Michel Lavigne: la caricature au service des droits et de la justice

Décédé cet hiver

Notre chroniqueur Gérard Lévesque sur les genoux du Père Noël: un dessin de Michel Lavigne.


18 avril 2017 à 0h04

La passion de mon ami Michel Lavigne était d’illustrer l’actualité par des dessins qui suscitaient habituellement un sourire approbateur de la part des personnes qui avaient l’occasion de voir ses chefs d’œuvre.

Natif de Rockland (Ontario), il est décédé le 23 février dernier, à l’âge de 61 ans. J’ai connu Michel depuis les années où il collaborait au journal Bonjour chez nous de Rockland.

Artiste-graphiste de grand talent, Michel a été pendant plusieurs années à l’emploi des Illustrateurs de l’Outaouais, à Rockland, puis du Service de graphisme de l’Université d’Ottawa. Il a aussi été le caricaturiste attitré de l’Association de la presse francophone jusqu’au printemps 2016. Au cours de cette période, ses caricatures traitant de l’actualité ont été reprises par de nombreux journaux dans l’ensemble du pays.

J’ai souvent eu recours à ses talents pour favoriser la revendication de nos droits.

Croire au Père Noël

En 2000, il a dessiné une carte de Noël pour faire valoir les demandes de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) visant notamment l’utilisation du français en matière de divorce, faillite, contraventions fédérales et causes criminelles. Le dessin représentant le président de l’AJEFO, assis sur les genoux du Père Noël, a eu un tel succès qu’au cours des années suivantes, il a été adapté pour que d’autres personnes présentent des revendications de droits linguistiques et obtiennent du Père Noël un engagement d’en parler avec une personne en autorité.

Utilisant tantôt l’humour, tantôt la satire, Michel est vite devenu complice dans la revendication de nos droits. Depuis 2005, je travaille entre autres à la reconnaissance de l’utilisation du français devant les tribunaux de l’Alberta. Michel s’est associé à mes démarches en créant sous la signature Lavigne-Lévesque des dessins pour illustrer mes chroniques juridiques.

Conscient que les membres de la majorité linguistique lisent peu les médias de la minorité linguistique, et qu’en conséquence, ils sont moins sensibilisés aux situations de non respect de nos droits linguistiques, Michel a accepté de préparer bénévolement une version anglaise puis une version bilingue (française-anglaise) de plusieurs de ces dessins publiés jusqu’alors seulement en français.

Expositions

Cela a favorisé la tenue d’expositions de ces dessins, non seulement au Canada, mais aussi ailleurs comme en Thaïlande et en Italie dans le cadre de rencontres de l’Académie internationale de droit linguistique. Pour l’exposition en Italie, il a aussi préparé une version italienne d’une quinzaine de dessins. Il planifiait la préparation d’une version espagnole en vue d’une exposition en Espagne au printemps 2018.

Lors de conférences sur les droits linguistiques, les organisateurs ont estimé utile de joindre une ou plusieurs caricatures politico-juridiques à leur publicité. Cela a notamment été le cas pour la table ronde sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada (29 sept. 2010, Université d’Ottawa), le débat sur l’accès aux tribunaux en français: un droit non-négociable (19 janvier 2011, Université de Montréal) et le programme de la Sixième édition des Journées des droits linguistiques, tenues du 6 au 8 novembre 2012 à l’Université de Teramo (Italie).

Lorsque des francophones de l’Ontario comme Denise Beauchamp, Jean-Jacques Blais, Ronald Caza, Trèva Cousineau, Gilles Marleau… ont écrit à Ed Stelmach, Alison Redford, Jim Prentice ou Rachel Notley pour encourager ces premiers ministres à voir à ce que les fonctionnaires du ministère de la Justice de l’Alberta cessent de considérer le français comme une langue étrangère, ils ont joint à leur message un dessin de Michel.

Ces dessins ont eu un impact. Entre autres, la directive qui avait comme résultat que les propos prononcés en français par un juge, un avocat ou un accusé, pouvaient (même dans une cause criminelle!) ne pas faire partie de la transcription, a été discrètement modifiée. Mais les fonctionnaires qui défendaient cette directive n’ont pas reconnu leur erreur. En dépit de la volonté de la première ministre, ils restent opposés aux services juridiques en français.

Derniers dessins à dévoiler

Dans le cadre de la politique sur les services en français, dont l’annonce est prévue pour le mois de juin, le gouvernement néo-démocrate de l’Alberta décidera-t-il de maintenir ou de remplacer les politiques anti-françaises du gouvernement conservateur précédent?

Michel a prévu toutes les possibilités en préparant d’avance un certain nombre de dessins, qui seront rendus publique lorsqu’il sera évident que les fonctionnaires de Justice Alberta acceptent: soit de suivre la jurisprudence bien établie de la Cour suprême du Canada en matière d’interprétation des droits linguistiques et, ainsi, de promouvoir l’accès à la justice en français; soit de garder en place les obstacles à l’utilisation du français devant les tribunaux.

Tout au long de sa vie, Michel a fait preuve d’une grande humanité. Son écoute pleine d’indulgence et de compassion nous a maintes fois réconfortés.

Répartis dans les différents territoires et provinces du pays, les lecteurs et lectrices de la presse francophone qui, au cours des années, ont admiré les chefs d’œuvres de Michel ne pourront malheureusement pas être physiquement présents à la célébration à la mémoire de Michel qui aura lieu dimanche 23 avril à la Coopérative funéraire de l’Outaouais.

Sans doute que les dirigeants des organismes de la francophonie canadienne voudront identifier, au cours des prochaines semaines, une façon de reconnaître l’immense contribution à l’épanouissement des communautés francophones et acadiennes du Canada que Michel a faite ainsi que son apport au rayonnement de nos communautés tant au pays qu’à l’extérieur du Canada.

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