut-être nécessaire quand on est à la tête d’un parti:

– Quand les souverainistes voguent à gauche avec René Lévesque et Jacques Parizeau, il sympathise; quand ils mettent le cap sur le déficit zéro avec Lucien Bouchard ou élisent un homme d’affaires qui a résisté aux syndicats comme Pierre Karl Péladeau, il leur tourne le dos.

– Quand il milite pour le Parti libéral du Québec, c’est que celui-ci est progressiste; quand il en est évincé, c’est parce qu’il dérange des amis du pouvoir au ministère de l’Environnement.

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– Quand les Libéraux de Michael Ignatieff permettent aux Conservateurs minoritaires de Stephen Harper de gouverner, c’est par opportunisme; quand Jack Layton fait la même chose plus tard, c’est pour obtenir des changements bénéfiques.

– Les Libéraux ne font jamais rien comme il faut; les Conservateurs c’est encore pire, ils détruisent tout sur leur passage…

Élu député néo-démocrate d’Outremont à la faveur d’une partielle fédérale, il écrit sans rougir que «c’était extraordinairement gratifiant d’enfin reconnaître mes valeurs dans celle de mon parti»!

Malgré cela, l’autobiographie de Thomas Mulcair reste un survol intéressant, quoique partiel et partial, de nos dernières décennies politiques.

Le chef du NPD revient plusieurs fois sur les injustices subies par les Premières Nations et sur la protection de l’environnement, clairement deux dossiers qui l’interpellent, mais où il ne propose là non plus rien de très précis. Ce sera pour la campagne électorale… ou un discours du Trône!

* * *
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